”A force de jeter le crapaud au loin, il finit par atterrir dans le jardin d’éden” sagesse populaire Bambara.    La gué guerre entre le 5=1 de Bamako et la France de MACRON connait enfin son épilogue par le couperet et la salve de sanctions de l’UEMOA, la CEDEAO et l’UE. Instruction à charge et réquisitoire de standard normalisé, le Verdict des 15 jurés d’ACCRA est sans appel, condamnation de 20 millions d’âmes à la prison à ciel ouvert ; Clap de fin ! La CEDEAO met le Mali au dénominateur de la Bande de Gaza en érigeant murs de clôtures électrifiés et barbelés, Cuba et le Venezuela font des émules. Fâcheux précèdent que d’importer en Afrique de l’Ouest, la culture politique Américaine, inspirée du Far West en ajoutant le retrait des ambassadeurs et la mise en alerte de la force d’attente. A mille lieu de la culture séculaire des sahéliens, faite de solidarité et d’entre aide, quel décalage entre la CEDEAO des chefs et les peuples de la CEDEAO.

Ironie du sort, en organisant sans relâche le discrédit par la stigmatisation permanente du pouvoir de transition «la junte de Bamako », l’ex puissance coloniale, a réussi le tour de force de consolider et de renforcer la base sociale et politique des autorités transitoires par-delà toute espérance. L’exact contraire de l’effet recherché, à savoir jouer le peuple contre le pouvoir, échec et matt !!!

En effet, presser de tenir les élections maliennes, la France a choisi le 14 Janvier 2022, d’organiser à moindre frais, les consultations et cette fois les plus propres des 60 années du Mali “indépendant”. En convoquant le collège électoral avant l’heure et malgré le contexte sanitaire de pandémie, les responsables et experts de la politique africaine de l’hexagone ont établi le Record Guinness de participation à un scrutin national, ceux dans les meilleures conditions de sécurité. L’abstention aura été quasi nulle et l’observation réalisée par des millions de téléspectateurs, d’utilisateurs de réseaux sociaux nationaux et internationaux. Dans une transparence absolue, jamais résultat d’élection n’a été obtenu presqu’instantanément, plus vite que la traditionnelle de 20 Heures à Paris et sans le concours d’IPSOS et de SOPRESS.

Oui, les cellules pensantes de la politique extérieure ont été prises au dépourvu. La stratégie de menaces et de sanctions s’est révélée contre-productive. Plutôt que d’inspirer et de nourrir le jeu d’échec qui se jouait entre la CEDEAO et le Mali, la France se devait de rendre disponible sa connaissance de la réalité terrain et partager la complexité du contexte malien avec les diplomates et décideurs communautaires. Le péché mignon des Chefs d’Etat de la CEDEAO et de leurs équipes, en particulier la paire Goodlook JONATHAN – Kassy BROU est d’avoir trop standardisé des situations pourtant complexe et dissemblable. Goodlook JANATHAN en mission de proximité terrain, plutôt que de s’approcher davantage de l’exaspération des populations, de la désolation des communautés au Nord et au Centre du Mali, à préférer la mondanité des rencontres Bamakoise avec la classe politique, l’écoute du corps diplomatique, des ambassadeurs et diplomates des organisations internationales, des autorités maliennes. La CEDEAO ne peut feindre de considérer la défiance des maliens face à la congrégation gloutonne de sorciers politiques insatiables, qui par scission, alliance et dé alliance ; par entente et conciliabule se jouent éperdument de leur sort : plus question pour nos compatriotes de continuer dans l’Etat ADEMA, sa galaxie et ses partis satellites sans une reconversion des pratiques, une remise en cause des mentalités et des comportements.

A l’évidence, la stratégie de la CEDEAO est immuable, la manière dont elle fonctionne pour résoudre les crises est bancale et mérite d’être revue. En effet, de manière quasi-identique et sans discernement autre que la recherche de la volonté des grands de ce monde, cette organisation châtie «l’Etat paria». Suspension du pays tout d’abord, ensuite interdiction aux autorités de voyager et gel des avoirs, et enfin sans écoute ni droit d’explication ou de défense, le couperet tombe. La panoplie de sanctions excessive et disproportionnée pour une instance dite intégrative, vient aveuglement frapper des populations déjà à l’agonie. Les dirigeants de ”pays frontières”, formule chère à Alpha Oumar KONARE pour indiquer que les populations se confondent sur le même espace géographique et entre les mêmes groupes ethniques, ne pouvaient avoir la main aussi lourde.

Les sanctions sont l’aboutissement d’une crise larvée qui prend sa source récente au lendemain des évènements du 18 Aout 2020. Premier quiproquo, exigence par la CEDEAO d’un président civil et première erreur ayant pour effet l’inversion du cours normal des choses (exemple Guinéen et Tchadien) et la construction d’une architecture institutionnelle inopérante (vice-presidence). Pour l’hexagone ce schéma fait pain béni, contenir la transition malienne, en limiter le dessein et l’orienter vers le strict minimum : expédier les affaires courantes et organiser des élections.

Chemin faisant, les militaires fragilisent le M5RFP disparate entre clans et réseaux, et à travers le nouveau président de transition (déjà connus des services puisque associé à la signataire de l’Accord de défense en place) et son premier ministre (diplomate francophile notoire), le contrôle et l’inflexion du processus de transition au gré des décideurs de Paris sont confortés.

20 Mai 2021 rebelote, le renseignement français est pris de court, les colonels remettent le métier à l’ouvrage et la transition malienne s’affranchie de la tutelle pesante et permanente de Paris. ASSIMI pour présider décide de rester fidèle au socle populaire du M5RFP, quête et exigence d’un changement en profondeur et d’une autonomie d’action. MACRON mis devant le fait accompli, ne peut que constater. Plus encore, face aux menaces de cessation des opérations conjointes et du diktat permanent de Paris, les jeunes colonels accélèrent la coopération avec la Russie de Putine. S’accentue, dès lors, la colère de Paris et décision est prise de mettre le Mali au Piloris.

Mais 2 paramètres semblent avoir été négligés des concepteurs de la stratégie de l’Elysée :

  1. L’engagement résolu des colonels à se sortir du traumatisme et de l’humiliation qu’a subi l’armée malienne depuis 2012 jusqu’à assez récemment encore.
  2. L’équation ”Mc CARTHY”, célèbre footballeur de percussion Sud-africain et vista de l’attaque à outrance.

Choguel Kokalla MAIGA, que ses contradicteurs politiques et ses détracteurs désigne sous ce sobriquet, a retrouvé son terrain de prédilection favori. Toujours à l’offensive, le contexte lui sied allègrement. Alors pas de répit, arborant ses costumes d’ancien réserviste, le Matricule 24831-5C du SNJ (Service National des jeunes) fourbi ses armes. La lutte politique est sa bréviaire et l’homme ne se conçoit que dans le combat d’avant-garde. Il chauffe à blanc et harangue, d’une fougue et d’un élan sans pareil, l’atypique Premier Ministre manie la rhétorique patriotique et les préceptes du panafricanisme. Il retrouve à nouveau son champ de prédilection, «Féré Kënê» (le Boulevard de l’indépendance et son célèbre monument).

Fin du premier acte, cependant Assimi et Choguel auréolés de ce ralliement mémorable se doivent de la jouer modeste, pas de méprise sur le soutien massif de nos compatriotes. Il ne saurait être question pour un vieux peuple et une vieille civilisation comme le nôtre d’une campagne d’aveuglement et d’embrigadement moutonnière. Le malien n’est pas émule de la dynastie des Kim et l’épopée cubaine des années 60 pour admirable, reste loin de ses préoccupations immédiates. Notre pays a toujours été soucié de la neutralité et du non alignement même au plus fort de sa lutte de libération. Le Mali ne peut être le terrain de prolongement de la lutte des blocs, le trancher de démarcation des influences entre grandes puissances comme l’ont été jadis l’Angola et le Congo. Notre quête est circonscrite au cap et à l’orientation de la refondation, la boussole qui doit guider toutes les actions de la transition. L’adhésion des maliens est consciente, leurs exigences implacables, au-delà ruine et perte sont au bout.

Le point de fliction trouvé : le délai de prolongation de la transition et subséquemment le tout élection, est mirage, le prétexte mauvais. ACCRA se devait de disséquer les résolutions des ANR et de s’appuyer sur les vrais messages transmis par les maliens. En lieu et place, de l’analyse des résolutions induisant une lecture plus équilibrée de la réalité de la situation malienne, on s’est appesanti sur un point de détail et sur le boycott d’une partie de l’establishment politique dont du reste la portée et l’impact sont restés mesurer.

Le délai de la transition puisque fixé par la charte de la transition ne faisait nullement partie des TDR et des 13 thématiques retenues pour les ANR. Les mécanismes de révision de ce délai ont été clairement indiqués par la charte et cette optique reste forcement restrictive d’interprétation. Dès lors, la procédure de rallonge de la durée de la transition, devait être non seulement motivée mais rester contenue et raisonnable.

La mosaïque des délibérations des ANR, leur nombre et domaines indiquent que les maliens se sont exprimés de manière exhaustive avec cohérence et clarté. Un exercice de démocratie directe inédit dont le verdict laisse penser que nos compatriotes sont décidés et prêts pour le changement. Malheureusement dans un environnement international et sous régional hostile aux coups de force et soupçonneux d’une confiscation militaire du pouvoir d’Etat, le marketing de la peur d’une dictature en herbe, marche à tous les coups.

Processus construit de la base au sommet, les ANR ont traduit la volonté des maliens de se sortir enfin des chantiers battus. Nos compatriotes ont indiqué leurs quêtes ardentes qui se résumer principalement à deux niveaux :

  1. Le maintien et le renforcement de l’ancrage démocratique

Les maliens tiennent plus que tout à leur démocratie et ne vont le troquer contre rien au monde. C’est là tout le sens et la signification des réformes politiques et institutionnelles prônées, les recommandations sur le passage à la 4eme République avec l’adoption programmée d’une nouvelle constitution. Les Assisses recommandent l’adoption d’une disposition particulière pour la destitution du Président de la République en cours de mandat pour les cas de parjure, haute trahison ou violation de serment.

Ainsi est consacré définitivement le rejet des coups d’Etat, les arguments, raisons ou situations qui ont pu les expliquer (non pas justifier), par le passé sont analysés. La série d’irruption de la soldatesque sur le champ politique au Mali est circonscrite. Les ANR ont clairement dénoncé la militarisation des emplois publics, en particulier dans un contexte d’insécurité exacerbé.

  1. La lutte implacable contre la corruption endémique, élevée au rang de priorité nationale

Les ANR ont résolus de soumettre le pouvoir et l’administration de la transition à un audit, recommandées qu’une impartialité exemplaire et une tolérance nulle soient décrétées contre le phénomène de corruption avec la non prescription du crime de corruption, sa réparation systématique sur le patrimoine illégalement constitué y compris après son transfert par hérédité. L’audit de tous les contrats miniers est une recommandation forte.

Mais, il faut dire que dans un contexte particulier de recomposition géostratégique, où de l’aveu même d’Emmanuel MACRON, l’hégémonie et la grandeur de la France et de l’Europe sont en déclin, le Mali d’Assimi GOITA achève de constituer un énergumène dont le président Français se serait volontiers passé, plus encore dans le dernier trimestre d’une Election présidentielle incertaine avec une opinion publique désabusée et volatile.

MACRON et ses lieutenants Florence PARLY et Jean Yves le DRIAN ont péché dans leur communication sur le dossier Malien, trop de condescendance et de formules empruntées outre atlantique ont fini par exaspérer les maliens, les sahéliens, les africains, par égratigner leur dignité et leur orgueil.

Pour Clore, à ASSIMI de transformer l’essai en interprétant fidèlement le message des maliens et en restant fidèle à la posture déjà appréciée de nos compatriotes. Aucune exigence de rassemblement national ne peut être sujette à :

1°) l’excuse d’une course effrénée à l’enrichissement pour les responsables et collaborateurs de la transition à travers trafics d’influence, concussions et ententes maffieuses

2°) des négociations politiciennes de renoncement ou d’assouplissement de la lutte contre la corruption ou de partage de gâteaux sans base idéologie claire et assumée sur les objectifs de la transition

Aucune négociation de sortie de crise avec la sous-région et la France ne saurait être sujette à :

1°) la responsabilité souveraine du Mali à assurer sa propre sécurité et à sa liberté de diversifier ses partenariats

2°) la nécessité d’assurer le minimum de conditions sécuritaires, administratives et juridiques avant la tenue des élections.

Par la logique économique implacable d’un monde déjà en inflation, la loi de l’offre et de la demande, les populations seront impactées quoiqu’il arrive. Les prix affichés par le sucre et le ciment l’attestent déjà. La résilience des maliens face à tant d’épreuves et de privation est au prix de la fidélité au cap et à l’orientation assignés et seulement à ce prix-là.

Source: LE PAYS

MaliwebPolitique
”A force de jeter le crapaud au loin, il finit par atterrir dans le jardin d’éden” sagesse populaire Bambara.    La gué guerre entre le 5=1 de Bamako et la France de MACRON connait enfin son épilogue par le couperet et la salve de sanctions de l’UEMOA, la CEDEAO et...