Dans cet entretien exclusif, le commissaire divisionnaire décline ses priorités pour une région longtemps affectée par les crises multiples qui assaillent les populations

 

L’ESSOR : Monsieur le gouverneur, quel est le niveau de sécurité dans la Région de Tombouctou ?

Bakoum Kanté : Depuis 2012, la situation sécuritaire s’était dégradée dans la Région de Tombouctou. à l’heure actuelle, elle s’est améliorée avec le retour de l’administration et les partenaires et des organisations non gouvernementales. La présence des Forces armées maliennes dans la région est dissuasive. Elles mènent des patrouilles diurnes et nocturnes en partenariat avec les forces partenaires pour sécuriser les populations et leurs biens, leur permettant de vaguer quotidiennement à leurs préoccupations.

Le gouvernorat, en étroite collaboration avec les chefs militaires, travaille en vue de renforcer le plan de sécurisation au niveau des checkpoints, des postes de contrôles et bientôt des tranchées. L’une des missions phares de cette Transition est d’assurer la sécurité sur toute l’étendue du territoire, raison pour laquelle des conseillers de sécurité et de la protection civile ont été nommés au sein des gouvernorats en vue d’organiser des plans de sécurisation des régions.

L’ESSOR : Dans ce contexte, comment le marché est-il approvisionné en produits de première nécessité ?

Bakoum Kanté : L’approvisionnement du marché, malgré l’enclavement de la région et l’insécurité sur les axes routiers est normal. Il convient de rappeler que le marché est plus approvisionné à partir de la Mauritanie et l’Algérie que par les Régions de Mopti, Ségou, Bamako.

La finition des travaux de bitumage de la route du poisson (Léré-Goumacoura-Niono), la réalisation de la route Léré-Fassala en Mauritanie, le retour des services financiers pour assainir le marché sont autant d’actions nécessaires pour améliorer l’accès des populations de la région en produits de première nécessité et désenclaver davantage la région.

L’ESSOR : Le canal dit de Khadafi sert-il les populations notamment les femmes dans les activités génératrices de revenus ?

Bakoum Kanté : Affirmatif. Malgré sa dégradation très prononcée, il permet depuis sa réalisation en 2006, l’installation de beaucoup de petits périmètres qui ont amélioré l’approvisionnement de la ville en légumineux et céréales.

Les femmes jouent un grand rôle tant dans l’exploitation de ces périmètres, que dans la commercialisation de leurs productions. Le canal a besoin d’être réhabilité pour permettre la navigation des bateaux et faciliter l’approvisionnement de la ville en produits de première nécessité.

L’ESSOR : La Région désertique de Tombouctou souffre de manque d’eau potable, qu’avez-vous fait dans ce sens ?

Bakoum Kanté : Le gouvernement de Transition a fait d’une de ses priorités l’amélioration de l’accès des services sociaux de base des populations de la région. C’est pourquoi, depuis ma prise de service, nous avons mis un accent particulier sur l’accès à l’eau potable pour tous. Et pour matérialiser cette vision, nous avons pu réaliser 5 adductions d’eau potable dans les secteurs nord et nord-ouest d’Abaradjou dans la ville de Tombouctou, mettre en place l’opération « Citerne » pendant le Mois de carême, réaliser une adduction d’eau potable dans le camp militaire de Soumpi, réhabiliter 2 adductions d’eau potable dans le camp militaire de Tombouctou et réaliser une adduction d’eau potable sur le site des déplacés interne de Inassarakine (Commune de Soumpi, Cercle de Niafunké).

L’ESSOR : Quid de l’initiative présidentielle ?

Bakoum Kanté : A ce sujet, il faut que dire que la mise en œuvre de l’initiative présidentielle d’accès à l’eau potable pour tous, dont les premières réalisations ont commencé dans la région, la réorientation d’une partie des fonds du Programme d’urgence pour la relance du développement des Régions Nord (PURD RN) vers des réalisations de forages, l’inscription des planifications des Partenaires techniques et financiers de la région sur la feuille de route de la Transition vont permettre d’améliorer l’accès des populations de la région en eau potable.

L’ESSOR : Avez-vous des projets d’infrastructures pour la région ?

Bakoum Kanté : Depuis trois mois environ, un projet de réhabilitation de la place de l’Indépendance soumis par un architecte, fils de la région, a rencontré l’adhésion de toutes les forces vives de la région après une large concertation. Suite à cette concertation, nous avons décidé de financer la réalisation de ce projet sur les fonds de la phase V du PURD RN. Les dossiers d’appel d’offres seront lancés prochainement et le début des travaux sont attendus d’ici fin août.

L’ESSOR : En gros, quelle est votre vision pour Tombouctou de demain ?

Bakoum Kanté : Ma vision pour Tombouctou est que dans un proche avenir, si Dieu le veut bien, la région recouvre la paix définitive et la stabilité sociale d’antan, afin de permettre aux populations d’aller et venir partout, sans aucune inquiétude. Et aussi, faire de Tombouctou une des villes les plus coquettes du Mali pour qu’elle attire davantage les visiteurs et les touristes venant de tous les continents du monde, comme cela se faisait dans le temps.

L’ESSOR : Quelles sont les grandes activités et projets exécutés ou en cours dans la région ?

Bakoum Kanté : En plus des infrastructures hydrauliques, nous pouvons citer certaines réalisations sur le Budget spécial d’investissement (BSI). Il s’agit de la réalisation de 15 classes en raison de 3 classes par cercles (pour 200 millions de Fcfa), des bureaux de la Direction régionale des domaines et du cadastre (pour 200 millions de Fcfa), l’équipement d’un Centre de santé communautaire (CSCOM), à Singo, dans le Cercle de Niafunké, l’entretien de la route RN33, (400 millions de Fcfa) et l’aménagement de 200 ha de périmètre irrigué villageois en raison de 40 ha par cercle (pour 200 millions de Fcfa).

Sur financement du PURD RN, beaucoup de chantiers sont en cours d’exécution ou en phase d’appel d’offres. Il s’agit des travaux de réhabilitation des Directions régionales des productions et des industries animales, et des Services Vétérinaires, la réhabilitation du mur de clôture et de la résidence du gouverneur, du logement du conseiller aux affaires administratives et judiciaires (CAAJ), de la Légion de gendarmerie et l’extension du réseau d’adduction d’eau potable de la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP) à Barize.

Il convient également de signaler la desserte de la ville par le vol commercial « SKY ». Les dossiers des travaux de construction des nouveaux bureaux du gouvernorat sont en phase préparatoire et le début des travaux est attendu d’ici la fin de l’année.

L’ESSOR : Après votre tournée de prise de contact avec les populations des différents cercles, quels sont vos constats et quelles ont été les préoccupations locales ?

Bakoum Kanté : Après ma tournée de prise de contact effectuée dans la région, le principal constat est que la situation sécuritaire est en train de s’améliorer. Les populations qui se sentaient abandonnées commencent à avoir confiance à l’état et elles attendent avec beaucoup d’impatience le retour de l’administration et des services sociaux de base.

Ceci m’amène à vous dire que l’espoir nourri par les populations ne saurait tarder à se concrétiser car le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation a entamé une visite de terrain autour de la question et dont la première étape, privilège pour nous, est réservée à Tombouctou.

L’ESSOR : Dans le domaine de l’éducation, que faites-vous concernant la réouverture des écoles fermées du fait de la crise ?

Bakoum Kanté : Dans le domaine de l’éducation, on peut retenir que l’administration, les services techniques et les partenaires au développement, appuyés par les services des forces de l’ordre et de sécurité, ont entrepris beaucoup d’efforts qui ont même été soldés par la réouverture d’au moins une cinquantaine d’écoles qui étaient fermées du fait de la crise. Ces efforts continuent toujours et avec l’accompagnement de tous, d’autres résultats satisfaisants seront enregistrés.

Propos recueillis par
Ahmadou CISSE

Source : L’ESSOR

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