Le retour de Sophie Pétronin au Mali suscite des réactions outrées en France. Le porte-parole du gouvernement parle d’« irresponsabilité », en ligne avec les positions tenus par des cadres du Sénat ou de l’Assemblée nationale. Le fils de l’ex-otage, Sébastien Pétronin, leur a répondu.

« Nous déplorons le retour de Sophie Pétronin au Mali. » Le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, n’a pas mâché ses mots, ce mercredi, évoquant « une forme d’irresponsabilité », vis-à-vis de « sa sécurité » mais aussi vis-à-vis « de la sécurité de nos militaires ». L’ex-otage, qui a passé quatre années entre les mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, dans le nord du Mali, est de retour à Bamako depuis mars dernier. L’information n’a été révélée que ce mardi dans les médias français. Elle suscite depuis des réactions outrées.

Choc et sidération

Christian Cambon est sénateur (LR), président de la commission Affaires étrangères du Sénat. Sa position est la même que celle du gouvernement français : « C’est un effet de sidération parce que, moi, je me souviens très bien dans quelles conditions cette dame a été d’abord recherchée avec tous les moyens qu’ont pu utiliser nos services. Et je me souviens surtout des conditions dans lesquelles cette dame a obtenu sa libération. Il a fallu en contrepartie libérer 200 prisonniers maliens, dont un certain nombre de jihadistes ayant du sang sur les mains. C’est son droit, moi je respecte la personne. Mais l’acte politique qui consiste à repartir chez ses ravisseurs, c’est incompréhensible. Puisqu’elle aime le Mali, qu’elle y reste et que la France tire un trait sur son cas. Elle a le droit de faire ce qu’elle veut. Simplement, je souhaite que la France ne mobilise plus ses moyens au profit de cette femme. »

Les proches de Sophie Pétronin ont expliqué que l’ex-otage, après sa libération, était malheureuse en Suisse, et que sa petite retraite ne lui permettait de surcroît pas d’y vivre correctement. Mais beaucoup ont gardé en tête les propos tenus à sa libération. Elle avait, sur l’antenne de RFI, refusé de qualifier ses ravisseurs de « jihadistes », préférant parler de « groupes d’opposition armée au régime [malien] ». Certains, à l’extrême droite du spectre politique français, ne lui ont pas non plus pardonné sa conversion à l’islam.

Nicolas Démoulin est député (LRM), il est surtout président du groupe d’amitié France-Mali de l’Assemblée nationale. Sa position n’en est pas moins dure vis-à-vis de l’ex-otage et de sa décision de retourner vivre au Mali : « Je suis choqué, je suis choqué parce que je vois dans cette attitude beaucoup d’égoïsme au regard de tout ce qui a été fait pour sa libération il y a maintenant un peu plus d’un an. Une attitude irresponsable, incompréhensible. Je pense surtout à toutes ces personnes qui ont œuvré pendant des années et des années pour sa libération. Et donc, c’est une décision qui est pour moi inacceptable. C’est une envie personnelle, je le répète, égoïste, elle ne peut pas ne pas prendre en compte sa situation exceptionnelle, tragique à l’époque, et partir comme ça de manière personnelle pour des raisons que l’on peut entendre, mais qui en tout cas, pour moi, sont incompréhensibles et ne sont pas acceptables. »

« Elle est à Bamako, mais elle n’est pas dans le désert »

Ce jeudi matin, le fils de Sophie Pétronin, Sébastien, a tenu à défendre sa mère en rétablissant certains éléments. Lui, qui s’était personnellement impliqué pour la libération de sa mère, et qui avait à l’époque souhaité qu’elle n’y retourne pas, s’est finalement résolu à l’aider à rejoindre son pays d’adoption au mois de mars dernier. Sur l’antenne de nos confrères de BFM, il a expliqué son choix et pourquoi les conditions du retour de sa mère au Mali ne méritait pas, selon lui, le procès en indignation qui lui est fait depuis plusieurs jours.

« Est-ce qu’une mère peut abandonner sa fille ? Ensuite, elle a passé 20 ans là-bas, donc une partie de sa vie est là-bas. J’en profite aussi pour clarifier un point qui a peut-être échappé à messieurs [Gabriel] Attal ou [Sébastien] Chenu qui s’étalent dans la presse. Bamako est une capitale. Il y a, je crois, 8 000 Français qui vivent au Mali. Elle n’a pas décidé de retourner dans le désert pour aller comme l’a dit monsieur Chenu : ‘’Elle veut vivre au Mali, qu’elle aille vivre auprès de ses bourreaux’’. Non, elle est à Bamako. Ses bourreaux ne sont pas les Bamakoises et les Bamakois. Ses bourreaux ne sont pas le peuple malien. Elle est à Bamako certes, c’est au Mali certes. Mais elle n’est pas dans le désert, elle n’est pas à Sikasso, elle ne prend pas des risques. Elle vient de passer six mois à Bamako, enfermée dans un appartement. Elle est sortie une fois sous escorte pour aller faire des courses. Je n’ai pas l’impression qu’elle soit retournée auprès de ses bourreaux. »

Malgré les sollicitations de RFI, les autorités maliennes ne se sont quant à elles pas prononcées sur le retour de Sophie Pétronin dans le pays. Vendredi dernier, l’émission par la gendarmerie nationale d’un avis de recherche la concernant avait provoqué la révélation de la présence au Mali de l’ex-otage, plus de sept mois après son arrivée. L’objet de cet avis de recherche – irrégularité administrative ou comportement suspect ? – n’a pas été précisé. Le ministère de la Sécurité s’en tenant à expliquer qu’il s’agissait de « lever certaines ambiguïtés ».

Source : RFI

MaliwebInternational
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