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Après la France, qui a commencé à procéder à un retrait progressif des ses troupes du Nord-Mali, c’est au tour du Tchad d’annoncer le retour prochain de ses soldats. Une décision prise lundi dernier par suite du vote par le Parlement d’une résolution portant «retrait progressif» des combattants tchadiens «dans un délai raisonnable». Auparavant, dans un entretien dimanche avec TV5 Monde, RFI et «Le Monde», le président Idriss Deby avait déjà annoncé la couleur : «La guerre face à face avec les djihadistes est terminée. L’armée tchadienne n’a pas de compétences réelles pour faire face à une nébuleuse. Les soldats tchadiens vont retourner au Tchad. Ils ont accompli leur mission».

 

Une déclaration qui contredit les récentes mises en gardes du maître de N’Djamena contre tout retrait hâtif du Mali.

Pourquoi ce brusque virage à 180° ?

Sans doute à cause du coût, humain et financier, de cette intervention :

– Trente-six morts et soixante-quatorze blessés dans les rangs du contingent tchadien, c’est un lourd tribut qui affecte le moral de la troupe, celle des autorités et bien sûr celle de l’opinion publique locale, qui ne se sent ni de près ni de loin concernée par cette guerre ;

– de plus avec près de 57 milliards de francs CFA en trois mois de présence au Mali, qui plus est  «préfinancés» sur fonds propres, le nerf de la guerre a de quoi donner le tournis. Le Tchad a beau être aujourd’hui un émirat pétrolier, cette irruption dans les sables mouvants du septentrion malien lui coûte la peau des fesses.

Quid de la situation intérieure ? Qui sait si, en sonnant bruyamment le rappel des troupes, le gouvernement tchadien n’entend pas ainsi parer à toute attaque surprise.

En effet, l’opposant Timan Erdimi, chef rebelle de l’Union des forces de résistance, vient d’annoncer son intention de reprendre les hostilités avec le pouvoir central. En chef de guerre blanchi sous le treillis, l’ancien petit berger de Bedoba sait mieux que quiconque que la meilleure défense, c’est de se prémunir de toute attaque surprise.

Si on ajoute à tout cela la lenteur constatée dans le déploiement des forces de la CEDEAO et dont s’était ouvertement agacé «Super Deby», il n’est exclu que N’Djamena ait fini par renoncer, de guerre lasse, de suer sang et eau pour une région plongée dans l’attentisme.

En tous les cas, rendons à Deby ce qui est à Deby. Grâce à sa prompte réactivité et à la vaillance de ses hommes, son intervention aux côtés des Français a permis de sauver le Mali du péril islamiste.

Et à bien voir les choses, plutôt que d’un retrait définitif, il s’agit ici d’un recyclage opérationnel. Puisque l’armée tchadienne est disposée à participer à la future force onusienne de 10 000 hommes.  Dans ce cas, il est seulement question d’un simple troc des bérets rouges contre des casques bleus. Même si dans les faits, le passage sous le mandat de l’ONU entraînera un changement d’objectif.

Alain Saint Robespierre

 

Source: L’observateur paalga