Le changement dans le dispositif militaire français au Sahel au profit d’une coalition internationale, qui vient d’être amorcé avec le retrait progressif de Barkhane de Kidal, a été présenté à  dessein par Choguel Maïga devant l’assemblée générale de l’ONU comme  » un abandon en plein vol « . Le but étant de justifier un  éventuel recours à des mercenaires russes. Pourtant une analyse un tant soit peu rigoureuse conduit au constat qu’une telle option, si elle venait à s’opérer, outre qu’elle mettrait en péril la paix fragile réalisée avec la CMA qui s’y est  déclarée hostile, ne signerait la fin ni de l’islamo-terrorisme ni de l’insécurité généralisée comme certains de nos concitoyens ont tendance à le croire.

 

Tout d’abord il convient de lever une équivoque : la lutte contre l’islamo-terrorisme, menée depuis une décennie par les forces armées et de sécurité maliennes appuyées par leurs alliés français, américains et depuis peu européens, n’est pas  un échec comme l’on s’évertue à le faire croire à des populations mal informées et comme Choguel lui-même a semblé le faire créditer auprès de la communauté internationale. Elle a permis l’élimination de plusieurs centaines voire milliers de terroristes de tous bords. L’EIGS, l’une des deux deux grandes organisations islamo-terroristes qui sévissent dans notre pays, a  été désarticulé et affaibli dans son fief, « la zone des trois frontières« . Son chef, Adnane Abou Walid al-sahraoui vient d’être neutralisé à l’instar de plusieurs de ses lieutenants  entre 2013 et 2020. Il en est réduit à frapper les esprits par le retour à  la pratique barbare et surannée de l’amputation de main de voleurs de bétail.

Quant au GSIM, la principale difficulté à le combattre efficacement dans le septentrion tient à ce qu’il conserve de solides complicités au sein de l’ex-rebellion kidaloise dont il fut le promoteur et le chef adulé. On le  dit aussi sous protection des services de renseignement algériens qui lui assurent une totale liberté de mouvement entre les montagnes du Nord de l’Adrar des Ifoghas et le sud de l’Algérie peuplé de Touareg. Au centre du pays, eu égard au fait que la lutte contre le terrorisme a pris une allure de guerre communautaire entre Peuls et Dogons, le Mali a décidé d’y faire face seul, sans implication de ses alliés sauf sur le plan humanitaire. Hélas, l’on peut constater que la situation n’a cessé de se dégrader. Ni les groupes d’autodéfense créés et financés par le régime IBK ni le dialogue avec les djihadistes encouragé par la Transition n’ont réussi à  pacifier cette partie du territoire national.

Il s’y ajoute que les coups de boutoir assénés à ces organisations terroristes tant au nord qu’au centre  les ont contraintes à changer leurs méthodes d’action. Elles s’aventurent moins à attaquer frontalement les FAMa, les casques bleus de la MINUSMA et Barkhane. Elles privilégient désormais l’utilisation des engins explosifs improvisés ( EEI), les attaques par petits groupes à  bord de motos, un mode de déplacement très prisé par les populations  de ces régions, qui leur procure l’anonymat. Leurs raids font des morts à grande échelle et des dévastations  en un laps de temps très court. Un autre mode opératoire de plus en plus fréquent consiste à couper les routes aux véhicules de transport. Leurs occupants  sont détroussés sous la menace d’armes à feu, souvent froidement  abattus comme ce fut le cas, il y a peu, de deux infortunés chauffeurs marocains conduisant des camions de livraison de marchandises.

La lutte antiterroriste n’a donc pas failli mais requiert une nouvelle approche, un nouveau type d’organisation sur le terrain et des moyens mieux adaptés aux nouvelles formes que revêt le fléau pour être plus productive. Ainsi au nord du pays, le succès ne peut être décisif que si le Mali, par une action diplomatique forte, parvient à obtenir une réelle implication de l’Algérie, à l’instar de celle qui a permis au président Modibo Keita de vaincre la première rébellion touareg en 1964. Il devra la combiner avec la mise en œuvre de dispositions clés de l’accord pour la paix de juin 2015, notamment la création des unités de l’armée reconstituée. La dernière session du CSA a pris l’engagement d’insérer 13 000 ex-combattants dans les rangs des FAMa d’ici fin décembre prochain sur un effectif de 26 000 dans les trois années à venir. C’est assurément le chemin à suivre.

Pour stopper les  dérives qui ensanglantent le centre, il urge de priver l’organisation terroriste Ançar dine Macina de Amadou Koufa et le groupe d’autodéfense Dan na Ambassagou de leurs sources d’approvisionnement en armes, en argent, en carburant. Pour cela un contrôle strict doit être exercé sur les transferts de fonds, par voie bancaire ou autres, des fouilles pointues opérées sur les véhicules qui relient nos villes entre elles et, à cette fin, des postes de contrôle installés en nombre suffisant sur  toutes les voies de desserte stratégique. La Douane doit y jouer sa partition, qui a vocation à empêcher toute transaction prohibée à partir de nos frontières. Bref le Mali doit se comporter comme un pays en état de guerre contre le terrorisme et l’insécurité sous toutes ses formes et prendre toutes les mesures nécessaires à cet effet (administratives, économiques, financières, ou de toute autre nature). Cela passe par l’élaboration et la mise en œuvre scrupuleuse d’une stratégie globale et ce ne sont ni les Français ni les Américains ni les Russes qui feront ce travail à la place des Maliens eux-mêmes.

Saouti HAIDARA

Source: l’Indépendant

MaliwebEditorial
Le changement dans le dispositif militaire français au Sahel au profit d’une coalition internationale, qui vient d’être amorcé avec le retrait progressif de Barkhane de Kidal, a été présenté à  dessein par Choguel Maïga devant l’assemblée générale de l’ONU comme  » un abandon en plein vol « . Le but étant de...