A Ségou, quatrième ville administrative du Mali, le secteur des engins à deux et trois roues à usage de taxi est en pleine expansion. Pourvoyeur d’emploi pour nombre de jeunes, le marché des mototaxis manque d’organisation. Reportage.

Il y a plus de quinze ans, la ville de Ségou accueillait ses premiers transports en commun type moto-tricycles, engins à trois roues. Ceux à deux roues sont apparus il y a à peine deux ans. Elles s’ essaiment les grosses artères ségoviennes, les abords des gares routières, les marchés et bien au-delà. L’émergence de ces nouveaux engins de transport en commun a opéré des changements dans le quotidien ségovien. Habitués aux charrettes et véhicules bons pour la ferraille appelés « duruni », les habitants de Ségou tirent un avantage de ces nouveaux moyens de transport. Surtout que ces mototaxis sont pourvues d’un certain nombres de commodité.

« Je me réjouis beaucoup de l’arrivée des mototaxis à Ségou. C’est plus rapide que les charrettes, temoigne Salimata Yebessé, sexagénaire habitante de la ville. Mon seul souci reste la surcharge. Les engins n’ont pas les mêmes capacité. Pourtant les chauffeurs rivalisent à prendre un nombre élevé de passagers. Certains tricycles sont conçus pour huit personnes et d’autres dix, mais, à Ségou, rares sont les chauffeurs qui respectent cela. Les mototaxis à deux roues sont pour ceux qui ont la bourse bien garnie.»

Convertis en de chauffeurs de mototaxis

Le secteur est en pleine expansion. Il contribue considérablement à l’ emploi des jeunes. Et beaucoup de charretiers se sont convertis en de chauffeurs de mototaxis. C’est le cas de M. Diarra, un chauffeur de mototaxi tricycle qui était naguère charretier. « J’ai été charretier pendant plus de dix ans devant les magasins contigus à l’AMALDEM et l’hôpital Nianankoro Fomba de Ségou. Avant l’apparition des engins à deux roues et tricycles, nous étions très sollicités pour le transport des personnes et des charges, mais aujourd’hui le secteur des charretiers connaît un marasme »témoigne notre interlocuteur Diarra. Il poursuit : « Les tricycles assurent mieux la livraison qu’une charrette tirée par âne. De même, les engins à deux roues ou tricycles sont aussi plus rapides dans le transport des personnes.»

Comme beaucoup d’autres avec qui nous avons échangé, M. Diarra, conduisant un engin flambant noeuf, n’a pas suivi de formation au préalable pour exercer son nouveau métier embrassé après avoir senti la nécessité de se reconvertir.  « Vaut mieux avoir deux fers au feu qu’un seul », reprend-t-il l’adage qui sied bien à son cas.

Des mineurs et écoliers dans le secteur

Comme signalé plus haut, le secteur manque d’organisation. Très peu de conducteurs de ces engins maîtrisent le code de la route. Par le fait qu’il y a très peu de voies bitumées, la répression des fraudes aussi devient difficile. Malgré la concentration croissante de la population autour des agglomérations urbaines, la circulation routière à Ségou demeure fluide. Car la ville est poreuse, moins d’obstacles.

C’est un véritable gâchis pour la rente dans les caisses étatiques. Aux rocades, s’ajoute l’utilisation des mineurs. Ce lundi 16 mai, jour de la foire hebdomadaire, nous avons constaté que deux sur dix des mototaxis chauffeurs étaient des mineurs dont la tranche d’âge s’étale entre 15 à 17 ans. Ils sont écoliers pour la plupart. Ils sèchent les cours pour  de fretins menus. S. Dao est un élève en classe de dixième année dans un lycée de la ville. Il nous affirme avoir prévenu ses parents de ce qu’il fait le lundi et tout porte à croire qu’ils sont consentants.

Epée de Damoclès plane sur la tête des usagers

En l’absence de tout contrôle, les mototaxis tricycles quittant les villages avoisinants Ségou sont les plus surchargées. Un véritable épée de Damoclès plane sur la tête de ces usagers : ils sont embarqués avec les marchandises à ras bord.

À chaque saison pluvieuse, les tronçons Bougouni-marché-Château et Pelengana-marché-Château connaissent une augmentation des prix de transports. Le tronçon Sebougou-Médine-Darsalam est le plus stable. Il est aussi à noter que le tronçon Sebougou-Médine est le plus cher.

En ce qui concerne les mototaxis à deux roues, le prix diffère d’un chauffeur à un autre. Le prix dépend aussi du moment et des circonstances. Les services nocturnes n’ont pas les mêmes prix que ceux diurnes et un malade n’est pas transporté au même prix qu’un bien-portant. Par faute d’ambulance, certaines personnes louent même des mototaxis pour transporter le « corps » à la morgue.

Avec une touche d’organisation et de sensibilisation, ce secteur de mototaxis  peut faire peau neuve. L’opération d’immatriculation des engins à deux et trois roues et l’acquisition de permis de conduire, lancée par le gouvernement en fin 2021, pourra contribuer à remédier certains problèmes. Avec notamment la participation des syndicats des chauffeurs de mototaxis.

La mairie urbaine, quant à elle, n’a pas souhaité répondre à nos questions, au moment où nous mettons cet article sous presse après une longue attente.

Amidou Yanogué 

Source: Sahel Tribune

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