Retour à la guerre froide au conseil de sécurité des Nations unies à l’occasion du vote de la résolution sur le renouvellement du Mandat de la Minusma. Aucune concession entre les deux blocs : Russes et chinois ont tenu la ligne de défense pour le respect des intérêts souverains et la liberté de choix diplomatique du Mali, tandis que le bloc occidental se campe sur le respect des droits de l’homme dont il n’a cure ailleurs. C’est dans un contexte d’opposition et de défiance que l’unanimité s’est rompue au sein du conseil de sécurité qui a adopté la résolution portée par la France pour renouveler le Mandat de la Minusma jusqu’au 30 juin 2023. Contrairement aux années précédentes, les amis fidèles et loyaux de notre pays, la Russie et la Chine, se sont abstenus. Dans ce bras de fer qu’est-ce que notre pays a obtenu et qu’est-ce qu’il a perdu ? Surtout, pourquoi le Mali dit Non au Conseil de sécurité ?

 

Si l’ensemble des États membres était d’accord sur la nécessité du renouvellement du mandat qui a fait l’objet de longues négociations ces dernières semaines, a fini sur des divergences frontales entre la bloc occidental formé autour du du Royaume-Uni/USA et un bloc dit des amis du Mali constitué par le couple Russie-Chine.

Au cours des discussions, le bloc occidental incarné par les Anglais et les Américains a demandé un renforcement des prérogatives de la Minusma en matière de droits de l’homme, et a souhaité que le soutien de la Minusma aux Forces de défense et de sécurité de notre pays (FAMas) soit conditionné à un respect strict des Droits de l’Homme notamment celui de la Politique de diligence raisonnable en matière de droits de l’homme (HRDDP), en anglais Human Rights Due Diligence Policy (HRDDP).

À l’inverse, la Russie et la Chine ont insisté sur le fait que ces agitations autour du respect des droits de l’homme et les rapports produits par la Minusma peuvent être considérées comme hostiles au gouvernement malien et à la souveraineté nationale du pays. En tout cas, les nouvelles missions de la Minusma ne prennent pas suffisamment comptent des efforts qui doivent être déployés en matière de lutte contre le terrorisme.

Ainsi, l’ambassadrice russe a relevé un rôle important que joue la MINUSMA pour la stabilisation du pays, en raison de l’inclusion de « formulations intrusives » concernant les droits humains, qui ne permettront pas la mise en œuvre par les Maliens de leurs droits souverains d’enquêter sur les incidents qui ont eu lieu.

Le représentant permanent de la Chine auprès du conseil de sécurité qui s’est abstenu a rappelé que la première tâche de la MINUSMA est d’aider à la mise en œuvre de l’Accord de paix signé en 2015 en tenant compte des positions du Gouvernement en matière de restauration de l’autorité de l’État, de sécurité et de transition politique.  Il a estimé que la résolution adoptée ne répondait pas aux principaux besoins des Maliens.

Liberté sans entrave

En effet, la résolution proposée par la France, qui reste toujours notre porte-parole au Conseil de sécurité, qui tente vainement de concilier ces deux visions, pêche par un parti pris immonde. La France en brouille avec le Mali depuis plusieurs mois concocte un nouveau paragraphe imposant aux autorités de la Transition une interdiction d’obstruer le mandat de la Minusma, en lui garantissant une liberté de mouvement y compris pour les enquêtes sur les violations des Droits de l’Homme.

Si l’exhortation « à coopérer pleinement avec le Représentant spécial du Secrétaire général et la MINUSMA aux fins de l’application de l’Accord et à garantir la sûreté, la sécurité et la liberté de circulation du personnel de la Mission en lui assurant un accès immédiat et sans entrave à l’ensemble du territoire malien », était une redondante dans les résolutions précédentes, cette fois-ci le conseil est allé plus loin.

En effet, la résolution votée ce mercredi 29 juin 2022 « exhorte toutes les parties maliennes à coopérer pleinement avec le Représentant spécial du Secrétaire général et la MINUSMA aux fins de l’application de l’Accord, à garantir la sûreté, la sécurité et la liberté de circulation du personnel de la Mission en lui assurant un accès immédiat et sans entrave à l’ensemble du territoire malien, et à permettre l’entrée sur le territoire des soldats et des policiers de la MINUSMA, qui œuvrent au maintien de la paix, ainsi que la rotation des effectifs, rappelle les dispositions de l’accord sur le statut des forces, et demande qu’il soit mis fin à toutes les restrictions à la liberté de circulation, sur terre comme dans les airs, et aux campagnes de désinformation et autres actes de déstabilisation, et qu’il y ait un dialogue constructif entre les autorités maliennes et la MINUSMA à cet effet ».

Respect des SOFA

La résolution votée ce mercredi 29 juin 2022 par le Conseil de sécurité impose également au Mali de respecter le Statut of Forces agreement (SOFA) signé avec l’ONU sur le statut des membres de la MINUSMA, et de garantir la liberté de mouvement permettant les rotations des contingents issus de pays de la région.

Le Conseil demande au Secrétaire général d’inclure dans ses rapports trimestriels sur notre pays tous les cas où la Mission a été empêchée d’agir et de répondre à des menaces (interdiction de survol, violation du SOFA…), ainsi que les campagnes de désinformation subies.

La résolution demande au Secrétaire général de lui faire le rapport, tous les trois mois sur « les capacités de la Mission, notamment en ce qui concerne la sûreté et la sécurité de son personnel, ainsi que les accès et la liberté de circulation dont celui-ci bénéficie, les cas où la MINUSMA n’a pas pu accéder à des populations civiles pour s’acquitter des tâches qui lui ont été confiées et répondre à des menaces potentielles, et tous les cas d’entrave aux activités de la Mission par tous types d’acteurs, y compris les violations de l’accord sur le statut des forces, les refus d’autorisation de vol, les attaques, provocations et incitations à la haine et à la violence, et les campagnes de désinformation et de mésinformation contre la MINUSMA, ainsi que les efforts déployés pour amener les auteurs de ces actes à rendre des comptes, selon qu’il convient ».

Enfin, le Conseil demande au Secrétaire général de produire une revue interne tous les 6 mois, afin de réévaluer la situation politique, la coopération avec les autorités maliennes et les conditions nécessaires pour que la Mission puisse poursuivre ses activités.

Acquis du Mali

Malgré l’activisme diplomatique qu’elle avait entrepris pour la reconduction de la liberté qu’elle avait dans les airs sous prétexte de protéger la Minusma, la France a été lâchée en plein vol par le Conseil de sécurité. En effet, concernant la protection des forces internationales, l’autorisation donnée aux forces françaises d’appuyer la mission est supprimée, à la demande des autorités maliennes. L’opération Barkhane n’a donc plus de mandat pour agir en soutien à la mission. Toute chose qui constitue une grande victoire pour notre pays et ses autorités.

Il en est de même pour le soutien de la mission apporté à la FC-G5 Sahel qui est également suspendu du fait du retrait du Mali du G5. Le Conseil rappelle que ce support offert par la MINUSMA a toujours été «temporaire» et que la Force conjointe doit développer elle-même rapidement ses propres capacités.

Une autre victoire de la diplomatie malienne a été le plafonnement de l’effectif maximal de la MINUSMA à 13 289 militaires et à 1 920 policiers. En effet depuis le discours historique du Premier ministre, le Dr Choguel Kokalla Maïga, devant l’Assemblée générale des Nations unies notre pays s’oppose farouchement à toute augmentation des effectifs de la Minusma. Pour cause ? À quoi ça sert de déployer des soldats s’ils ne viennent pas appuyer les FAMa dans la lutte contre le terrorisme et la protection des populations, et qui doivent être protégés par notre pays. Or, l’augmentation des effectifs était une rengaine du Conseil de sécurité.

En somme, il s’agit d’une reconduction a minima, sans changement majeur sur les priorités stratégiques, mais des activités de reporting en matière de droits de l’homme sont renforcées, provoquant une forte division parmi les membres du Conseil et une opposition sans équivoque du gouvernement.

Les vérités du Mali

Par la voix du représentant permanent de notre pays auprès des Nations unies, Issa Konfourou : «le Gouvernement du Mali réitère son opposition ferme à la liberté de mouvement de la MINUSMA dans l’exécution de son mandat dans le domaine des droits de l’homme. Le Mali a toujours coopéré de bonne foi avec la force onusienne depuis sa mise en place en 2013. Toutefois, pour des impératifs de respect de la souveraineté du Mali, de coordination et de sécurité, les mouvements de la MINUSMA ne peuvent se faire qu’avec l’accord des autorités compétentes maliennes.

De même, le Mali n’est pas à mesure de garantir la liberté de mouvement pour des enquêtes de la MINUSMA sans l’accord préalable du Gouvernement. Par conséquent, le Mali n’entend pas exécuter ces dispositions, malgré leur adoption par le Conseil de sécurité.

En tout état de cause, le Gouvernement du Mali estime que les enquêtes sur les allégations de violations des droits de l’homme relèvent de la responsabilité principale des autorités maliennes. La MINUSMA a vocation à leur apporter l’assistance nécessaire à cet égard. Elle n’a pas vocation à se substituer au Gouvernement du Mali.

La délégation du Mali appelle le Conseil de sécurité à permettre à la MINUSMA de se consacrer aux tâches prioritaires pour lesquelles elle est déployée dans mon pays, à savoir l’appui à la restauration de la sécurité et de l’autorité de l’État sur l’ensemble de notre territoire, condition sine qua non pour une meilleure protection des personnes et de leurs biens.

Les populations maliennes attendent de la MINUSMA qu’elle contribue à la recherche de solutions durables aux défis du Mali. Elles ne veulent pas que la MINUSMA devienne partie des problèmes. Elles ne veulent pas non plus que les droits de l’homme soient utilisés à des fins politiques cachées ».

PAR SIKOU BAH

Source : Info-Matin

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