Le président du MOREMA, Me Kassoum TAPO, était ce dimanche 12 juin, l’invité du débat politique de la semaine de la chaîne télévision Africable. Sur ce plateau, l’ancien bâtonnier répondait aux questions de notre confrère Robert DISSA. Lors de cette émission, l’ancien bâtonnier s’est prononcé sur le nouveau projet de loi ; l’organe unique de gestion des élections ; la gestion de la transition ; sans oublier le processus d’élaboration d’une nouvelle Constitution que viennent de lancer les autorités de la transition.

 

Faisant le bilan des un an de rectification de la transition, Me Kassoum TAPO, connus pour son franc-parler, a d’entrée de jeu a souligné que ce gouvernement a échoué. Un échec qu’il n’attribue pas pour autant à l’ensemble des organes de la transition.

Pour preuve, il a souligné le mécontentement général exprimé par la grande majorité des responsables du M5-RFP dont le président du Comité stratégique dirige la primature.

Constat d’échec

Il a rappelé à ce propos l’évaluation faite par le Conseil national de la transition qui estimé à 30% le taux de la mise en œuvre du Plan d’action gouvernemental. Pour Me TAPO, ce taux équivaut à une note d’exclusion, si on était à l’école.

«On est obligé de constater aujourd’hui que ce gouvernement a échoué. Il y a eu beaucoup de maux, il n’y a eu que des discours», a-t-il asséné.

Pour lui, cette transition avait la chance et les atouts de regrouper les Maliens, de mettre de côté toutes nos divergences et de penser au Mali.

D’ailleurs, c’est avec cette conviction que Me TAPO avait adhéré au Cadre des partis politiques pour une transition réussie.

Même si Me TAPO est connu pour son intransigeance vis-à-vis du respect des droits des citoyens, il n’en demeure pas moins que dans une situation d’exception comme le nôtre où il faut allier la sécurité et la liberté des citoyens, l’ancien bâtonnier constate qu’il faut pas facile de trouver le juste milieu. C’est pourquoi, malgré plusieurs arrestations pour des écarts de langages et d’atteinte à la sécurité nationale, Me TAPO ne voit pas dans ces actions en cours comme une violation des libertés publiques.

Justice instrumentalisée

Toutefois, Me TAPO trouve que la justice a été instrumentalisée dans certains dossiers, comme le cas de l’ancien Premier Soumeylou Boubey MAÏGA, ainsi que certaines arrestations dans le cadre de lutte contre la corruption dans notre pays.

En tout cas, une chose est sûre, pour mener à bien cette  lutte contre la corruption, il ne faut pas, de l’avis de Me TAPO, avoir soi-même des dossiers pendant devant la justice.

«Vous ne pouvez pas, lorsque vous-même, un dossier au pôle économique, de manière sérieuse et crédible, entamer la lutte contre la corruption», a-t-il dit.

Pour lui, la lutte contre la corruption en cours n’est pas crédible, car, dit-il, les procédures judiciaires sont lancées par l’exécutif.

«Ce sont des procédures ciblées, ça ne marchera pas comme ça », a-t-il déploré.

Le piège de l’AIGE

Parlant de la nouvelle loi électorale et de l’organe unique de gestion, Me TAPO a déploré le fait que le texte qui été déposé par le Gouvernement au niveau du CNT n’est pas été présenté à la classe politique.

Selon lui, l’actuel projet de loi dans son intuitive, procède d’une contre-vérité qui fait croire que les crises postélectorales sont à l’origine des ruptures de l’ordre constitution dans notre pays.

D’ailleurs, a-t-il fait savoir, les meilleurs scrutins ont toujours été organisés par l’administration comme en 2002, 2007, 2013.

En tous cas, pour lui, les crises postélectorales ne sont pas à l’origine des coups d’État.

Me TAPO rappelle que récemment, en 2020, la crise poste électorale a été l’élément déclencheur sans être la principale cause pour lesquelles les Maliens ont investi la rue et qui avait pour noms : l’insécurité, la mauvaise gouvernance, la corruption, etc.

Pour lui, le projet de loi en cours constitue un danger pour le processus électoral. «L’adoption ce projet de loi en l’état sera une catastrophe », a-t-il prévenu.

Le risque existe de conflit post électoral résiderait dans le mode de désignation des membres de la commission qui donne tout le pouvoir au Premier ministre.

«L’organe unique qu’on nous prépare est un machin du Premier ministre», s’est-il insurgé.

Le niet de la classe politique

De son avis, la classe politique ne va jamais accepter qu’un seul individu, fut-il PM, désigne une commission indépendante qui va faire les élections.

Il a rappelé qu’au mois de juin 2021, la classe politique, face aux impératifs de temps, avait préconisé le renforcement des capacités de la CENI, tout en laissant le choix à l’organiser d’organiser les prochaines élections. Pour lui, il suffit de donner un pouvoir de contrôle à la CENI.

D’ailleurs, une loi avait été élaborée par le ministère de l’administration et qui a été écartée par le Premier ministre qui indiquait que l’organe unique de gestion des élections est une volonté partagée par la classe politique et les autres acteurs du processus électoral qui n’est pas négociable.

Au passage, il a salué la démarche des membres du CNT qui ont décidé d’écouter tout le monde.

Alors que nous constatons une certaine méfiance, voire un dédain des citoyens face à la chose politique, Me TAPO appelle à un renouveau dialogue citoyen. D’où d’ailleurs la création de son Mouvement appelé MOREMA.

Selon lui, il y a eu beaucoup de déviance et d’abus dans la gouvernance que les citoyens ne comprennent pas.

Même si la classe politique est dans une certaine déperdition depuis quelques années, Me TAPO reconnaît que dans une démocratie, on ne peut pas effacer d’un trait de plume cette classe politique.

«Il faut bien qu’il y ait des partis politiques et des hommes politiques, ou alors on devient un royaume», a-t-il tranché.

Seul bémol, c’est que les Maliens ne se reconnaissent plus dans les partis politiques, a-t-il reconnu.

S’agissant de la révision constitutionnelle, Me TAPO a mis en garde l’autorité.

Selon lui, on n’est jamais parvenue à réviser pendant plusieurs tentatives notre constitution inspirée de celle de 1958 de la France.

Sans avoir tiré les leçons de l’exerce de ce dernier, Me TAPO constate avec stupéfaction que le Président de la Transition a pris un décret, en date du 10 juin 2022, portant création, mission, organisation et fonctionnement de la commission de rédaction de la nouvelle Constitution.

Pour lui, il n’est pas nécessaire de faire une nouvelle constitution.

Selon lui, le modèle de Constitution que nous avons (mi- présidentiel, mi- parlementaire) marche bien ailleurs.

La solution du consensus

Et si ça ne marche pas au Mali, Me TAPO pense que cela est dû au fait que les textes et les institutions sont dévoyés sur beaucoup de points parce qu’on ne respecte pas la constitution et les institutions de la République.

Certes, il y a des insuffisances qu’il faut peut-être corriger, mais pour Me TAPO, il n’est pas nécessaire d’aller à une nouvelle.

Pour lui, les modèles démocratiques sont limités et qu’il n’y a plus rien inventer.

En tout pour l’avocat, l’élaboration d’une nouvelle constitution ne relève pas de la mission d’une transition.

Pour une sortie de crise, Me TAPO a invité le président de la transition à renouer le dialogue avec la classe politique pour la mise en place d’un gouvernement de consensus, ou de mission autour d’un Premier ministre neutre pour organiser les élections.

Alors que nous sommes installées dans une transition de 24 mois, Me TAPO invite clairement la présidente à se séparer de Choguel Kokalla MAIGA, qui accuse à tort ou à raison d’être un chef de gouvernement partisan et clivant.

Dans tous les cas, Me Kassoum TAPO est convaincu que tant que les hommes politiques ne sont sérieux, aucun texte, aucun mode de gouvernance ne peuvent nous mettre à l’abri des coups d’État.

Par Abdoulaye OUATTARA

Source : Info-Matin