La création des DFM visait a priori à mettre fin à des pratiques qui ont cours dans l’attribution des marchés publics. La DFM du ministère de l’Education nationale est sur la sellette pour des dessous de table.

Le manque de moralisation dans les marchés publics persiste dans notre pays. L’ordonnance n°9-010/P-RM du 4 mars 2009 portant création des Directions des Finances et du Matériel (DFM) entrait dans ce cadre. ATT avait pris cette ordonnance et fixé son décret d’organisation et de fonctionnement n°09-137/P-RM du 27 mars 2009 en vue de donner plus de responsabilité aux DFM. Ceux-ci sont désormais nommés par décret pris en conseil des ministres même s’ils travaillent sous la responsabilité du ministre de tutelle.

Arrivée au ministère de l’Education nationale à la faveur de la vague de nominations de Directeurs des Finances et du Matériel (DFM) en décembre 2020, Mme Savané Salimata Bengaly est accusée des faits qui n’honorent pas la profession. Des fournisseurs lui collent l’épithète de « Mme 10 % ». Ce qualificatif trouve son origine dans des rétros commissions exigées sur des marchés attribués. Selon les mêmes fournisseurs, pour bénéficier d’un marché avec cette DFM, il faut mettre la main à la poche au départ et à l’arrivée du marché, c’est-à-dire au paiement de la facture.

Pas que de bons souvenirs

Ancienne DFM du ministère de l’Elevage et de la Pêche d’où elle a été nommée à l’Education nationale, Mme Savané n’a pas laissé que de bons souvenirs. Une victime témoigne, « lorsqu’elle était DFM au ministère de l’Elevage et de la Pêche, ma facture a été bloquée pendant 3 ans parce que j’ai refusé le principe de rétro commission de 10 % ».

Au centre de ces accusations, la DFM que nous avons approchée ne se laisse pas accabler. « C’est ma première fois d’entendre cela. On m’appelle même la DFM folle, parce que rigoureuse sur des principes et des choses que je n’accepte pas », avant d’ajouter, « il faut être une malade mentale pour prendre de l’argent pour un marché non encore attribué ». Pour montrer davantage pattes blanches, Mme Savané affirme que sa personnalité et son éducation (sa foi en Dieu pour avoir fréquenté l’école coranique dans sa jeunesse) ne lui permettent pas de se faire soudoyer pour liquider les droits d’un opérateur économique.

Par ailleurs, parlant de la moralité de son service, la DFM du ministère de l’Education nationale fait savoir que « les commissions d’attribution de marchés sont indépendantes. Je ne connais personne, les travaux préliminaires sont faits avant que les dossiers n’atterrissent sur mon bureau pour signature ». Elle plaide, in fine non coupable de ces pratiques. « Mon salaire me permet de vivre dignement pour le reste de mes vieux jours ».

Mme Savané ajoute en plus que si elle était de moralité douteuse, elle n’en serait pas à son troisième département ministériel. Avant l’Education nationale où elle travaille depuis décembre dernier, elle est passée par les ministères de la Justice, Garde des Sceaux et de l’Elevage et la Pêche. Ainsi, le ministère de l’Education est et a toujours été un grand marché à ciel ouvert et qui suscite beaucoup d’intérêts.

Le ministère de l’Education est l’un des ministères les plus dotés en matière de moyens budgétaires. Au regard de la loi des finances rectifiée 2021, sa dotation atteint 16, 72 %. Ce département a la troisième plus grosse part du budget national après les services généraux des administrations publiques et la Défense.

 

Abdrahamane Dicko

 

Source: Mali Tribune

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La création des DFM visait a priori à mettre fin à des pratiques qui ont cours dans l’attribution des marchés publics. La DFM du ministère de l’Education nationale est sur la sellette pour des dessous de table. Le manque de moralisation dans les marchés publics persiste dans notre pays. L’ordonnance...