Les livraisons de gaz par Nord Stream vers l’Europe sont toujours faibles, à moins de 20% des capacités de l’infrastructure et devraient encore chuter dans les prochaines semaines. Moscou s’abrite derrière l’impossibilité de récupérer, à cause des sanctions selon Gazprom, une turbine présentée comme « essentielle » au fonctionnement du gazoduc. Une situation humiliante pour les Allemands et les Canadiens qui se sont résolus à renvoyer à tout prix cette turbine Siemens en maintenance au Canada pour tenter de relancer les exportations de gaz.

 

La reprise de Nord Stream 1 tient-elle à une simple turbine ? Il est permis d’en douter mais c’est ce qu’affirme Gazprom, qui s’est longtemps plaint de ne pas disposer de cet élément fabriqué par Siemens un temps bloqué en maintenance au Canada et désormais rapatrié en Allemagne en vue d’une livraison à la Russie.

Pourtant, Gazprom affirme que la restitution définitive de la turbine Siemens s’avère encore « impossible » à cause du régime de sanctions contre Moscou. « Les régimes de sanctions au Canada, dans l’Union européenne et au Royaume-Uni, ainsi que les incohérences de la situation actuelle concernant les obligations contractuelles de Siemens rendent impossible la livraison », a déploré le géant gazier dans un communiqué.

 

Par ailleurs, Gazprom reproche à Siemens de ne pas lui avoir fourni les documents nécessaires au bon redémarrage de la turbine. Ce dont se défendent les Allemands, à commencer par leur chancelier Olaf Scholz en visite mercredi dans une usine Siemens de la Ruhr. « Il n’y a aucune raison qui empêcherait la livraison d’avoir lieu », a déclaré Olaf Scholz en expliquant que Berlin attendait simplement de Moscou « les informations douanières nécessaires pour son transport vers la Russie ».

Les arguments avancés par Gazprom ont de quoi faire enrager Canadiens et Allemands qui, en acceptant de renvoyer la turbine en Europe dans l’espoir d’une relance de Nord Stream 1, ont enfreint les sanctions qu’ils ont eux-mêmes décidé. « Une décision difficile » à écouter la ministre canadienne des Affaires étrangères Mélanie Joly qui a subi la réprobation de Kiev sur ce dossier. « Le président Poutine essaie d’utiliser cet enjeu de turbines comme une façon de créer de la dissension entre alliés au sein du G7 », a-t-elle estimé, lors d’une conférence de presse à Montréal. Une analyse reprise par son homologue allemande la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock en visite à ses côtés.

La turbine, simple prétexte ?

Les Occidentaux soupçonnent Moscou d’utiliser cette affaire de turbine comme un prétexte et de faire du gaz une arme géopolitique de pression afin d’alléger les sanctions. En effet, la Russie n’a de cesse de fustiger ces mesures qualifiées d’ « illégales » qui la coupent quasi-totalement des économies occidentales, à l’exception notable du gaz et du pétrole.

Loin d’être anecdotique, la question de cette turbine et in fine du redémarrage complet de Nord Stream 1 va décider de la situation énergétique de l’Europe dans les prochains mois. Le gazoduc Nord Stream 1 affiche une immense capacité de 167 millions de m3 quotidiens selon Gazprom qui en fait la principale infrastructure d’exportation de gaz de la Russie vers l’Allemagne puis l’Europe via la mer Baltique. L’Allemagne se trouve très dépendante de l’approvisionnement russe qui représentait plus de 50% de sa consommation avant la guerre en Ukraine.

La diminution drastique des livraisons de gaz russe vers l’Europe place la première puissance économique et industrielle du Vieux Continent dans une position de grande vulnérabilité, tant pour alimenter ses ménages en gaz que son appareil productif. « Cela a été une erreur d’être aussi dépendant du gaz bon marché de la Russie. C’est pourquoi nous avons opéré un virage à 180 degrés et nous nous sommes totalement affranchis de l’approvisionnement en gaz russe », a déclaré la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock en référence au projet allemand de renoncer au gaz russe à terme. Ce projet de renoncer définitivement aux hydrocarbures russes n’est évidemment pas encore effectif. À l’image de cette tentative désespérée de renvoyer la turbine Siemens pour rétablir les livraisons de gaz russe coûte que coûte.

Source : AFP