La lutte contre la corruption a permis de lever beaucoup de lièvres, que les rapports officiels taisent parfois. Les interrogatoires et les interpellations, consécutifs, révèlent des méthodes à travers lesquelles une coterie politico-familiale, au cœur du pouvoir, a mis le pays en coupe réglée. Dont la désignation d’une personnalité proche de l’ancien Premier ministre comme unique intermédiaire des marchés publics en cette occasion.

La maladie comme vecteur d’enrichissement familial

Le récent Rapport du Vérificateur général, Samba Alhamdou BABY, sur la gestion du fonds destiné à la lutte contre le Covid19, déjà publié le 13 septembre dernier, a permis de savoir que plus de 50 milliards Fcfa se sont littéralement envolés en cette occasion. Le Rapport identifie minutieusement tous les travers ayant abouti à réussir cette saignée financière. Mais le Végal passe sous silence le fait que tous les 38 marchés irréguliers, passés en cette occasion, avaient un dénominateur commun : une seule et même personnalité proche de la famille de l’ancien Premier Ministre de IBK qui était l’unique interlocutrice des entités ayant obtenu les divers marchés.

La remise solennelle, le mardi 12 octobre dernier, du Rapport 2020 du Vérificateur Général au Colonel Assimi Goïta, ne manquera pas d’avoir des conséquences judiciaires. Il est à parier que le Président de la Transition se verra certainement conforté dans la croisade qu’il a lancée contre la corruption, les détournements financiers et l’impunité qui entoure toutes ces affaires de prédation des ressources publiques.

Parmi ce lot d’affaires les unes plus sordides que les autres, le dossier de la gestion qui a été faite du fonds Covid ressort particulièrement. En effet, Le Mali avait bénéficié, dans la situation de détresse absolue de sa population aujourd’hui complètement démunie, de divers appuis et autres concours financiers extérieurs, parmi lesquels la Banque Mondiale qui avait apporté à l’Etat un appui de 25. 800 000 USD (environ 14 644 939 140 Fcfa). De même, la solidarité nationale avait joué pleinement permettant à l’Etat de disposer, au titre des contributions des citoyens, la modique somme de 6 646 508 279 FCFA (près de 7 milliards Fcfa), sous la dénomination de « fonds de concours COVID-19 », au niveau de la BMS-SA, sous le compte n°ML102 0100157590803001 39, intitulé « Gestion maladie COVID-19 MSAS ».

L’exploitation familiale des ressources publiques, destinées à lutte contre le VIH Sida et les affaires du Fonds Mondial, constitue une pratique déjà éprouvée au Mali si bien que la récente ‘’entreprise familiale’’, organisée autour de la gestion du fonds Covid n’est qu’un sulfureux remake. La misère collective, du fait de la pandémie mondiale et son sinistre cortège funèbre de milliers morts, n’est rien moins aux des responsables du régime de IBK qu’un puissant vecteur d’enrichissement familial.

La dévolution, à une relation familiale, du rôle de principal intercesseur afin de piloter la gestion de ce fonds, au détriment des structures et responsables indiqués, participait de toute façon du système de gouvernance de prédation instauré depuis l’avènement de IBK au pouvoir.

Les investigations, autour du fonds Covid, seront d’autant plus facilitées que l’ensemble des ressources financières avaient été domiciliées à la Primature, comme Boubou Cissé l’avait décidé arguant que c’était à la demande expresse du Chef de l’Etat. La commission, mise sur pied à cet effet, ne comprenait d’ailleurs qu’un seul responsable du cabinet du département de la santé, à titre de simple membre sans pouvoir discrétionnaire, contre nombre de cadres et directeurs centraux du département des finances, toujours entre les mains du même Boubou Cissé par ailleurs Premier ministre. A l’époque, nombre d’observateurs avaient noté l’humiliation subie par le Ministre de la santé, Michel Sidibé, qui avait été littéralement ostracisé dans la lutte contre la pandémie. Mais ‘’à quelque chose malheur est bon’’ souligne l’adage : l’ancien patron de l’ONUSISA se trouve aujourd’hui épargné par le scandale financier lié à la gestion du Fonds Covid !

Un Coup d’Etat inopportun…

Le fait est que le coup d’Etat du 18 août 2020 des proconsuls de Kati a été plus qu’inopportun. Le pronunciamiento est survenu alors que les marchés, relatifs aux différentes acquisitions entrant dans le cadre des mesures de riposte au Covid-19, avaient déjà été attribués. Du moins théoriquement, car les différentes attributions, faites sous l’égide de ce proche de l’ancien Chef de gouvernement, ne reposait sur aucun support juridique : cahier des charges, offres, documents d’examen des offres, de sélection et d’attribution, etc.

La rupture de gouvernance survenue n’a plus permis de procéder aux raccommodements nécessaires pour le copier-coller indispensable afin d’oindre d’un semblant de vernis légal ces marchés fictifs, falsifications, surfacturations, détournements et autres pratiques de prédation classique pour pomper les ressources publiques.

La réalité est que de nombreux dossiers de marchés sont loin d’avoir été régularisés et ne le seront probablement plus, car la plupart des 38 marchés concernés par cette intermédiation unique de ce proche primatorial, sont tout simplement des marchés fictifs et n’ont jamais été prévus pour la moindre exécution. Les investigations seraient en cours pour situer les responsabilités, de toute évidence trop apparentes. L’intermédiaire unique désigné n’est certes pas encore en situation de privation de liberté, mais les milliards Fcfa détournés ne resteront pas longtemps dans l’ombre, nous a assuré une source proche du dossier.

Car, comme le note un observateur, « le BVG affirme qu’une bonne partie des ressources a été irrégulièrement utilisée à des fins d’enrichissement individuel ou collectif au détriment des besoins réels dans la lutte contre la Covid-19 ». La désignation d’un membre proche de la famille primatoriale, comme unique interlocuteur des opérateurs postulants, devenu ainsi le véritable ordonnateur des dépenses, a ouvert la Boîte de Pandore des pratiques de prévarication. Et donc d’enrichissement personnel, peu importe les morts par Covid…

Jean-Baptiste Satono

Source: La Révélation

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La lutte contre la corruption a permis de lever beaucoup de lièvres, que les rapports officiels taisent parfois. Les interrogatoires et les interpellations, consécutifs, révèlent des méthodes à travers lesquelles une coterie politico-familiale, au cœur du pouvoir, a mis le pays en coupe réglée. Dont la désignation d’une personnalité...