Aux Indépendances, les dirigeants africains étaient respectés et porteurs d’espoir. Modibo Keita et Houphouêt-Boigny étaient reçus avec honneur par les Présidents Kennedy ou Khrouchtchev, tandis que les Présidents Africains peinent aujourd’hui à être reçu par un Secrétaire d’État. Seule la France en vertu du passé colonial reste un dernier asile.

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C’est évidement de notre faute, car nous n’avons pu protéger le fruit d’une liberté chèrement acquise. Le laisser aller et l’intérêt personnel ont pris le pas sur la construction nationale et le développement.

La re-colonisation de l’Afrique est devenue une réalité depuis le milieu des années 90, avec la mort d’un des derniers grands rempart qu’était Félix Houphoüet-Boigny. Le premier grand signe en fut la dévaluation du Franc CFA à laquelle il était formellement opposé. Le second en fut l’érection de la doctrine de Chicago en dogme et la contrainte des ajustements structurels. Enfin la floraison de premiers ministres issus de ces mêmes institutions dictant les réformes. Les successeurs des Pères des Indépendances, souvent sur-diplômés ont perdu la force de leurs convictions et leur volonté de transformer l’Afrique. L’idéal et le courage politique ont fait place à la technocratie, aux slogans et la démission face aux défis à relever.

Cette re-colonisation dont nous sommes les agents passifs n’a plus pour objet de s’emparer d’une matière première qui est déjà acquise, mais d’enrayer le développement de nouvelles nations qui elle-même pourraient devenir des puissances économiques concurrentes. Elle n’est pas dépourvue de bon sens, puisqu’obéissant aux craintes de Malthus, elle veut freiner la natalité des pays dits en voie de développement alors que par essence tout pays a ce stade doit connaitre une forte croissance démographique résultant de la baisse de la mortalité infantile, fruit du progrès. Tout le monde est passé par là, mais notre démographie elle, est supposée « mettre le monde en danger ». De même nous imposer des normes pour dit-on freiner le réchauffement climatique ou l’atteinte à la couche d’ozone, ressemble à la fable des « Animaux malades de la peste » lorsque l’on sait que les USA sont à eux seuls responsables du quart de la pollution mondiale.

A ce jour, malgré nos protestations, le temps semble donner raison à René Dumont que nous avons tous contesté dans notre jeunesse pour son livre « L’Afrique noire est mal partie » paru en 1962. Pourtant sa description implacable des maux qui handicaperont notre continent est sans appel au regard du résultat 50 ans plus tard.

Avec des écoles formant des adultes inadaptées aux enjeux, en conséquence des cadres souvent mal formés, toujours sous-payés, des structures obsolètes ou impropres à favoriser le développement, le continent peine à s’éveiller. Pourtant Dumont lui-même n’était pas afro-pessimiste puisqu’il indiquait les solutions de sortie : Repenser l’école, les cadres et les structures. En somme, avoir le courage de s’attaquer aux écuries d’Augias.

Les petites réformes esthétiques ou populistes n’aideront en rien au changement réel, cela fait 50 ans que cela dure et le résultat est devant chacun. Pas un seul pays du continent n’est qualifié de « pays développé ». Sur les 5 continents, seule l’Afrique n’a franchi cette étape.

Pourtant à l’aube des Indépendances ni la Corée, ni Singapour, ni Taiwan et encore moins la Chine ne pouvaient se prévaloir de plus d’atouts. Et si d’aucun prétexte la centralisation et l’autocratie comme clés de leur succès, ce serait oublier que nous avons nous-même eu notre lot de dictature, sans que cela ne produise d’effets.

Certes, les dirigeants guident les peuples. Mais c’est des peuples que sont issus les gouvernants. Aussi, tant que le peuple ne s’élèvera pas au dessus de lui-même, alors il subira la dictature de ceux qui ont le pouvoir, qui ne sont que le miroir de sa propre faiblesse… Et il y aura toujours un Dumont pour prophétiser nos échecs.

Les Africains ont le choix. Pour l’instant ils ont décidé de subir en refusant de s’élever au-dessus des querelles de chapelles pour construire un avenir commun. Mais gardons espoir que notre génération saura relever le défi. Vive l’Afrique, Dieu Veille.

Madani Amadou Tall

Chevalier de l’Ordre National

 

Président de l’ADM

Source: L’Indicateur du Renouveau

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Aux Indépendances, les dirigeants africains étaient respectés et porteurs d’espoir. Modibo Keita et Houphouêt-Boigny étaient reçus avec honneur par les Présidents Kennedy ou Khrouchtchev, tandis que les Présidents Africains peinent aujourd’hui à être reçu par un Secrétaire d’État. Seule la France en vertu du passé colonial reste un dernier...