Après avoir réussi à lever la menace que constituait Kati pour Bamako, en mettant fin aux enfantillages de militaires, le président IBK veut ouvrir une nouvelle boite de pandore : celle de l’extradition de l’ancien Chef d’Etat, Amadou Toumani TOURE, aujourd’hui exilé forcé dans la capitale sénégalaise.

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La question qui couvait dans le milieu du pouvoir a fini par brûler les lèvres et les nouveaux maîtres du pouvoir l’ont clairement laissé entendre. Et puisque le fait serait nouveau pour notre pays, alors les supputations ont vite fait de prendre la place aux jugements analytiques. Ceci est spécifique aux Maliens qui se laissent facilement attendrir par les situations, même les plus dramatiques plutôt que par leur analyse objective. Selon donc que l’on soit d’un côté comme de l’autre, chacun y va de son commentaire. Comme si une traduction de l’ancien Chef de l’Etat devant les tribunaux allait résoudre nos problèmes.

 

 

Certes, Amadou Toumani TOURE est comptable de faits assimilables à une haute trahison. Inutile de revenir sur la gestion calamiteuse de la crise au Nord du pays ayant conduit aux drames que l’on sait et dont nous souffrons tous, d’une manière ou d’une autre, des conséquences. Mais le Président IBK franchira-t-il le rubicond en lançant d’abord un mandat d’arrêt contre l’ancien Chef de l’Etat et exiger, ensuite, des autorités de son pays d’accueil son extradition ? S’il faut répondre à cette question par l’affirmative, c’est certainement pour mettre en avant des raisons politiques.

 

 

En effet, s’il le faisait, IBK se serait donné un temps considérable à gérer le pays en détournant les citoyens des problèmes de fond qui assaillent leur quotidien et à cause desquels il est fréquent de les entendre fustiger les pratiques du nouveau maître plutôt bavard que travailleur. En somme, les nouveaux hommes au pouvoir feraient tout pour distraire les Maliens, que l’on sait en attente de changements significatifs de leur niveau de vie sociale et économique depuis la prestation de serment du Président KEITA. Ensuite, il faut reconnaître qu’il n’est jamais facile d’effacer, du jour au lendemain, des pratiques nostalgiques d’un régime de près de 10 ans de pouvoir absolu. Alors, pour être certain qu’il ne ferait pas face aux risques d’un retour des amis et inconditionnels d’ATT, IBK peut trouver que la meilleure façon, c’est de faire revenir au pays l’ancien maître, par cette voie humiliante et l’avoir à l’œil.

 

 

En dehors de ces deux raisons, nous n’en trouvons pas d’autres qui puissent convaincre les Maliens, très habitués à des procès d’anciens dirigeants au bout desquels ils s’en trouvent bernés et désabusés. En termes clairs, si ATT doit répondre devant les tribunaux de son pays de faits de haute trahison, cela ne nous avancerait en rien. Ça ne ferait pas alourdir le poids du panier de la ménagère, ou faire se recouvrer le reste du territoire dans les limites de la région de Kidal. Au contraire, outre le seul aspect pédagogique d’une telle entreprise, notre pays perdrait en argent avec toutes les dépenses liées à un éventuel procès contre ATT. Il s’agira sans doute de permettre aux avocats de présenter des factures avec des montants faramineux. Ne parlons vraiment pas de toutes les charges que peut avoir une traduction, devant la justice, de l’ancien Président.

 

 

Dans le même registre, il pourrait sortir de la dangereuse boite de pandore des accusations portant sur la responsabilité d’autres personnalités politiques parmi lesquelles Dioncounda TRAORE et un certain Ibrahim Boubacar KEITA, tous anciens présidents de l’Assemblée nationale du Mali, sous le règne du même ATT. Il pourrait être demandé à ces deux – devenus par la suite et du fait des turpitudes du même ATT Chefs d’Etat – des explications sur leur rôle dans les circonstances de la survenance de la crise au Nord. Ce n’est pas la seule phrase par laquelle le député IBK avait qualifié les Accords d’Alger d’ «Accords de la honte» qui vont le disculper. C’est dire qu’en toute logique, le Mali n’a rien n’à gagner dans un procès contre l’ancien Chef de l’Etat pour haute trahison. Fût-il devant la Haute Cour de Justice.

 

 

IBK aurait fait l’unanimité s’il avait envisagé un procès contre l’ancien régime pour détournement de fonds publics avec la ferme volonté de faire retourner les deniers volés dans les caisses du Trésor public. Puisqu’en effet, de l’argent a été détourné sous le règne du président TOURE et aucune simple intention ne saurait démentir cela. Ainsi, sa femme Lobbo TRAORE passerait en tête de liste des personnalités à faire comparaître. Suivront tous ceux qui ont multiplié les avoirs luxueux du fait de leur position au sein du régime et au grand dam des millions de Maliens qui peinaient – et peinent encore, il est vrai – à se trouver un seul repas par jour. Les plus en vue de ces hommes restent sans doute Ahmed Diane Séméga, les ministres qui se sont succédé à la tête du département en charge des domaines de l’Etat et des affaires foncières. Les coupables de détournement de fonds publics et d’enrichissement illicite pourraient alors dénoncer leurs complices directeurs généraux ou nationaux. N’oublions pas ceux qui ont présidé aux destinées du ministère des Forces Armées et des Anciens combattants. Car ce sont eux qui savent où est parti l’argent normalement destiné à l’achat d’équipements et de matériels pour nos militaires dont on sait qu’ils ont manqué de tout au plus fort de la guerre au Nord du pays.

 

 

Ce procès irait tout droit dans ce sens de la lutte contre la corruption, mais aussi il dissuaderait ceux qui pensent que le Président IBK n’irait jamais loin dans sa croisade et, qui plus est, renflouerait les caisses de l’Etat. Mais si c’est juste pour satisfaire un certain fantasme politique, alors il faut rappeler que le Mali et les Maliens n’ont rien à gagner dans la traduction de l’ancien Chef de l’Etat devant les tribunaux. Il suffit de faire un sondage pour s’en rendre compte. A présent, les travailleurs salariés ont besoin de voir leur gain augmenter en fonction du coût de la vie ; les travailleurs de revenus moyens et faibles attendent plutôt que les affaires – les vraies et honnêtes – reprennent de plus belle pour le bonheur de leurs familles. Telles sont les grandes attentes de nos compatriotes.

 

Abdoulaye Ladji GUINDO

SOURCE: Liberté