LES 3 POINTS SUR LESQUELS CHOGUEL DEMEURE AMBIGU

Après avoir fait la déclaration du Plan d’Action du Gouvernement (PAG) devant le Conseil National de Transition (CNT), le Premier Ministre Choguel Kokala MAIGA a vu son plan d’action validé par les Conseillers de l’organe législatif de la transition. Un PAG reposant sur trois piliers (sécuritaire, politique et social), répartis sur quatre axes que sont la sécurisation du territoire ; la conduite des réformes politiques et institutionnelles ; l’organisation des élections générales et enfin, la bonne gouvernance. Il est assez clair que ce dernier axe pouvait bien être intégré dans le deuxième, puisqu’enfin de compte, la finalité ultime des reformes politique et institutionnelle devrait nous conduire à une gouvernance vertueuse et démocratique. Cela dit, dans les discussions autour de son PAG avec les Conseillers du CNT, il est apparu dans les réponses du Chef du gouvernement quelques zones d’ombre, pas tout à fait claires, notamment au sujet de l’application de l’article 39 ; de la relecture de l’Accord d’Alger et enfin, de la prolongation de la durée de la transition… Sur ces trois points, le discours du Premier Ministre Choguel Kokala MAIGA est bien assez ambigu.

  1. La problématique de l’application de l’article 39

Le front social demeure toujours en ébullition au Mali. Bien que les tensions ne soient plus au point culminant comme ce fut le cas sous le règne de l’ancien Président Ibrahim Boubacar KEITA, force est de reconnaitre que la bombe du front social est loin d’être désamorcée. La problématique liée à l’application de l’article 39 continue toujours d’opposer le gouvernement de transition à la synergie syndicale des enseignants. C’est une véritable Epée de Damoclès qui plane sur la tête de l’Exécutif. Les examens de fin d’année seront organisés à nouveau dans un climat de bras de fer entre le gouvernement et le syndicat des enseignants. Désemparés par la situation, les parents d’élèves ne savent à quel dieu faut-il confier le sort de leurs enfants. Pendant ce temps, au moment où tous les acteurs de l’éducation attendent une réponse forte de la part du gouvernement, le Premier Ministre a opté pour une harmonisation des grilles salariales. Une option interprétée par les enseignants grévistes comme une abrogation tacite de l’article 39 qui ne dit pas son nom.  Mais le PM se défend et reprend à plusieurs reprises que ladite disposition n’est pas abrogée. Cependant, il se réserve le droit de  ne donner aucune garantie, ni dans la forme ni dans le fond, sur l’application de l’article 39. Résultat au final : la suspicion entretenue.  Ce constat renforce davantage l’inquiétude des élèves et des parents d’élèves.

  1. La question de la relecture de l’Accord d’Alger

Par ailleurs, la question de la relecture de l’Accord issu du processus d’Alger constitue une seconde tache noire dans les propos de l’actuel patron de la primature. Il n’a de cesse réclamé cette relecture qui, pour lui, serait l’occasion pour la population malienne de s’approprier du contenu de ce texte conventionnel.  Pour lui, de 2015 à nos jours, les parties signataires de l’Accord n’ont pas suffisamment fait d’effort pour aller à la rencontre des premiers concernés que sont les populations afin de leur expliquer les tenants et les aboutissants liés à son application. Pour combler ces failles, le Premier Ministre propose une relecture « intelligente » de l’Accord sans pour autant dire clairement quels sont les points qui méritent d’être revus. Il se cantonne sur les principes intangibles de la Constitution actuellement en vigueur au Mali : l’unicité de l’Etat, l’intégrité du territoire, la forme républicaine et laïque de l’Etat. Autour de ces différents principes, la constitution malienne a imposé des verrous depuis 1992. Il va donc de soi que sur ces points précis, il n’y a aucune possibilité de négociation. C’est donc plutôt une redondance que de revenir sans cesse sur ce que tout le monde sait déjà. Il aurait été tout simple pour le Premier Ministre de dire tout simplement, mais surtout clairement, quels sont précisément les dispositions de l’Accord qui devront faire l’objet de relecture. Au regard de la situation actuelle du pays, le Chef du gouvernement aurait dû prendre le devant et fixer le cap afin de donner une orientation autour du débat sur la relecture de l’Accord.

  1. Le débat sur la prolongation éventuelle de la transition

Enfin, le troisième point sur lequel le Premier Ministre s’est montré imprécis, concerne la problématique du délai de la transition fixé à 18 mois avec les partenaires internationaux. Sur ce sujet, Choguel se montre le plus insaisissable au monde. Par rapport à cette question, il adopte presque un double discours : autant il se dit favorable au respect du délai, autant il laisse entendre que le souci d’une transition réussie devrait primer sur la question du délai. Refusant de répondre clairement à la question de savoir si oui ou non la durée de la transition sera prolongée, le Chef du gouvernement se contente du subterfuge rhétorique en adoptant un discours alarmant sur les dangers d’une transition bâclée. L’argument est que pour lui, c’est l’erreur qui a été par deux fois en 1997 et en 2013 lorsque, contre vent et marrée, les maliens ont tenu à organiser les élections dans les délais convenus sans pour autant se soucier pour la qualité de ces élections. C’est pourquoi d’ailleurs, selon lui, le pays s’est retrouvé dans une crise politique postélectorale. Il en appelle ainsi à la conscience historique du peuple malien pour apprendre de ses erreurs afin de ne pas les commettre à nouveau. En d’autres termes, pour le Premier Ministre, la question du délai n’est pas si importante que la refondation de l’Etat et l’organisation de bonnes élections.  Quoique cet argumentaire puisse paraitre fondé dans la forme, il reste que sur le fond il suscite bon nombre de questions sur l’intention réelle des autorités de la transition à respecter le délai convenu avec la communauté internationale et les parties politiques. Et là encore, par un discours ambigu, le Premier Ministre donne plus de vigueur à la force de la rumeur et de la suspicion.

Ballan D., Politologue et Khalid D., Economiste.

Source: Bamakonews

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