La CEDEAO, sans surprise, dans l’affaire des « 46 mercenaires ivoiriens » brandit les sanctions comme une épée de Damoclès sur la transition. Libérer ces soldats au plus tard le 1er janvier 2023 est le deadline de l’organisation sous régionale qui s’est pour autant montrée insensible à la situation de notre pays. Une décision de son 62e sommet ordinaire tenu au Nigéria. En attendant les réactions des autorités maliennes, celles-ci avaient réaffirmé plusieurs fois et à différents niveaux qu’elles ne cèderaient pas à la pression dans cette affaire et surtout que ce scénario était une option de la Côte d’Ivoire dévoilée à l’approche de la 77e Assemblée générale de l’ONU. La CEDEAO va-t-elle finalement accepter d’être instrumentalisée ? La CEDEAO va-t-elle tomber dans le piège de la Côte d’Ivoire ?

 

Du nouveau dans l’affaire des « 46 mercenaires » ivoiriens. Le 62e sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO s’est penché sur cette affaire qui cristallise les relations entre les deux voisins. Arrêtés le 10 juillet dernier par le gouvernement de la transition pour s’être introduit sur le territoire national sans base légale, le sommet de la CEDEAO a donné un ultimatum aux autorités maliennes de libérer ces Ivoiriens alors que le dossier a été judiciarisé en août dernier.
Pour la libération de ces soldats inculpés pour atteinte à la sûreté de l’État par la justice en août, l’organisation sous régionale exige le délai du 1er janvier prochain si les autorités veulent éviter d’autres sanctions après celles de janvier 2022.
Cette décision, comme si la Côte d’Ivoire était dans le secret de Dieu, cette option avait été envisagée par le pays de Alassane Dramane OUATTARA lorsqu’il invitait la CEDEAO à tenir un mini-sommet en marge de la 77e Assemblée générale de l’ONU tenue à New York, en septembre dernier. Alors de quoi la CEDEAO se fonde-t-elle pour envisager de sanctionner le Mali ?
Et curieusement, au début de cette affaire ni la CEDEAO ni l’Union africaine n’a daigné fait une moindre déclaration sur l’arrestation par le gouvernement de la Transition des « 49 mercenaires » ivoiriens. En clair, la CEDEAO s’est tardivement intéressée à cette brouille entre le Mali et la Côte d’Ivoire en envoyant des médiateurs. Indépendamment de cette initiative, à notre connaissance, elle a initié aucune enquête en vue de situer les responsabilités. Or, sauf si l’on réinvente la roue, une sanction est consécutive à la commission d’une faute. Quelle infraction le gouvernement a commis en arrêtant ces soldats lorsque l’ONU ne les reconnaît pas comme Éléments de soutien national de la MINUSMA ?
Ainsi, avant d’envisager des mesures contre le Mali, soucieuse de la sécurité et de la sta¬bilité sur son espace, la CEDEAO devrait, en plus de la médiation, s’interroger sur la viola¬tion du territoire malien par des soldats et prendre les mesures idoines.
Sans assumer cette responsabilité, la CEDEAO pourrait davantage s’affaiblir en prenant encore d’autres mesures injustes et inhumaines contre le Mali engagé depuis 2020 dans un processus de refondation et de retour à l’ordre constitutionnel.
À ce jour, les autorités maliennes n’ont pas encore réagi à la décision du sommet de la CEDEAO. Mais le 15 septembre, dans son communiqué N°38, le gouvernement avait pourtant clairement indiqué qu’il n’est nullement concerné par une procédure devant la CEDEAO pour transformer un dossier judiciaire en une crise diplomatique et par conséquent de saisir la CEDEAO.
En effet, pour le Mali, « l’affaire des 49 mercenaires ivoiriens est purement judiciaire et bilatérale, il met en garde contre toute instrumentalisation de la CEDEAO par les autorités ivoiriennes pour se soustraire de leur responsabilité, vis-à-vis du Mali ».
Le Premier ministre par intérim a été on ne peut plus clair dans son discours à la tribune de l’ONU en s’insurgeant contre la sortie médiatique du secrétaire général de l’ONU : « pour le respect de sa souveraineté, sa sécurité nationale et aux intérêts vitaux de son peuple, il ne cédera à aucun chantage ou intimidation ».
Avant de regretter la menace de sanctions proférée contre le Mali et loin d’être impressionné par celles-ci.

PAR SIKOU BAH

Source : Info-Matin