Le conflit russo-ukrainien a eu de lourds impacts sur les marchés des produits de base, les chaînes d’approvisionnement. Il a entraîné une inflation mondiale élevée, qui a été accompagnée d’une croissance instable, rappelant celle des années 1970. La Banque mondiale invite à s’abstenir des interdictions d’exportation.

« En venant s’ajouter aux dégâts causés par la pandémie de Covid-19, l’invasion russe de l’Ukraine a accentué le ralentissement de l’économie mondiale, qui entre dans ce qui pourrait devenir une période prolongée de croissance faible et d’inflation élevée », selon les dernières Perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale (juin 2022). De 5,7 % en 2021, la croissance mondiale devrait chuter à 2,9 % en 2022, soit moins que les 4,1 % prévus en janvier dernier, selon un communiqué de l’institution financière internationale.

Dynamique de croissance

En Afrique subsaharienne, « après un rebond de 4,2 % en 2021, la croissance […] s’est ralentie cette année en raison de tensions intérieures sur les prix ». En raison de divers facteurs conjugués, les échanges commerciaux et financiers directs avec l’Europe et l’Asie centrale ont été limités dans la région, précise-t-on dans les prévisions régionales du rapport. Toutefois, « la dynamique de croissance s’est poursuivie en Angola et au Nigéria, où les cours élevés du pétrole, la stabilisation de la production pétrolière et la reprise des secteurs non liés aux ressources naturelles ont soutenu l’activité pendant le premier semestre de cette année », note la Banque mondiale.

Bien que « certains des effets de la guerre en Ukraine sur l’économie de l’Afrique subsaharienne » aient pu être contenus, le ralentissement de la croissance mondiale et « les pénuries de nourriture et de carburant liées à la guerre créent de fortes turbulences dans la région, et encore plus dans les pays qui dépendent des importations de blé de Russie et d’Ukraine », notamment la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Madagascar, la Tanzanie.

La croissance en Afrique subsaharienne devrait atteindre 3,7 % en 2022 et 3,8 % en 2023, selon le rapport de la Banque mondiale, qui précise que cela correspond aux projections établies au mois de janvier dernier. « Néanmoins, une fois exclues les trois plus grandes économies, la prévision a été revue à la baisse de 0,4 point de pourcentage pour 2022 et 2023 », précise-t-on avant de poursuivre : « Bien que la hausse des cours des matières premières soit de nature à soutenir la reprise dans les industries extractives, la progression de l’inflation dans de nombreux pays tendra à éroder les revenus réels, affaiblir la demande et accentuer la pauvreté ».

D’énormes risques  

Selon les projections de l’institution monétaire internationale, cette région de l’Afrique « devrait rester la seule région émergente et en développement où les revenus par habitant ne retrouveront pas leur niveau de 2019, même en 2023 ». En conséquence, d’énormes risques sont liés à cette situation dans la région subsaharienne du continent. « Une perturbation prolongée du commerce mondial des céréales et des engrais à la suite de la guerre en Ukraine dégraderait considérablement l’accessibilité financière et la disponibilité des aliments de base dans toute la région », déplore-t-on. Ce n’est pas tout, « l’insécurité et la violence pourraient également assombrir les perspectives de croissance, en particulier dans les pays à faible revenu, tandis que l’augmentation rapide du coût de la vie risque d’envenimer les troubles sociaux ».

La situation actuelle est comparable à celle des années 1970. Cela à trois titres, précise l’édition de juin des Perspectives économiques mondiales. Des perturbations persistantes de l’offre qui alimentent l’inflation, précédées d’une période prolongée de politique monétaire très accommodante dans les principales économies avancées ; des projections de ralentissement de la croissance ; des économies émergentes et en développement vulnérables face à la nécessité d’un durcissement de la politique monétaire pour maitriser l’inflation, précise ce rapport.

Recommandation

Le président de la Banque mondiale, David Malpass, explique que « les marchés regardent vers l’avenir [et qu’] il est donc urgent d’encourager la production et d’éviter les restrictions commerciales ». Selon le patron de l’institution monétaire internationale, les « changements dans les politiques budgétaires, monétaires, climatiques et d’endettement sont nécessaires pour remédier à l’affectation inappropriée des capitaux aux inégalités. »

Pour maitriser les répercussions de la guerre en Ukraine sur l’économie mondiale, le rapport recommande des interventions à l’échelon mondial pour limiter le préjudice subi par les personnes touchées par la guerre, en vue d’amortir le choc de la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires, pour accélérer l’allégement de la dette et pour accélérer la vaccination dans les pays à faible revenu. « Dans le contexte difficile d’une montée de l’inflation, d’une croissance plus faible, d’un resserrement des conditions financières et d’une marge de manœuvre budgétaire limitée, les gouvernements devront réorienter en priorité leurs dépenses vers une aide ciblée aux populations vulnérables », recommande la Banque mondiale en invitant les responsables publics à s’abstenir d’appliquer des mesures génératrices de distorsions telles que les politiques de contrôle des prix, les subventions et les interdictions d’exportation.

Chiencoro Diarra

Source: Sahel Tribune

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Le conflit russo-ukrainien a eu de lourds impacts sur les marchés des produits de base, les chaînes d’approvisionnement. Il a entraîné une inflation mondiale élevée, qui a été accompagnée d’une croissance instable, rappelant celle des années 1970. La Banque mondiale invite à s’abstenir des interdictions d’exportation. « En venant s’ajouter aux dégâts...