Le Bien « Tombouctou » a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1988 en même temps que le site « Villes anciennes de Djenné » sur la base de critères culturels qui justifient leur Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE), conformément aux Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel. Cette convention a été adoptée par l’Unesco en octobre 1972 et ratifiée par le Mali le 5 avril 1977.

 

De cette période à aujourd’hui, notre pays a inscrit deux autres sites nationaux, à savoir les Falaises de Bandiagara (pays dogon) en tant que Bien Mixte (culturel et naturel) et le Tombeau des Askia à Gao en tant que vestige imposant, témoin de la grandeur du puissant Empire Songhoy aux 14ème -16ème siècles.

Ces différents sites patrimoniaux de valeur universelle ont connu diverses fortunes dans le cadre de leur gestion et conservation. L’Etat partie du Mali, en étroite collaboration avec l’Unesco et certains partenaires techniques et financiers (Coopérations néerlandaise et allemande, World Monument Fund, Union européenne…), a fourni d’énormes efforts pour la conservation et la mise en valeur des sites, comme en témoigne la création en 1993 de structures déconcentrées de gestion appelées Missions Culturelles.

En 2012, la crise sécuritaire et institutionnelle qu’a vécu le Mali a eu un impact très négatif sur les sites du patrimoine culturel du Mali en général mais singulièrement sur ceux situés dans le septentrion : Tombouctou, Gao et Kidal.

Suite à la destruction des mausolées de Tombouctou et la dégradation d’autres biens et éléments du patrimoine culturel (matériel et immatériel), l’Etat malien a demandé l’inscription de ces deux sites sur « la Liste du patrimoine mondial en péril », lors de la 36ème Session du Comité du patrimoine mondial à Saint-Pétersbourg en Russie en juillet 2012.

Cette crise fut à l’origine de la grande mobilisation de la communauté internationale autour du patrimoine du Mali sous l’égide de l’Unesco. On peut noter entre autres réalisations, la reconstruction des mausolées et l’exfiltration des manuscrits anciens de Tombouctou vers le sud du pays.

Les actions d’envergure réalisées à Tombouctou et Gao, grâce à l’implication de la communauté internationale, ont constitué un début d’apport de mesures correctives pour le retrait des sites du Mali de la liste en péril.

Au moment où ces actions sont en cours pour l’aboutissement du processus de retrait, la réalisation d’un château d’eau dans l’emprise de la mosquée monumentale de Djingareyber (construite au 14ème siècle par Kankou Moussa) au nom du Président de la Transition est venue l’altérer.

Malgré deux lettres officielles du ministre chargé de la Culture adressées au Gouverneur de la Région de Tombouctou (le 13 et le 23 mai 2022) et les efforts d’explication pour dissuader de construire le château dans un autre endroit de la ville, rien n’y fit. Ceci est d’autant malheureux que la construction dudit château d’eau est survenue au moment où le ministère chargé de la Culture, en collaboration avec le Centre du patrimoine mondial de L’Unesco, se trouve engagé dans des actions pour aboutir à un état de conservation souhaité en vue du retrait des trois sites de la Liste du patrimoine en péril (Tombouctou, Djenné et Tombeau des Askia).

Il est à la fois incompréhensible et surprenant, qu’un Directeur d’une Entreprise, natif de Tombouctou soit derrière cette œuvre dont l’interférence visuelle entache l’harmonie de l’environnement architectural du monument.

Ce comportement vis-à-vis du patrimoine de Tombouctou, au nom du Président de la Transition, frise un zèle inexplicable d’autant que celui-ci prône ouvertement son attachement indéfectible aux valeurs culturelles ancestrales et à notre patrimoine séculaire dont un des fleurons est Tombouctou.

Les ressources inépuisables du Mali, terre de culture, d’histoire et de grandes civilisations, sont celles du patrimoine qui fondent sa notoriété, sa grandeur et le respect que le monde entier lui voue. Vouloir dégrader un élément emblématique de ce patrimoine envié de tous, quelle que soit la raison, c’est porter une atteinte grave à notre identité et nos valeurs culturelles matérielles et immatérielles mondialement reconnues et appréciées.

Le déplacement de ce château d’eau estampillé du nom du Président de la Transition et sa relocalisation en dehors de la zone tampon du périmètre classé sont nécessaires si l’on veut sortir Tombouctou de la Liste du patrimoine mondial en péril.

Il permettra de minimiser l’impact visuel sur la mosquée monumentale de Djingareyber et préserver ainsi l’harmonie du paysage architectural et urbain de la ville de Tombouctou qui subit les effets pervers du développement urbain incontrôlé, malgré son classement dans le patrimoine culturel national par décret en 1992.

Lassana Cissé

Baco Djicoroni Golf, rue 797 porte 2227 ; Tél. 66762173 ; 76158925.

Ancien Chef de la Mission culturelle (1994 – 2013), gestionnaire du site des Falaises de Bandiagara (pays dogon) ; Ancien Directeur National du Patrimoine Culturel (2013 – 2017) et Coordonnateur national du Programme de reconstruction des mausolées détruits de Tombouctou et la sauvegarde des manuscrits anciens ; Vice-président du Comité national ICOMOS-Mali ; Membre du Conseil d’administration Comité scientifique international d’ICOMOS sur l’étude et la conservation du patrimoine architectural en terre (ISCEAH) ; Consultant international senior de l’Unesco ; Chevalier de l’Ordre National du Mali

Source : Mali Tribune

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Le Bien « Tombouctou » a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1988 en même temps que le site « Villes anciennes de Djenné » sur la base de critères culturels qui justifient leur Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE), conformément aux Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention...