Le bureau politique national de l’Union pour la République et la démocratie (BPN-URD) a animé une conférence de presse samedi dernier (3 décembre 2022) à la Maison de la presse. Son président, M. Gouagnon Coulibaly, a profité de l’occasion pour inviter tous les cadres et les militants à l’union sacrée et a réaffirmé le soutien du parti au processus de transition en cours au Mali. Mais pour de nombreux observateurs, indépendamment de l’issue de la bataille judiciaire engagée pour la succession de feu Soumaïla Cissé, la gestion de la problématique du choix du candidat du parti pour la prochaine présidentielle sera déterminante dans la réconciliation de ses héritiers.

 

 

«L’Union pour la République et la démocratie est de retour après tant de mois d’absence car sa voix forte et pesante a sans doute manqué» !  Le rappel est du président de l’URD, M. Gouagnon Coulibaly. Face à la presse, samedi dernier (3 décembre 2022), il abhorrait fièrement le manteau du seul et unique chef du parti de la poignée de main. Et cela après le verdict rendu le 7 septembre 2022 par la Cour d’appel de Bamako qui a été défavorable au camp du président intérimaire, Pr. Salikou Sanogo. Il a assuré que, après des mois consacrés au marathon judiciaire, le parti va désormais exprimer sa position sur tous les sujets d’intérêt national.

L’ancien député élu à Kati souhaite visiblement donner une chance à la réconciliation et s’est dit prêt à s’investir auprès de tous ses camarades contestataires à rejoindre la famille afin de renforcer son unité et sa cohésion. «Les perspectives individuelles se forgent et s’épanouissent dans le destin collectif. Je leur tends avec sincérité la main militante et fraternelle car ils sont et demeurent des militants et hauts responsables de l’Urd», a affirmé M. Coulibaly. Pour lui, il est temps de tourner la page du feuilleton judiciaire né de la «volonté de certains cadres du parti» qui refusaient la tenue du premier congrès ordinaire avec comme seul ordre du jour : pourvoir le poste du président laissé vacant après la mort du regretté Soumaïla Cissé !

Ils sont nombreux les observateurs qui pensent que le choix de porte-drapeau des «Vert-Blanc» à la prochaine présidentielle est l’une des raisons fondamentales de la discorde entre les héritiers du regretté Soumaïla Cissé. Selon certaines indiscrétions, les partisans de Gouagnon Coulibaly sont partagés entre Mamadou Igor Diarra, Boubou Cissé (militant de la 25e heure) et Seydou Mamadou Coulibaly (Mouvement Benkan) qui est en train de ratisser large au risque de déstabiliser tous les grands états-majors politiques, notamment l’Adéma-PASJ, le RPM…

Autrement, la réconciliation avec les idéaux du père fondateur est en partie liée à la résolution de cette question. Au-delà des ambitions personnelles, cette chapelle joue en partie son influence sur l’échiquier politique dans les années à venir. C’est pourquoi le choix de celui qui doit le représenter dans le starting-block de la prochaine présidentielle doit-être minutieusement examiné afin de lui donner une chance d’en tirer le maximum de profits afin de mieux se positionner dans l’arène politique du «Mali Kura». Quelles sont d’abord les forces en présence au sein du parti ? Qui sont-ils réellement en termes de poids politique au niveau national ? Peuvent-ils fédérer les voix des militants du parti ? Quelles sont leurs chances de remporter la présidentielle ?

Certes, ils sont nombreux ceux qui peuvent logiquement prétendre à cette place dans le starting-block. Pour le moment, Me Demba Traoré, Mamadou Igor Diarra et Boubou Cissé ont levé un coin du voile sur leur intention. L’idéal serait de les rassembler autour d’une même table en les priant de privilégier les intérêts de l’URD pour se désister en faveur d’un seul candidat. A défaut, un primaire peut être organisé pour désigner le porte-drapeau. Mais, il faut que cela se passe dans la plus grande transparence car cela peut vite devenir un exercice périlleux éloignant le parti de la réconciliation des cœurs et des esprits indispensable au maintien de son influence politique.

Dans la même veine, il ne serait pas non plus prématuré de sonder aussi la voie du soutien au candidat d’un autre bord si on est convaincu qu’il peut remporter le scrutin et que l’URD peut réellement tirer les dividendes politiques de son élection. Tout dépendra alors du contenu de l’accord et aussi du timing, c’est-à-dire si cela doit se faire au premier ou au second tour. Le président établi par la Cour d’Appel de Bamako a déclaré, samedi dernier, que son parti refuse d’être enfermé dans «le vrai faux débat de positionnement et de candidature» qui semble être le prétexte tout trouvé par certains pour le déstabiliser sur l’autel des intérêts qui lui sont totalement étrangers. Mais, il comprendra tôt ou tard que la gestion de cette question sera déterminante dans la réconciliation au sein de l’URD, y compris dans son propre camp où les partisans de Mamadou Igor Diarra, Boubou Cissé et de Benkan seraient prêts à en découdre à tout moment pour avoir la pôle position.

En tout cas, avec la disparition de «Soumy champion» le 25 décembre 2020, l’histoire met aujourd’hui tous les cadres de l’URD face à leur responsabilité. De leur choix et de leur clairvoyance dépend en partie l’avenir d’une formation politique qui n’a cessé de jouer le premier rôle sur la scène politique malienne depuis sa création en juin 2003. Faut-il agir (en oubliant les différends pour se donner sincèrement la main) pour qu’elle reste une machine électorale forte où faut-il s’agripper à des opérations de séduction extérieure au risque d’en faire une coquille vide ? Le choix leur appartient aujourd’hui !

Moussa Bolly

Source : Le Matin