On les accuse parfois de filouterie et de manque de loyauté. Pourtant, ils donnent de plus en plus la preuve de leur efficacité dans la conquête de la clientèle

 

Ils se font très souvent remarquer par leur verve. Ces rabatteurs, qui s’imposent de plus en plus dans tout, sont en train de faire de leur activité informelle une profession, régie par des règles non écrites. Certains d’entre eux travaillent avec les boutiques de vente des basins et apparaissent aux yeux de certains jeunes déscolarisés, voire des sans-emploi comme une alternative de débrouillardise, notamment dans la recherche de la pitance.

Ceux qui officient dans le domaine estiment que leur activité est tout sauf une sinécure. Ils s’accordent à reconnaître quelques difficultés dans l’exercice de leur «métier» de rabatteur. Balla Coulibaly, la vingtaine, pratique aussi cette activité depuis 3 ans devant une boutique de vente de basins, sans souvent compter son temps et son énergie.Il explique que c’est une profession très contraignante surtout pour l’étudiant qu’il est. Mais il joue le rôle d’intermédiaire dans certaines activités pour arriver à joindre les deux bouts parce que même avec la bourse, il n’est pas à l’abri du besoin.

Il laisse entrevoir dans ses explications que les coxeurs ne sont liés à leurs partenaires que par un consensus verbal. «Nous sommes payés à la tâche, c’est-à-dire en fonction du nombre de clients mobilisés par jour. Petit à petit, on arrive à asseoir la confiance entre nous et nos partenaires. C’est à partir de là que certains patrons mettent à la disposition des rabatteurs des engins à deux roues ou leur cèdent des pourcentages sur les achats de la clientèle», relève le jeune rabatteur. Il explique aussi avoir été attiré dans cette activité par un ami qui la pratiquait avec un boutiquier.

Il se réserve le droit de multiplier son partenariat avec d’autres particuliers, d’autres grandes surfaces, mais surtout de décrocher à tout moment s’il le désire parce que n’étant pas lié avec eux par un quelconque contrat. Sur la cupidité de certains patrons, il met un bémol et explique n’avoir jamais eu maille à partir avec quelqu’un, depuis qu’il évolue dans cette activité.

Sans faire de procès d’intention à ses camarades, il explique simplement que cette activité exige d’avoir un entregent, mais aussi plus d’honnêteté et de faire preuve de plus de persévérance. Bref, il recommande d’être un vraigentleman (gentilhomme en anglais).

Par ailleurs, il explique ne pas se plaindre, nonobstant les difficultés. «J’arrive à subvenir à certains petits besoins avec le peu d’argent que je gagne dans cette activité. C’est parfois rentable parce qu’il m’est arrivé de recevoir 400.000 Fcfa d’émoluments sur les achats des clients que j’ai pu convaincre de venir payer les basins». Mais il se veut on ne peut plus clair. Il n’arrêtera ses études pour rien au monde et accorde la priorité à sa formation intellectuelle.

C’est pourquoi, il y travaille à mi-temps. C’est tout le contraire chez Demba Sylla qui s’est investi totalement dans cette activité informelle depuis plus d’une décennie. Il estime que c’est une alternative au chômage surtout pour quelqu’un comme lui qui n’a aucune qualification. Père de famille, il se voit contraint d’apporter gîte et couvert à son épouse et à sa progéniture (ses quatre enfants). Il confirme bien vivre de son activité, même si souvent il se trouve en butte à des difficultés. Il lui arrive d’empocher par certains jours entre 30.000 Fcfa et 100.000 Fcfa.

Sans faire dans la langue de bois, il affirme à qui veut l’entendre que certains patrons sont de mauvaise foi et refusent d’honorer leurs engagements financiers. Pour lui, l’essentiel est d’être en parfaite symbiose avec la clientèle qui n’hésitera pas une prochaine fois à recontacter par téléphone et en vue de s’épargner le déplacement.

Une fois la confiance instaurée, on peut leur livrer à domicile leurs commandes de basins. Et chaque fois que le client te sollicite pour des achats, tu perçois des émoluments. En plus, certains patrons assurent aussi le transport. Il fait observer qu’il arrive aussi souvent que les propriétaires de boutiques organisent une tombola avec une moto comme récompense. Dans cette situation, on exige des coxeurs d’amener chacun au moins 10 clients par jour pendant un mois. Le premier à atteindre la barre fatidique des 100 clients enlèvera lamoto.

D’autres types d’intermédiaires travaillent avec les commerçants qui vendent des basins. Eux, ils officient à l’intérieur de la boutique. Fousseyni Niangadou commerçant de son état en emploie. Ce boutiquier indique assurer le service depuis au moins 7 ans.Mais, c’est récemment qu’il a commencé à collaborer avec les coxeurs parce qu’il était très méfiant vis-à-vis de ces rabatteurs.

Son refus de collaborer avec eux reposait sur les rumeurs, notamment d’accusations de vol. J’ai employé un jeune de mon quartier qui a su se montrer très efficace et puis j’en ai engagé d’autres. Actuellement, je travaille avec 4 jeunes très dévoués.

Il souligne ne pas être gêné de constater qu’ils travaillent avec d’autres boutiques dans le même registre pour gagner encore plus parce que ce sont des chefs de famille avec beaucoup de problèmes aussi. Il reconnaît en récolter, aujourd’hui, les dividendes de la collaboration parce que les clients se bousculent aux portillons de son magasin. Lui même confirme que les coxeurs peuvent amener chacun souvent 12 clients par jour. Il pense même qu’ils sont de plus en plus indispensables dans le milieu du commerce. Il explique payer personnellement 1.000 Fcfa par jour et par coxeur juste pour leur transport. Sur chaque vente, ils ont 5%.

Alpha Bocoum déteste travailler avec les coxeurs. Ce commerçant de basins est même dirimant. Ils sont menteurs et voleurs, déclare-t-il. à le croire, certains boutiquiers vendent plus cher leurs articles pour pouvoir payer des émoluments aux rabatteurs. Il estime que cela est contre indiqué dans la religion, notamment l’islam. Il rappelle également l’appât du gain qui pousse certains d’entre eux à collaborer avec plusieurs boutiquiers, pourtant concurrents.

Assitan Sira Kabayoko

Source : L’ESSOR

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