Bibata Ibrahim Maïga est une jeune artiste danseuse contemporaine et chorégraphe. Née et grandie à Gao, elle est actuellement la créatrice d’une association « I danse so » qui travaille avec les enfants de la rue et ceux de Gao. Bibata est également danseuse interprète dans une compagnie internationale appelée « Faso danse théâtre ».  

 Mali Tribune : D’où vient votre passion pour la danse ?

Bibata Ibrahim Maïga : Depuis toute petite, je suis passionnée pour la danse. Je me mettais à danser toutes les nuits quand les autres dormaient. Ma passion vient aussi de la poésie. J’aimais beaucoup la poésie depuis le lycée, surtout celle d’Aimé Césaire. Un jour, alors je regardais à la télé un documentaire sur Aimé Césaire, j’avais vu un danseur qui interprétait une de ses poésies, c’était tellement beau et là j’ai compris que c’était ça que je voulais faire.

Mali Tribune : Quel type de danse faites-vous ?

B I M. : Je fais de la danse contemporaine. Cette danse est un ensemble de tout : la scénographie, la création de costume et la recherche de mouvement. Un chorégraphe de la danse contemporaine peut passer en moyenne une année à la recherche de sujet dans les médias, dans les livres ou dans d’autres spectacles pour créer ses mouvements.

 Mali Tribune : Quel message vous transmettez à travers la danse ?

B I M. : Je dénonce ce qui est injuste et qui me touche. Je veux transmettre ce que je ressens aux autres et je les incite à voir les choses autrement. Par exemple, à travers ma création ‘’Tchi’’, j’ai parlé de la politique, leur corruption vis-à-vis des médias et même à travers la population. Aussi la création ‘’Esprit bavard’’, elle parlait de l’être humain et sa façon de comprendre le monde, la société, les religions, les cultures du monde entier. ‘’Esprit bavard’’ parle de notre façon d’être par rapport à notre société.

Mali Tribune : Est-ce qu’on peut dire que la danse nourrit ceux ou celles qui la pratiquent au Mali ?

B I M. : Au Mali la danse nourrit difficilement ses sujets. Car le Mali n’a pas encore accordé à l’art l’importance qu’elle mérite, surtout la danse. Le pays n’a jusque-là pas accordé aux artistes les soutiens dont ils ont besoin. Des meilleurs danseurs, des danseurs engagés ne manquent pas dans notre pays, et si ça ne nourrit pas toujours je me dis que la danse n’a toujours pas eu la place qu’elle mérite pour le moment. Beaucoup de danseurs ici sont marginalisés, indexés. Beaucoup pensent qu’on est en train de perdre notre temps parce qu’on se bat pour une cause qui n’est pas très bien connue. Mais je pense qu’actuellement les choses changent un peu, parce qu’il y a beaucoup de nos aînés qui sont en train de créer des initiatives pour vulgariser la danse au Mali et cela donne de l’espoir.

Mali Tribune : Est-ce que le choix de votre métier est accepté par votre famille ?

B I. M. : Au début ma famille n’a pas du tout accepté mon choix car j’avais quitté la Flash en 2e année pour aller au Conservatoire des arts et cultures. J’étais une étudiante brillante à l’école et ma mère n’a pas bien digéré le fait que je fasse ce choix. Mais ma famille a eu très peur pour moi, mais comme je suis une personne acharnée, engagée, je crois en ce que j’entame et j’ai choisi ma direction, aujourd’hui ma mère a commencé à avoir foi en moi. Je me suis battue pour lui prouver que la danse n’est pas pour les paresseux, ni pour les gens qui échouent, c’est un métier comme tous les autres mais qu’on doit essayer de booster soi-même.

 Mali Tribune : La société malienne est conservatrice. Quel est son regard sur vous en tant que danseuse ?

B.I.M. : Souvent on est vu comme des délinquants, des chômeurs, comme aussi des Chetane, vu que la religion musulmane considère la danse comme du Harem. Mais personnellement je ne fais pas attention à tout ça, à tout ce qui se dit par les autres, la société, ou tous ceux qui sont contre. Tout ce que je regarde, c’est ma direction, et je sais que quand je vais commencer à prospérer, toutes ces personnes qui sont contre vont s’accroupir devant. Et aussi à chaque fois, on nous demande « tu danses derrière qui ? », alors que nous sommes aussi des artistes, et c’est les chanteurs qui chantent derrière nous quand on danse.

Mali Tribune : Quels sont vos projets dans l’avenir pour promouvoir la danse contemporaine au Mali ?

B I M. : Mon plus grand projet c’est d’abord la création d’un grand centre de danse contemporaine et c’est déjà en cours car je viens d’ouvrir un espace ‘’B-Z’ART MOVE’’. Cet espace accueille les enfants de la rue. Car mon plus grand désir est d’aider ces enfants à apprendre ce métier et à être autonomes dans la vie. Et pour la fin créer ma compagnie de danse à travers ces enfants de la rue qui seront de grands danseurs contemporains de demain. Je compte aussi développer mon talent dans la musique qui est également une passion pour moi.

Propos recueillis par

Zeïnabou Fofana

 

Source: Mali Tribune

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Bibata Ibrahim Maïga est une jeune artiste danseuse contemporaine et chorégraphe. Née et grandie à Gao, elle est actuellement la créatrice d’une association « I danse so » qui travaille avec les enfants de la rue et ceux de Gao. Bibata est également danseuse interprète dans une compagnie internationale appelée « Faso...