Ils sont commissaires de police, inspecteurs à la police des frontières, des lieutenants, des colonels et autres gradés de l’armée malienne qui travaillent main dans la main dans un puissant réseau de trafic de visa. Le voile se lève petit à petit car leurs différentes victimes ont rompu le silence, en tentant désespérément de rentrer dans leurs droits. Ils ont alors décidé de mettre l’affaire sur la place publique. Rapproché par certaines victimes, votre journal a mené une enquête sur ce réseau qui a des ramifications dans les 15 commissariats de Bamako, dans les polices judiciaires, et même au niveau de la gendarmerie, sous l’influence de grandes mains qui mettent au-devant de la scène leur propre épouse.

passeports visas papier document nationaliteLes 17 victimes du colonel Djibril Samassa et de sa femme

D’abord, deux jeunes Sarakolé dont l’un venait de terminer ses études à l’université islamique du Niger ; le second est son jeune frère résidant au village. C’est l’étudiant qui voulait poursuivre ses études en français estimant le diplôme obtenu insuffisant pour avoir du boulot.

17 octobre 2014, à travers une connaissance, il entre en contact avec une femme qui fait des visas pour ceux qui veulent aller dans les pays occidentaux. Nos deux jeunes désirent aller au Canada. Après avoir eu le contact de la dame, qui ne répondait d’ailleurs pas à leurs appels, l’un d’entre eux laisse un message sur son téléphone. Elle répondra à ce message : «Une telle affaire ne peut pas gérer au téléphone.

Si vous pouvez me trouver à la maison vers le camp para de Djicoroni». Les jeunes gens ne s’y refuseront guère. Arrivés chez la bonne dame, ignorant qu’ils avaient affaire à une épouse de militaire, qui plus est une oisive,  ils échangent avec elle en lui expliquant leur désir d’aller au Canada. En clair, ils avaient besoin de visa. À son tour, elle leur explique que le précieux sésame s’obtient au prix de 4 millions 500 mille FCFA per capita (par tête). Dans un premier temps, elle assure ne vouloir prendre de l’argent avec eux jusqu’à la fin du «travail».

Mais après, elle demande aux jeunes de lui payer chacun une avance de 750.000 Fcfa et d’ouvrir un compte dans les livres d’une banque de la place. Les jeunes se démènent pour ouvrir leur compte, pour ne pas s’endetter pour trouver les 750000 Fcfa chacun. Sûre de son coup, la bonne dame les informe de son voyage sur Dakar afin de faire les visas. Quelques jours vont s’écouler. Elle revient avec les documents de voyage.

C’est le jour où les deux jeunes devraient récupérer leur passeport avec leur visa, qu’ils se sont rendent qu’ils n’étaient pas les seuls clients de la dame. Ils étaient au total 17 jeunes, tous des Sarakolé, qui devraient partir pour le Canada. Chacun d’entre eux avait payé 4 millions 500 Fcfa pour avoir son visa. Le même jour, un colonel les transporte à l’aéroport. Mais personne ne savait son statut de militaire, encore moins qu’il était le mari de la dame.

Laquelle est quadragénaire, alors que son mari est quinquagénaire. L’infortune des 17 jeunes commence à l’aéroport où se verront bloqués pour faux visas. Ils n’embarqueront jamais pour le Canada. Revenus à la maison, la bonne dame parvient à les convaincre de passer par un pays voisin du Mali, ce qui pourrait faciliter les choses. Elle leur fait deux passeports : un pour le voyage Bamako-Alger et l’autre pour le Canada. Mais il y avait bien un surcoût : chacun aura payé encore 500. 000 Fcfa.

L’échec du voyage sur Alger

C’est encore le colonel qui les conduit à l’aéroport. Cette fois-ci, ils quittent Bamako pour Alger. Sans problème. D’autant qu’il n’y a pas de régime de visa entre le Mali et l’Algérie. Mais, dès leur arrivée à l’aéroport d’Alger, les 17 jeunes Maliens trouvent leurs noms sur une liste rouge. Les autorités algériennes en avaient été informées. L’ambassadeur du Mali à Alger s’était même rendu à l’aéroport pour requérir l’annulation de leurs documents de voyage et leur retour à Bamako. Ils y restent le temps d’une journée, au régime sec, avant le soutien de bonnes volontés qui  leur donneront à manger.

C’est après qu’un des jeunes a pu joindre la femme du colonel pour lui dire qu’ils étaient encore bloqués à Alger de 5 heures du matin à 14 heures. Elle leur propose alors de ne pas revenir par avion, mais par la route, histoire d’avoir le temps d’effacer toutes les traces. Mais en réalité, revenir par la route pouvait prendre deux semaines. Mieux, elle avait fait savoir aux jeunes que s’ils revenaient par avion, ils seraient arrêtés par les autorités. Ils s’y refusèrent et parvinrent à revenir à Bamako.

Entre-temps, la femme du colonel s’était cachée pendant deux semaines. Et disait avoir perdu des parents. Conséquence immédiate, les 17 jeunes infortunés exigent leur remboursement auquel la femme du colonel s’y refusera, arguant que «les temps étaient durs».

À signaler, certains de ces jeunes gens, qui avaient donné au-revoir à leurs parents, amis et voisins du quartier, couverts de honte, ne sont plus retournés dans leur famille. Ils vivent de petits boulots à Bamako. C’est au même moment qu’ils ont découvert qu’ils avaient affaire à un grand réseau. Car partout où ils ont convoqué la femme du colonel, c’est le colonel qui était venu répondre. Il a un nom : il s’appelle Djibril Gamassa. Ses éléments sont très connus, en plus de sa femme et de son fils lieutenant, il bénéficie de la bénédiction de plusieurs commissaires, inspecteurs et agents de sécurité à la police des frontières du Mali.

Le remboursement des victimes et les menaces

Malgré plusieurs démarches, les jeunes gens n’ont toujours pas obtenu le remboursement de leurs sous. Pour les intimider, la femme du colonel, une certaine Goundo Diambou, requiert même requis les services des charlatans. C’est ainsi que, assistée par son féticheur, elle reçoit l’une des victimes en lui promettant, à compter du 25 mai 2015, de la rembourser d’ici à un mois.

Le mois est échu, toujours rien ! C’est en ce moment qu’ils se rendent que le colonel Gassama, directeur du Musée des armées, est le mari de la dame qui est en train de les faire tourner en rond. De fait, au temps où le colonel les conduisait à l’aéroport, franchissant les barrières et les contrôles douaniers, ils n’ignoraient qu’il était le mari de la bonne dame. Jusqu’au moment où le colonel daigne les recevoir dans son bureau au Musée des armées (dont une partie sert de bureau pour sa femme), quand les choses avaient tourné au vinaigre.

Quand nous avons eu vent de cette affaire, nous avons pêché en eaux troubles. La pêche fut bonne : c’est le colonel Djibril Gassama, directeur du Musée des armées, qui se cachait derrière cette affaire. À l’en croire, lui-même, il a été relevé de ses fonctions. Ancien élément de la Munisco revenu au pays, il dit avoir travaillé avec radio Okapi.

Comme pour nous dire qu’il est journaliste comme nous. Il a tout de même reconnu que sa femme était en contact avec des jeunes qui devraient voyager, mais qu’il n’en savait pas plus. D’après lui, il ne serait plus en bons termes avec sa femme qui lui refuserait d’épouser une deuxième femme, arguant s’être mariée sous le régime de la monogamie. Voici donc la raison de la brouille entre lui et sa femme, laquelle aurait quitté le foyer conjugal pour celui de sa tante.

À vrai dire, les propos du colonel Gassama sonnent peu crédibles aux yeux du voisinage qui soupçonne chez une peur bleue pour sa femme. Ce n’est guère intéressant. Alors, rendons-nous chez sa femme, enfin au domicile de sa tante, à Boulkassoumbougou. Patatras ! «C’est au Mali qu’on voit des choses pareilles ! Comment un colonel peut se laisser conduire par des individus présumés journalistes ? Ce qu’elle a fait n’a rien d’anormal.

C’était pour les aider. Beaucoup de gens sont endettés dans ce pays. Faites ce que vous pouvez ; écrivez dans vos journaux ce que vous voulez…». C’est avec ces propos que nous avons été accueillis par la tante de la femme du colonel. Sa nièce lui a emboîté le pas. Mais elle n’a rien nié des faits, encore moins, de sa relation avec les jeunes victimes. En revanche, Goundo Diambou s’en est pris à son mari pour nous avoir conduits chez sa tante. C’est là-bas que nous nous sommes rendus que les 17 jeunes gens n’étaient pas ses seules victimes. Car, il y a eu beaucoup d’appels téléphoniques d’autres victimes.

Sans se lasser, les 17 jeunes gens continuent à se battre pour rentrer dans leurs droits. Même si rien ne semble bouger en leur faveur. À rappeler que chacun des 17 jeunes a déboursé 4millions 500 mille Fcfa. Ce qui fait plus de 76 millions de Fcfa !

Le cas du lieutenant-colonel Amadou Diallo 

Ce lieutenant-colonel aussi travaille avec sa femme à la différence du colonel Gassama qui a été arrêté par la section d’investigation judiciaire de la gendarmerie (SIJ). Suite à neuf plaintes pour un préjudice d’environ 16 millions de Fcfa. Selon nos confrères, Le Sphinx, ce lieutenant-colonel de l’armée de l’air a été arrêté chez lui par la section d’investigation judiciaire de la gendarmerie du camp I. Pour le moment, sa femme est en cavale depuis l’arrestation de son mari.

Les plaintes contre ce couple sont basées sur l’escroquerie, l’abus de confiance. Ils avaient promis de faire sortir des visas pour l’Europe et les Etats-Unis. Leurs victimes parlent de 16 millions de Fcfa pour le moment. Tout comme le colonel Gassama, Amadou Diallo n’était pas à son premier coup, il appartient au réseau depuis plus de 10 ans. Plusieurs hauts gradés de la police et de l’armée malienne font partie de ce puissant réseau. Preuve : depuis que nous avons commencé les recoupements, ils sont nombreux les officiers qui disent «n’avoir rien à voir avec tout cela». À l’instar du colonel Gassama.

 

Sinaly KEITA

Source: Le Reporter

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Ils sont commissaires de police, inspecteurs à la police des frontières, des lieutenants, des colonels et autres gradés de l’armée malienne qui travaillent main dans la main dans un puissant réseau de trafic de visa. Le voile se lève petit à petit car leurs différentes victimes ont rompu le...