Les richesses minières du Mali, surtout l’or, sont avérées. Avec plus de (850 tonnes d’or) de réserves prouvées, le pays figure au premier plan des producteurs du métal jaune en Afrique. Depuis 20 ans, les revenus tirés de ce secteur sont en hausse. Mais, pour quel impact ?

Représentant 75% des exportations du pays avec une contribution de 6 à 7% à la formation du PIB national, un apport direct de 250 milliards de FCFA par an en moyenne, les ressources minières du pays, notamment l’or, restent à l’ombre du développement du pays malgré ces chiffres éloquents. 

La lueur des ressources minières se fait toujours attendre, notamment avec l’exploitation de l’or. Principale source des revenus miniers du pays le constat, après plusieurs décennies d’exploitation, est que le développement du Mali en général et surtout des villages abritant les sites miniers, reste un objectif à atteindre. Cela passe par la rentabilité des bénéfices tirés de l’exploitation aurifère qui génère, chaque année, des retombées immenses.

Selon les chiffres officiels, le secteur minier, fortement dominé par l’exploitation de l’or, contribue de 21 à 28% aux recettes fiscales et a rapporté, au cours des cinq dernières années, plus de 1 280 milliards de FCFA comme revenus directs à l’économie nationale. Le secteur a également créé, à en croire les indicateurs soutenus, près de 15 000 emplois directs et 3 000 indirects.

Les chiffres précis indiquent également, que de 2015 à 2020, l’industrie minière a fait une entrée annuelle directe de 256 à 400 milliards de FCFA par an. A cela, s’ajoute la participation de l’Etat à hauteur de 6% des dividendes des sociétés minières installées au Mali, et 20% de part dans les actions de la plupart des 14 sociétés minières présentes dans le pays (en 2020).

A l’attente d’une lueur

Pour bon nombre de Maliens, l’or ne brille pas pour le pays : «Après plus de trente années d’exploitation minière, notre pays ne peut se vanter la paternité d’une véritable industrie minière capable d’enclencher le développement du pays» se lamente Abdramane Bengaly, fonctionnaire dans la région de Sikasso, abritant plusieurs sites miniers du pays.

Après plus de trois décennies d’exploitation, les ressources minières tardent à impacter le développement du Mali en général et surtout des zones les abritant. Notamment les régions de Sikasso, Kayes, Koulikoro.

A 480 km de Bamako, le cercle de Kéniéba, dans la région de Kayes, à l’ouest du pays, est décrit par beaucoup de Maliens comme une «vallée» d’or. Mais qui ne rallonge pas ses atouts aux populations locales. Ce cercle peuplé de 200 000 habitants accueille les plus grandes sociétés minières du pays. Cependant, sur les 207 villages du cercle de Kéniéba, seulement un village sur neuf a accès à l’électricité : «Nous sommes obligés d’attendre jusqu’à 14 heures pour avoir de la lumière. Car, c’est par rotation que les différentes localités sont servies en électricité», se plaint Mohamed Traoré, un habitant.

Une réalité dans ce cercle ne cache pas d’autres, notamment le manque d’accès à l’eau potable, le problème d’infrastructures routières, entre autres. Lamentable ! «Souvent, avec toute la richesse de mon cercle, j’ai honte de constater la vulnérabilité des populations confrontées à presque tout, notamment la cherté de la vie, le manque de santé, d’électricité et de routes. S’il faut parler de développement, je dirai que Kéniéba n’a pas commencé», s’irrite Modibo Mady Kéita, un jeune étudiant originaire du cercle.

Pourtant, des investissements orientés sur le développement

Ce ne sont pas des efforts qui manquent avec la contribution des sociétés minières présentes. Promouvant le contenu local, la mine d’or de Loulo-Gounkoto par exemple, est détenue à 20% par l’Etat malien et 80% par la Canadienne Barrick Gold. Cette firme a consenti des efforts notables, avec plus de : «18 milliards de FCFA au titre des patentes à la commune de Kéniéba», rien que de 2008 à 2020. Cependant, les traces sur le développement sont timides. Peu de routes praticables ou presque pas, problème d’électricité et de santé, malgré les 62 ans d’indépendance du pays.

Ainsi, il se dit que si le développement se fait toujours attendre par les mines, la transparence tripartite – Etat, Communauté et société minière – reste la formule adéquate pour résoudre l’équation de la (misère) de l’or sur le Mali et ses communautés.   Ousmane Tangara

La fuite des capitaux, l’autre équation ! 

Les firmes multinationales, en particulier celles exerçant dans les industries extractives, jouent un grand rôle dans le développement du Mali. Sauf que les fuites de capitaux miniers réduiraient considérablement des avantages de notre pays,   l’assiette fiscale étant ainsi privée de substantiels bénéfices imposables.

Selon une étude en 2018 du Fonds monétaire international, les exportations aurifères au Mali, dominées par les FMN (Firmes Multinationales), ont représenté plus de 80% du total des exportations. Ces firmes, souligne le rapport, sont à l’origine de plus de 50% du chiffre d’affaires total des entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés et d’un peu plus de 80% des bénéfices imposables. Toutefois, il semblerait que le transfert des avoirs et des bénéfices par les FMN au Mali est réel et provoque une érosion de son assiette des recettes. Cette situation se conforte, parce que notre pays ne disposant pas, 62 ans après son indépendance, de mécanisme d’informations sur les prix de transfert.

En plus de cela, l’absence de règles efficaces pour contourner la  sous-capitalisation contribue également à favoriser la situation. Et, loin d’être une cause moindre, l’éclatement du cadre de politique fiscale du Mali dans diverses lois a aussi contribué, jusqu’à l’adoption du nouveau code minier,  à maintenir les risques de fuites de capitaux au Mali.

En effet, le nouveau code minier du Mali et le code des investissements ont pour but d’inciter les entreprises à investir et à embaucher. Par contre, ces deux instruments essentiels de la politique fiscale du pays contribuent énormément à favoriser la fuite de capitaux miniers à cause de leurs interprétations diverses. Ce qui ouvre la voie à des risques d’évasions fiscales et de fuites de capitaux des sociétés minières qui transfèrent des bénéfices en dehors du Mali. Cette pratique  préjudiciable à l’économie malienne   clairement décriée a été établie par le Fonds monétaire international.

L’institution souligne : «la destination massive des exportations du Mali laisse apparaître le risque de déplacement des bénéfices. Environ 75% des exportations du Mali sont destinées à l’Afrique du Sud et à la Suisse ».

La problématique détermination de la valeur de l’or non raffiné

Selon les experts du FMI, ce taux des exportations du Mali en direction des mêmes pays est resté relativement stable ces dernières années. Cette concentration peut paraître normale au regard de l’importance du raffinage de l’or dans ces deux pays surtout en Suisse, mais elle pose la problématique difficile de déterminer la valeur de l’or non raffiné.

C’est dans cette logique que les experts de Bretton Woods suggèrent au Mali : «Une analyse plus approfondie identifiant la nature des exportations aurifères, la relation entre les exportateurs au Mali et les importateurs dans les deux pays destinataires et la structure des prix pratiqués sur ces exportations, qui pourrait livrer davantage d’informations sur l’érosion de l’assiette fiscale imputable à la sous-évaluation des prix à l’exportation interentreprises ».

Dans la même lignée, le Mali a des conventions fiscales avec plusieurs pays étrangers. A cause de la libre et facile «Transférabilité» des biens que cautionnent ces accords, Aboubacar Traoré, consultant minier, craint des risques de non-imposition. Il préconise au pays de s’engager à mettre en place, un contrôle rigoureux et efficace avec ses pays voisins, afin de maîtriser la sortie des capitaux vers l’étranger.

Ousmane Tangara

Source: Le Challenger