Des millions de Maliens, de l’intérieur et de la diaspora, nourrissaient l’immense espoir de voir  » la levée immédiate  » des dures sanctions économiques et financières, dont ils sont les principales victimes, sanctionner le sommet extraordinaire de la CEDEAO qui vient de se tenir, le samedi 4 juin, à Accra (Ghana). Leur déception a été cruelle car cette instance a décidé, primo de  » maintenir les sanctions imposées le 9 janvier », secundo de  » poursuivre le dialogue en vue de parvenir à un accord pour assurer la levée progressive des sanctions « , tertio  » d’examiner la situation du Mali lors de son sommet ordinaire du 3 juillet 2022″.

 

Cette triple décision découle d’un constat : les discussions, jusque-là menées par le Médiateur Goodluck Jonathan avec les autorités maliennes, n’ont pas été concluantes. Aussi l’ancien président de la République fédérale du Nigeria, qui n’a épargné ni son temps ni son énergie dans d’incessants déplacements entre son pays et le Mali, est-il invité à  » poursuivre ses efforts et finaliser les discussions avec les autorités maliennes ».

La déception de nos compatriotes est d’autant plus grande qu’elle était inattendue. La déclaration par voie de presse du président sénégalais, Macky Sall, relativement optimiste sur un dénouement positif du sommet, les initiatives diplomatiques conduites par son homologue du Togo, Faure Gnassingbe, l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) la Commission de l’Union africaine (UA) et d’autres plus discrètes laissaient entrevoir  » un compromis  » (le mot était dans l’air du temps) sur la durée additionnelle de la transition, la pomme de discorde entre Bamako et Abuja.

On peut en déduire que les deux parties se cramponnent à leurs positions affichées depuis mars dernier : 24 mois pour l’une, 16 mois pour l’autre. Ou que les hypothétiques concessions faites de part et d’autre n’ont pas été jugées réciproquement significatives. A moins que l’offre malienne n’ait pas été accompagnée d’un chronogramme électoral convaincant, chose primordiale pour la CEDEAO mais qui est loin d’être à l’ordre du jour chez son partenaire en rupture avec les textes fondateurs. Et pour cause : le processus électoral, lourdement (et délibérément ?) encombré d’une kyrielle de conditions aussi complexes que difficilement maîtrisables, avance à l’allure d’une tortue et sans visibilité.

Il en résulte une très faible probabilité d’un changement majeur de situation au bout du mois supplémentaire que la CEDEAO s’est accordé pour procéder à une nouvelle réévaluation, qui donnerait lieu à une levée des sanctions. Laquelle, en tout état de cause, se ferait  » progressivement  » c’est-à-dire au fur et à mesure que les dirigeants maliens poseront des actes concrets allant dans le sens du rétablissement de la démocratie.

Les populations maliennes ne sont donc pas au bout de leurs souffrances et l’Etat lui-même n’est pas à l’abri d’une récession économique porteuse de désordre et d’instabilité accrus sauf si un réaménagement venait à être opéré dans la gestion de la transition, singulièrement l’environnement nécessaire à l’organisation des élections et l’érection de celle-là en surpriorité.

Saouti HAIDARA

Source: l’Indépendant

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Des millions de Maliens, de l’intérieur et de la diaspora, nourrissaient l’immense espoir de voir  » la levée immédiate  » des dures sanctions économiques et financières, dont ils sont les principales victimes, sanctionner le sommet extraordinaire de la CEDEAO qui vient de se tenir, le samedi 4 juin, à...