Dans une interview qu’il a bien voulu nous accorder, le président d’honneur du PIDS, l’ancien ministre Daba Diawara, a passé au peigne fin la vie de l’Assemblée nationale de sa création à nos jours.

 

Le Tjikan : Comment se porte le PIDS?

Daba Diawara : Le PIDS se porte assez bien dans la mesure où il vient de fêter son 20ème anniversaire. Malgré les aléas, et les difficultés qu’on a connus, et qui ont jalonné notre parcours, le parti a pu se tenir debout, et a continuer à lutter pour un Mali meilleur. Le PIDS continue son combat pour renforcer la démocratie et l’Etat de droit au Mali.  Rendre la vie moins dure aux Maliens sera son cheval de bataille.

61 Ans après l’accession du Mali à l’indépendance, nous sommes à la croisée des chemins. Quel regard portez-vous sur la situation politico-sécuritaire du pays ?

Comme tous les Maliens, nous ne pouvons que nous inquiéter de la situation que traverse notre pays. Notre pays, à mon sens, n’a jamais connu une situation aussi difficile que celle qu’elle vit depuis 2012. Quand il y a eu le coup d’Etat qui a interrompu le mandat du président ATT, notre pays n’a fait que s’enfoncer dans la difficulté. Chaque jour apporte son lot de difficultés qui s’ajoutent et qui demeurent sans solution.HYPERLINK “http://solution.il/” Il faut beaucoup de courage, et avoir une vision claire de l’avenir politique de notre pays pour que nous puissions nous donner la main sans considération inutile pour sortir notre pays de cette situation déplorable. Le Mali de 2021 se porte beaucoup mal que le celui de 1960, voire de 1991. Quoique les gens disent, tout ce qui a été fait pendant ces 30 dernières années de régime démocratique, moi je pense qu’au-delà des difficultés que connaissent toutes les démocraties, une démocratie n’est pas une marche linéaire. Il y a des hauts et des bas, donc un chantier permanent.

Par le passé, vous avez présidé une commission en charge de réviser la constitution du pays. Les réformes que vous avez proposées sont toujours d’actualité ?

Comme dit un proverbe bambara, ‘’le miel ne se dit pas doux’’. Je pense qu’il appartient aux Maliens d’apprécier ce que nous avons proposé en 2008, et que nous avons essayé de concrétiser en 2011. Bien sûr, il y a des points que nous avons proposés et qui sont toujours d’actualité, mais il convient de prendre en charge les réalités d’aujourd’hui. Avec la situation actuelle, les 2/3 du pays sont occupés par les groupes séparatistes. A cela s’ajoute une gouvernance chaotique caractérisée par la corruption et l’impunité. Une sorte d’impuissance de l’Etat à changer le comportement du citoyen malien.

Parlez-nous de l’Assemblée nationale avant, pendant l’indépendance et sous l’ère démocratique?

Pour parler d’Assemblée nationale, il faudra commencer par ce qui existe aujourd’hui. Le CNT qui jouit le pouvoir législatif maintenant, il a été désigné par les autorités de transition. C’est la première différence des autres assemblées et celle que nous avons aujourd’hui. Beaucoup ne savent pas que l’Assemblée qui a proclamé la République du Mali a été démocratiquement élue à l’issue d’élections disputées. Ce sont les élections législatives de 1959 qui ont proclamé l’indépendance du Mali. Et cette assemblée est restée en place jusqu’en 1964. En 1964, le contexte politique a fait qu’un seul parti a présenté des candidats car aucun parti n’était légalement constitué en république du Mali à part US-RDA. Cette assemblée devrait être renouvelée en 1969 puisque son mandat était de 5 ans. Entre temps, il y a eu le coup d’Etat 1968. Ensuite, il y a eu une période d’exception où il n’y a pas d’assemblée. C’est le CMLN qui jouait le rôle de l’organe législatif pendant longtemps. Ensuite, le pays était gouverné par ordonnance. Après, il y a l’UDPM, qui était un régime de parti unique constitutionnel. Là également, tous les députés provenaient d’un seul parti. Mais il faut dire qu’il y’a avait une compétition  au sein du parti unique pour la désignation des députés. Cette situation a demeuré jusqu’à l’avènement de la démocratie. En 1992, les élections législatives ont été organisées d’une manière irréprochable ; personne n’a remis en cause la crédibilité et la transparence de ces élections. En 1997, il y a eu la dérive, la fraude et l’achat de conscience dans les élections législatives. Ce qui a fait perdre sa légitimité. L’inacceptable a été fait en 2020 dont la contestation a entraîné la chute même du régime d’IBK. Il faut dire que pendant la colonisation à partir de 1946, le Mali a connu le multipartisme intégral qui a demeuré jusqu’en 1964. Plusieurs partis se sont disputés les élections, il y a eu des changements de majorités. Le PSP au départ était le parti dominant, finalement il a été supplanté par l’US-RDA à la veille de l’indépendance. Et c’est l’US-RDA, qui a conduit le pays à l’indépendance. Donc, on ne peut dire que la démocratie est apparue dans notre pays en 1991. Nous avons connu le système démocratique bien avant l’indépendance, c’est-à-dire de 1946 jusqu’aux élections de 1964.

Quel rôle pour le parlement et les pouvoirs locaux dans la réconciliation nationale?

Ce rôle fait partie des fonctions traditionnelle du parlement ; c’est le pouvoir de légiférer. Il peut être amené à faire des propositions de loi  pour créer des conditions propices à la réconciliation nationale ou inciter le gouvernement à pendre des lois allant dans ce sens et du vivre ensemble. Il peut aussi créer des commissions d’enquête qui peuvent aller dans les endroits où les litiges portent atteintes à l’unité nationale pour ramener ces populations à se réconcilier.

Le rôle des parlementaires dans la consolidation de la démocratie?

Son rôle est capital dans la démocratie ; elle se repose sur la constitution. Notre constitution dit que la souveraineté appartient au peuple. L’assemblée est l’institution qui représente ce peuple. Dans notre système la constitution ne peut être révisée que par référendum ou par l’assemblée nationale. L’article 118 de notre constitution, ainsi que la charte de la transition disent que l’initiative de la révision de la constitution appartient au président de la République et aux députés. En plus, la plupart des matières qui participent à la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit ressort du domaine législatif. Pour consolider la démocratie, il faut qu’il y ait réformes. Pour qu’il y ait réformes, il faut des lois, et c’est l’assemblée qui vote des lois. Donc son rôle est très important voire incontournable dans la consolidation de la démocratie.

Votre mot de la fin?

C’est pour exprimer un sentiment d’inquiétude par rapport à la situation actuelle de notre pays. On est sans doute tous préoccupés par la situation sécuritaire du pays, la mauvaise gouvernance qui se traduit par la corruption, l’impunité et la délinquance financière. C’est comme une sorte d’apathie des élites politiques à trouver les voies et moyens à sortir le pays de cette situation. Nous sommes dans une transition qui va bientôt dépasser un an, et personne ne peut dire aujourd’hui qu’on est en train de voir le bout du tunnel. Personnellement, je ne vois pas ce qui a été fait avant le 24 mai et ce qui se fait maintenant. Le Mali a pris des engagements qu’on va faire une transition de 18 mois. Cela aura été possible si depuis le 1er jour de la transition des voise avaient été ouvertes à cet effet. Je constate qu’aujourd’hui que personne ne sait vers où nous allons. Grande est la responsabilité des autorités qui ont conduit le pays dans cette situation.

Maintenant, il faut un sursaut national pour que le pays puisse sorte de ce marasme qui est porteur de gros risque pour notre avenir et celui de nos enfants.

On parle de refondation de l’Etat, et  de refondation de la nation, je suis confus car les deux termes sont couramment utilisés. Tout le monde parle des deux expressions mais si tu leur demandes ce qu’on entend par refondation de l’Etat et refondation de la nation, ils ne peuvent pas répondre. Les sens sont tellement divergent, souvent contradictoire que je ne sais pas où on va. Mais comme nous sommes un pays de foi, prions Dieu pour qu’il nous aide à voir plus clair et à prendre le chemin qu’il faut pour que notre pays puisse avoir un lendemain meilleur.

Propos recueillis par

Solo Minta

Source : Tjikan

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