Le rapport de la commission ad hoc du Dialogue national tenu au Tchad lève la verrouille en autorisant notamment Déby fils, président de la transition, à se présenter candidat lors de la prochaine présidentielle contrairement à ses engagements. 72 heures après cette décision qui pourrait déboucher à une confiscation du pouvoir, la France qui a intronisé Mahamat Déby en violation de tous les principes démocratiques, n’a pas osé encore hausser le ton. C’est dans un communiqué conjoint rendu public le 3 octobre que la France donne son ressenti. Ou bien Macron a compris qu’il doit se tenir à distance de certaines affaires.

 

Le vendredi 23 avril, le chef de l’État français, Emmanuel Macron, assistait aux funérailles du défunt président tchadien, Idriss Déby Itno, mort de ses blessures au front contre des rebelles, selon la version officielle de l’armée.
La présence de Macron aux côtés de la famille Déby, tout un symbole et marque sa solidarité et son soutien à cet allié de la France dans la lutte contre l’insécurité, notamment. Ce jour, le président de la France, un pays très attaché au respect des principes démocratiques, a cautionné une prise de pouvoir en toute violation des textes du Tchad.
Ce donneur de leçon a parié sur le coup d’État en légitimant la junte militaire, à travers Mahamat Déby Itno, et a réclamé une «transition pacifique» plutôt que de parler de démocratie. L’engagement pris était d’organiser la transition dans un délai de 18 mois en vue de passer le pouvoir à un président démocratiquement élu. L’autre exigence, lui, en tant que président de la Transition, n’était pas éligible à l’élection qui devrait sanctionner la période transitoire.
En foulant au pied ces engagements à la faveur du dialogue national inclusif au Tchad qui a adopté «définitivement» le rapport de la commission ad hoc sur «la forme de l’État, la constitution, les réformes institutionnelles et le processus électoral» permet désormais la candidature du président de la transition en ces termes : « un consensus s’est dégagé pour que tout Tchadien qui remplit les conditions fixées par la loi soit électeur et éligible » pour les prochaines élections au Tchad.
Dans la foulée de la décision, des pays membres de la Délégation de l’Union européenne ont tenu à manifester leur préoccupation concernant certaines conclusions du Dialogue, relatives au cadre des prochaines élections, en ce qu’elles ne tiennent pas compte des communiqués du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine du 14 mai 2021, réitérés le 19 septembre 2022, relatif à la durée de la Transition et à la clause d’inéligibilité concernant les autorités qui en assurent la conduite.
Après son coup de force réussi par la bénédiction de la France, le chemin est bien balisé par Déby fils qui est dans une logique de confiscation du pouvoir. Pire, Emmanuel Macron qui a été auteur d’une ingérence abjecte des affaires internes du Tchad suite au décès d’Idriss Déby, garde le silence sur cette affaire. Des prises de position qui donnent du grain à moudre et animent l’incohérence de la politique extérieure d’un État à un autre État sur une situation donnée.
Certes, des pays de l’Union européenne dont la France ont réagi dans un communiqué son degré d’implication dans ce processus doit l’obliger à sortir dans sa zone de confort. Comme ça été le cas pour le Mali où il n’a pas hésité de s’en prendre aux autorités maliennes, après le coup de force contre Bah N’Daw.
Si le sentiment anti-français prospère autant sur le continent, c’est dû également à la mauvaise implication et aux deux poids, deux mesures des dirigeants français dans la gestion des affaires internes des anciennes colonies.

PAR SIKOU BAH

Source : Info-Matin