Le rouleau compresseur des déchirures partisanes est en marche. Les incertitudes, liées à la conduite de la transition, n’entament cependant pas la flambée des candidatures fantaisistes, parfois folkloriques mais certainement par procuration pour la prochaine présidentielle. La débauche d’argent permet de… débaucher des cadres politiques, davantage irresponsables car obnubilés moins par la solidité de leurs convictions que par la tentation de la bourse !

 

C’est le week-end passé que le secrétaire à la communication de l’URD, Me Demba Traoré, a officialisé sa candidature à la candidature de l’URD, en vue de la prochaine présidentielle. Jusque-là, rien d’extraordinaire qu’un cadre de ce rang au sein d’une formation d’envergure, comme l’URD, ait des ambitions politiques pour postuler à la magistrature suprême. Cependant, d’après plusieurs informations, l’organisation de l’événement aurait semé davantage de division qui aurait certainement incité l’avocat et ancien ministre de l’Emploi de la Transition de 2012, à insister sur la nécessaire unité au sein du parti.

Seydou et Diadié mobilisés pour Me Demba

Et pour cause, des voix au sein du parti du défunt leader et chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé, se sont élevées pour dénoncer l’immixtion plus que malencontreuse de Seydou Coulibaly, pourtant candidat de l’association Benkan à la prochaine présidentielle, et d’un de ses soutiens financiers, Diadié dit Amadou Sankaré, non moins promoteur du Groupe SAER à la réputation également tout aussi sulfureuse. Ces voix indignées au sein de l’URD dénoncent ainsi une contribution financière assez élevée de Diadié Sankaré, envoyée à certains responsables de structures de l’URD de Kayes ainsi que du mouvement Benkan.

En effet, c’est la forte mobilisation de l’antenne régionale de Benkan, à travers une importante logistique et selon toute vraisemblance, une contribution financière conséquente, qui a intrigué voire outré les observateurs en particulier les militants de l’URD non acquis à l’initiative de Me Demba Traoré, nous rapportent des sources.

Mieux, poursuivent ces protestataires, la générosité sonnante et trébuchante de Seydou Coulibaly et de ses soutiens paraît d’autant plus incompréhensible que l’homme, surnommé ‘’Monsieur Avenant’’ des marchés publics maliens, est aussi candidat. Visiblement, Seydou Coulibaly est si riche qu’il peut à la fois financer sa propre candidature ainsi que celle d’un certain nombre de candidats potentiels, à l’image de Me Demba Traoré, comme l’en accusent les détracteurs de celui-ci.

Cette pratique de multiplication des candidatures par procuration a le double avantage de miner profondément l’unité des partis en dispersant leurs voix au détriment de leurs candidats, et d’offrir par ces racolages ce que le candidat de Benkan ne saurait obtenir autrement. Car, bien que censée être implantée au niveau local, l’association paraît jusque-là comme une construction artificielle, ne disposant ni d’un discours porteur de projets cohérents encore moins donc d’une adhésion populaire significative.

Benkan peine à se départir de ses allures de ‘’grin’’, composé d’une garde rapprochée dont la seule expertise demeure pour l’heure sa proximité régionale et ses sulfureuses accointances affairistes avec le PDG de CIRA, ainsi que les émoluments importants que celui-ci concède. En guise donc de stratégie, le rôle de cette association de soutien à la candidature du PDG de CIRA est de déstabiliser les partis politiques. Donc, la candidature de Me Demba est factice, concluent ses détracteurs au sein de l’URD.

C’est de miner l’unité de son parti avant de vouloir attirer ses partisans vers Seydou Coulibaly et se faire beaucoup d’argent au passage. De bonne guerre, dira-t-on avec raison, le propre du politique est d’affaiblir les potentiels adversaires dans la conquête du pouvoir.

Sauf que le PDG de CIRA, qui n’est ni porteur de projets encore moins de stratégie de renforcement de l’unité nationale, ne renouvelle même pas la pratique, en ne misant que sur les bas instincts abjects qui ont rendu le peuple orphelin de cadres soucieux de sa destinée.

Au centre de cette pratique, dont c’est la flambée financière sur le marché politique, nombre de commentateurs accusent Seydou Coulibaly, le PDG de CIRA, d’être le principal promoteur. Au sortir du lancement en demi-teinte de son mouvement à Mopti, nous avions souligné le peu de surface et surtout de background politique du candidat putatif, qu’il compensait par des postures déclamatoires plutôt vides de sens.

L’irruption sur l’échiquier de cet homme d’affaires inexpérimenté participe visiblement donc du processus de ravalement de façade, entamé par les dignitaires de l’ancien d’IBK, un processus engagé avec le coup d’Etat du 18 août dernier dont on sait aujourd’hui qu’il a été factice et probablement orchestré par le Général Moussa Diawara.

De fait, le satrape de CIRA n’a aucun parcours politique et son rapport au landernau s’est résumé, durant les sept (7) années du règne du régime défunt d’IBK, à se fourvoyer avec l’engeance familiale prédatrice à laquelle le président déchu avait en réalité confié la gestion patrimoniale du pays.

On le rappelle, un des proches de l’homme surnommé ‘’Monsieur Avenant’’ du régime d’IBK, nous a assuré que Seydou Coulibaly a désigné pour nomination au moins 17 ministres, parmi la flopée de ministres qui ont défilé tout au long de ce règne caractéristique de la mauvaise gouvernance.

C’est pourtant moins à sa lucidité technique ou une quelconque expertise subodorée, qu’il y avait eu recours qu’en réalité le raffermissement de la mainmise de l’ancienne ‘’Ma Famille d’abord’’ sur des secteurs clé et surtout lucratifs de la gestion des affaires publiques. En l’occurrence, les départements de l’Urbanisme et de l’Habitat ainsi que la palette couvrant les Equipements, Transports et infrastructures et secteurs connexes, vecteurs d’importants marchés publics, auraient été à la discrétion entière du règne du satrape ingénieur. Les résultats en sont éloquents de la déliquescence des infrastructures collectives au Mali.

La stratégie politique de ralliement du candidat de Benkan se résume visiblement donc à inciter à la trahison, en faisant entrevoir les gains financiers titillant le goût du lucre. Pour ce prétendant aux ors de Koulouba, dont l’association peine plus à ratisser les convictions qu’aiguiser les appétits, le salut passe par ériger le Veau d’or sur le piédestal des tabernacles au sein des chapelles partisanes.

Attiser les instincts des éternels maillons faibles

Ainsi, Seydou Coulibaly procède donc par s’attacher les services des maillons faibles des formations, à travers les dividendes financiers attendus d’une migration vers les lambris de CIRA. Et comme on le voit, la récente virée de Me Demba Traoré, dans la capitale des rails, a été le révélateur de ces collusions, à la limite incestueuses. Les accusations d’appuis financiers qui seraient venues du patron de CIRA et de son âme damnée, Diadié Sankaré, ont semé confusion voire colère au sein de l’URD.

La présence d’Iba N’Diaye, l’ancien chef de cabinet du chef de file de l’opposition, en soutien ou non à l’initiative de l’avocat, en rajoute davantage aux doutes. En effet, tout comme Me Demba Traoré en rupture de ban du CNID, où il a fait son ascension grâce à Me Mountaga Tall, l’ancien secrétaire général de l’Adema est aussi un tard venu au parti de la poignée de main. Mais à la différence notable de l’ancien député de la Commune VI, Iba N’Diaye est le principal responsable de la scission de l’ancien parti majoritaire ayant conduit à la création de l’URD.

En effet, en dépit du choix porté en 2002 sur Soumaïla Cissé comme candidat à la suite des primaires du parti, c’est justement Iba N’Diaye qui a conduit 13 autres cadres de la direction de la Ruche à refuser ce choix démocratique des militants adémistes pour signer ce qui a été ‘’l’Appel des 14’’, à défier la candidature du parti pour choisir celle du Général Amadou Toumani Touré.

Les remous qui s’en sont suivis ont fini par contraindre le malheureux challenger de cette élection à porter, avec ses amis, une nouvelle formation sur les fonts baptismaux, en l’occurrence l’URD. Si bien que le chef de cabinet du défunt Soumaïla Cissé est bien en terrain connu en matière d’expertise de la trahison et du nomadisme politique.

Aussi, l’initiative de Me Demba, de prendre de vitesse ses potentiels adversaires, Boubou Cissé et Mamadou Igor Diarra au sein du parti, cache-t-elle certainement une volonté de monnayer son appui au candidat de Benkan, si l’appui matériel et financier de celui-ci était avéré.

Acheter le vote avec l’argent volé au peuple

Ce n’est certainement pas  en semant les graines de la division que l’on parviendra à une «… transformation durable et en profondeur du Mali, avec la participation active des Maliens», comme Me Demba Traoré en fait son slogan.

La stratégie politique de Benkan consiste à ériger la trahison en mode de ralliement. Le PDG de CIRA n’incarne pas le renouveau, mais un vulgaire relooking des pratiques abhorrées qui ont toujours fait le substrat de la mauvaise gouvernance. Le fonds de commerce politique privilégié du satrape de CIRA est composé des cadres les moins ‘’éthiques”, la lie idéologique des formations, qui sont autant de branches pourries vivant de la crédulité des militants. La débauche d’argent est donc la marque la plus visible de l’approche politique de celui qu’on appelle ‘’Monsieur avenant’’  des marchés publics du régime IBK.

La candidature de Me Demba est d’autant plus factice à la limite sera folklorique aussi longtemps que l’avocat ne pourrait se départir de ces soutiens incongrus dont ils bénéficient aujourd’hui. Car les convictions et les idéologies ne sont pas de saison avec Seydou Coulibaly et Diadié Sankaré. Et si l’accointance avec ces deux personnages est avérée, l’objectif de l’avocat ne serait rien moins que de miner l’unité de son parti avant de vouloir attirer ses partisans vers le candidat de Benkan… et se faire beaucoup d’argent au passage.

Ce sont ces pratiques de collusions qui expliquent la désaffection croissante de la population envers une élite politique abhorrée et la tendance à croire que les militaires faisant irruption sur l’échiquier constitueront la solution. Seulement voilà, c’est vite oublier que le désordre kaki, d’une incurie rédhibitoire pour n’avoir même pas réussi son unique mission de défendre la sécurité du peuple, ne dispose ni de la capacité, encore moins la volonté de constituer une alternative. Bien au contraire, comme dans le cas malien, la junte des proconsuls passe pour se commettre dans la fange des pratiques dont elle jette quelques lampistes en pâture judiciaire, en guise de session de rattrapage pour défaut de légitimité par les armes.

Indubitablement, c’est l’argent qui sera le facteur déterminant des prochaines élections. Et nombre de détracteurs soulignent avec raison que c’est le produit des pratiques de prévarication, des surfacturations et diverses pratiques illicites de détournements au détriment du Trésor public, récolté assidûment sous l’ère de l’ancien régime qui servira à la conquête des urnes lors des prochaines échéances électorales dont surtout la présidentielle. En somme, c’est l’argent volé au peuple qui servira à l’achat de son vote. Visiblement pour mieux l’essorer…

 

Yaya TRAORE

Source: Nouvelle Libération

MaliwebPolitique
Le rouleau compresseur des déchirures partisanes est en marche. Les incertitudes, liées à la conduite de la transition, n’entament cependant pas la flambée des candidatures fantaisistes, parfois folkloriques mais certainement par procuration pour la prochaine présidentielle. La débauche d’argent permet de… débaucher des cadres politiques, davantage irresponsables car obnubilés moins par la...