Ayons le courage de le dire, cette affaire des militaires ivoiriens qualifiés de ‘’mercenaires’’, interpelés le 10 juillet  2022 à Bamako, a été mal gérée par les deux pays (le Mali et la Côte d’Ivoire). De la médiation, l’on se retrouve dans un bras de fer avec l’obligation de la libération des quarante-six autres soldats toujours incarcérés à Bamako. C’est surtout c’est l’implication de l’ONU et de la CEDEAO que l’affaire semble prendre une autre tournure.

L’erreur des autorités maliennes a été certainement d’accepter de relâcher les trois femmes avant que le dossier ne soit totalement vidé. L’autre maladresse, c’est surtout le fait de conditionner la remise à la libération des quarante-six autres soldats à l’échange des personnalités politiques contre lesquelles le Mali a émis un mandat d’arrêt international et dont certaines se trouvent sur le sol ivoirien.

Ce qui est sûr, c’est que les autorités du Mali ont été mal conseillées sur cette affaire. Ces soldats ont été interpellés pour l’atteinte à la souveraineté nationale et les mandats d’arrêt international ont été émis pour corruption. Aussi, les soldats ivoiriens sont incarcérés et les personnalités politiques maliennes sont en liberté. Donc, difficile, voire impossible de parler d’échange. Plus grave, cette proposition des autorités maliennes témoignent que les arguments relatifs aux ‘’mercenaires’’ ne tiennent pas. Autrement dit, l’on est dans une sorte de chantage qui ne dit pas forcément son nom.

La Côte d’Ivoire a certainement juste profité de cette faille pour imposer sa volonté sur le Mali avec le soutien de l’ONU et de la CEDEAO. Cette volonté n’est autre  que de libérer tout simplement les quarante-six autres soldats sans délai et sans condition. C’est dans ce cadre que la CEDEAO a décidé, à l’issue de son Sommet extraordinaire de la Conférence de Chefs d’Etat et de Gouvernement sur la Guinée et le Mali, tenu le 22 Septembre 2022 à New York, de l’envoi d’une mission de haut niveau composée des chefs d’Etat du Ghana, du Sénégal et du Togo qui est attendue dans la semaine à Bamako pour solliciter la libération des soldats ivoiriens.

Certes, le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, chef de l’Etat, lors d’une audience accordée le 18 juillet 2022 au professeur Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et des Togolais de l’Extérieur, a affirmé  d’être ouvert au dialogue y compris par voie diplomatique avec l’Etat de la Côte d’Ivoire au sujet desdits militaires ivoiriens, mais il précise que ce dialogue doit se dérouler dans le strict respect de la souveraineté du Mali.

Donc, l’implication de la CEDEAO  et de l’ONU ne contribuent pas forcément à une solution pacifique de cette affaire. Même si les trois chefs d’Etats arrivaient à faire fléchir le Mali de sa position, l’idéal serait que les autorités des deux pays voisins n’ont pas pu s’accorder le minimum de confiance pour liquider en toute responsabilité ce dossier en mettant le compteur d’amitié et de bon voisinage à zéro. Par conséquent, la solution de la CEDEAO  et de l’ONU peut-être durable, mais elle ne saurait raffermir complètement les relations entre les deux pays qui ne sont pas actuellement au beau fixe.

Ousmane BALLO

Source : Ziré