Visé par une « obligation de quitter le territoire français » depuis l’hiver dernier, Makan K. pointait au commissariat de Royan. Lundi, il y a été arrêté, puis transféré à Bamako dès ce mardi

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Depuis la fin de l’hiver dernier, Makan K., jeune Malien de 19 ans, arrivant en France mineur, avait l’habitude de se rendre deux fois par semaine au commissariat de Royan. Visé par une obligation de quitter le territoire français, assigné à résidence, il devait se présenter rituellement à ces deux rendez-vous, fixés à 16 heures. Lundi 5 septembre, il lui a été demandé de se présenter un peu plus tôt, vers 13 heures.

Makan K. n’est pas ressorti seul et libre du commissariat. Il s’est vu signifier, en réalité, la mise à exécution de l’OQTF prononcée à son encontre. « Le recours qu’il a engagé n’a même pas encore été étudié par la cour d’appel de Bordeaux, mais celui-ci n’est pas suspensif, malheureusement », se désole ce mardi 6 septembre une bénévole de l’antenne royannaise de la Ligue des droits de l’Homme.

Lundi, Makan K. a d’abord été transféré à La Rochelle, puis conduit dans la nuit à l’aéroport de Bordeaux-Mérignac pour y prendre, aux aurores, un vol pour Paris, d’où il a ensuite été embarqué à bord d’un vol pour Bamako, la capitale malienne.

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« Une incohérence »

La soudaineté du départ de Makan K. choque à la fois les membres de la LDH, mais en premier lieu… son employeur. Car Makan, depuis deux ans, apprend le métier de peintre en bâtiment dans une entreprise royannaise, Royan ravalement service, dont le gérant, Aubin Padonou, ne cache pas son incompréhension. « Makan est en apprentissage chez nous depuis deux ans. Il allait poursuivre sa formation par un Brevet professionnel, son contrat d’apprentissage avait d’ailleurs été validé le 30 août par le Centre de formation des apprentis. Il devait reprendre cette semaine. »

Aubin Padonou voit « une incohérence dans cette décision administrative » de renvoyer au Mali ce « très bon élément, très apprécié ». « Nous sommes, en France, dans un contexte particulier, où nous rencontrons des difficultés à recruter de la main-d’œuvre. Nous formons des jeunes sérieux, motivés, qui contribuent à créer de la valeur, par leur travail, et on les expulse une fois formés ! Le ministère de l’Intérieur affirme que nombre de jeunes comme Makan sont arrivés en France avec des faux papiers… Mais il existe, à mon sens, une autre façon de gérer la situation de jeunes comme lui, qui n’ont pas versé dans la délinquance, qui se sont formés. »

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