La mise en place des organes d’administration et de contrôle de la Confédération des Sociétés coopératives des Producteurs de Coton (C-SPCP) du Mali est bloquée depuis le 05 octobre dernier. Qui bloque donc la relance du vote ? Un proche du Président de la Transition, Colonel Assimi Goïta ? Le Collectif de l’Organisation Socioprofessionnelle des Cotonculteurs du Mali a envoyé des correspondances aux Présidents du Conseil National de la Transition (CNT) et du Conseil économique, social et culturel (CESC).

 

Dans un rapport frappé du sceau de la confidentialité dont Le Challenger a pu obtenir copie, le mandataire judiciaire de la C-SPCP, Souleymane Fomba, a fait le point de la situation le 06 octobre à la présidente du Tribunal de grande instance de la commune III du District de Bamako. Selon cette correspondance de deux pages, « le 05 octobre 2022, le collège électoral composé de 20 délégués représentant les quatre (04) fédérations régionales des sociétés coopératives des producteurs de coton (FR-SCPC) a été convoqué pour élire les membres du Conseil d’Administration et ceux du Conseil de Surveillance de la Confédération des Sociétés Coopératives des Producteurs de Coton (C-SCPC) ».

Le vote pour la désignation des douze (12) membres du Conseil d’administration et des cinq (05) membres du conseil de surveillance de la C-SCPC a commencé le 05 octobre 2022 à 8 h 45 mn dans la salle de conférence de la Confédération sous la présidence du Mandataire Judiciaire assisté par Mme Traoré Fatoumata Coulibaly, Conseiller technique au ministère du Développement rural et de Mamary Sidibé, Chef de division de la promotion sociale et de l’économie solidaire comme assesseurs sous la supervision du Cabinet Bamory Kane/Madina Sanogo huissiers – commissaires de justice.

« Le poste de Président du Conseil d’administration a été mis en jeu et deux candidats se sont déclarés. Il s’agit de M. Yacouba Koné, Président de la Fédération régionale des SPCP de Sikasso et de M. Yacouba Traoré, Président de la Fédération régionale des SPCP de Koutiala. A l’issue du vote au bulletin secret, M. Yacouba Koné a obtenu onze (11) voix contre neuf (09) à M. Yacouba Traoré », renseigne Souleymane Fomba dans sa correspondance.

Pour le poste de Vice-président du Conseil d’Administration, Tiassé Coulibaly a obtenu onze (11) voix contre neuf (09) voix pour M. Moussa Traoré. À l’issue du vote de désignation du Secrétaire général, on a eu onze (11) voix pour Djibril Cissé et neuf (09) pour Siaka Cissé. À l’unanimité, les vingt (20) délégués ont porté leur choix sur Siaka Cissé pour être le Secrétaire général adjoint. S’agissant du Trésorier général, Soumaïla Camara, avec onze (11) voix, a battu Bakary Kéïta qui s’est contenté de neuf (09) délégués.

Des interrogations, rien que des interrogations !

Par la suite, le vote a été interrompu de façon suspecte. « Pour le poste de Délégué à l’approvisionnement et au crédit, il y avait deux candidats en lice qui sont M.  Mahamadou Traoré et M. Dramane Goïta. Au cours du vote, la séance a été interrompue par des agents qui sont entrés dans la salle et m’ont demandé de les suivre pour motif judiciaire. Ils m’ont conduit à la BIJ où on m’a informé que je suis interpellé pour trafic de voiture. Après vérifications et recoupements, il s’est avéré que la personne recherchée s’appelle aussi Souleymane Fomba et qu’elle habite le même quartier (Niamakoro) que moi ; mais en définitive, je n’ai rien à voir dans cette affaire de trafic de voiture. Ainsi, la police m’a relaxé vers 17 h 45 minutes, bien après l’heure de fermeture du bureau de vote qui était fixée à 16 h et je suis rentré chez moi », note le Mandataire judiciaire.  Des interrogations et des zones d’ombre subissent sur les conditions de cette irruption des agents dans la salle où se tenait l’élection. L’interpellation du Mandataire judiciaire par la police en pleine opération de vote est-elle une manœuvre visant à bloquer le processus ? Quelqu’un est-il en train d’user de son influence pour instrumentaliser la police ?

Le Mandataire poursuit dans son rapport à la Cheffe de juridiction : « Le jeudi matin, je me suis rendu donc à vos bureaux pour vous faire le récit verbal que je confirme par cet écrit. Je n’ai pas demandé la reprise du vote car jeudi matin aucun des délégués n’était présent sur le lieu du vote. Je vous signale que mon mandat expire demain 07 octobre 2022 et que je ne peux plus poser d’acte ».

Dans deux correspondances adressées au Président du CNT et à celui du CESC, le Collectif de l’Organisation Socioprofessionnelle des Cotonculteurs du Mali, sous la signature de son Président Yacouba Koné, apporte d’autres précisions. « Nous sommes tous restés dans la salle de la confédération des coopératives des producteurs de coton jusqu’à 17 heures. Aux environs de cette heure, est arrivé le directeur national de la Protection Sociale et de l’économie solidaire, Monsieur Mamadou Bassirou Traoré, qui a déclaré qu’il a été mandaté par son cabinet de libérer et qu’on sera informé de la suite du dossier. Cela a été fait en présence de tous les délégués et de la commission de supervision », peut-on lire.

Pour ce collectif, le suffrage universel s’est exprimé dans la légalité et doit prévaloir. Il demande deux points à saisir pour le maintien du bureau élu conformément au choix de la majorité des producteurs de coton et la poursuite du processus d’élection des postes restants. « En cas de non observation de ces mesures, nous dégageons toute responsabilité de ce qui pourrait advenir. Nous sommes opposés et serons toujours opposés à tout agissement tendant à vouloir imposer des producteurs contre la volonté de la majorité exprimée dans les urnes au niveau de la filière coton », prévient le collectif.

Quels sont les mobiles réels de l’arrêt du processus ? Qui bloque donc la relance du vote ? Un proche du Président de la Transition, Colonel Assimi Goïta ? Le département de la santé et du développement social est-il impuissant face aux manœuvres souterraines ? Ce blocage cache-t-il des enjeux électoralistes pour les échéances à venir ? Les agissements actuels au niveau de la Confédération des Sociétés coopératives des Producteurs de Coton cadrent-ils avec l’esprit et la philosophie du Mali-Kura ?

Chiaka Doumbia

 Les victimes collatérales de ce blocage

Le 07 octobre 2022, Souleymane Fomba a signifié à la ministre de la Santé et du Développement social la fin de mandat du Mandataire judiciaire de la C-SPCP. Et depuis ce jour, la Confédération est en arrêt total avec des conséquences sur le personnel. Les agents de la C-SPCP sont aujourd’hui les victimes collatérales de ce blocage.

C D

Source : Le Challenger