Dans un entretien exclusif, le directeur général de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Cheick Amadou Tidiane Traoré, a fait savoir qu’ils ont un taux de ressources humaines faible et mal reparti. Il n’a pas manqué de souligner les efforts du gouvernement dans la lutte contre la Covid-19 et le renforcement du plateau technique des structures de santé. Interview !

 

 Que pensez-vous des conditions de travail dans les centres de santé ?

C’est une question assez intéressante. Aujourd’hui, sous ma responsabilité, il y a les Directions régionales, les centres de santé de référence. Dans la réforme du système de santé, les Centres de santé de référence sont envisagés à être éclatés en deux entités : hôpital du district et service de santé et d’hygiène publique de cercle ou de commune de Bamako. Quand vous me demandez les conditions de travail, je ne parlerai pas de ce qui se trouve au niveau des hôpitaux de deuxième référence parce que c’est à d’autres niveaux que ces questions sont traitées. Mais, les centres de santé de référence qui sont sous ma responsabilité aujourd’hui, certaines conditions sont difficiles, mais il faut reconnaître que l’Etat fait de son mieux. Depuis 1990, nous sommes sur la déclaration politique sectorielle de santé des populations. Les services de santé ont été transférés à l’avènement de la décentralisation aux collectivités territoriales. Donc l’Etat fait de son mieux pour que ceux qui y travaillent puissent être dans de très bonnes conditions de travail afin de pouvoir offrir les services de qualité aux populations. Les conditions peuvent être certainement mitigées dans certains endroits avec la vétusté de ce qui a été payé, mais il est de la responsabilité aussi des collectivités, des communautés d’accompagner les appuis que l’Etat fait pour les professionnels de la santé. Aujourd’hui, les efforts énormes ont été consentis. Même cette année, le président de la transition a fait des efforts pour renforcer le plateau technique dans certains endroits. Madame la ministre de la Santé et du Développement social a aussi démarché plusieurs personnes et entités. Aussi, elle a mobilisé des ressources de l’Etat pour renforcer le plateau technique dans beaucoup de structures de santé. Surtout là où nous avons fait les visites, les promesses ont été tenues en termes d’accompagnement, mais les besoins restent énormes. Il y a aussi de petits soucis dans la maintenance des équipements. J’avoue que l’Etat fait des efforts dans ce sens parce que les contrats annuels sont exécutés sur le budget d’Etat.

Il nous faut dans notre organisation mettre en place un bon système de maintenance et il doit être préventif car tous les équipements qui sont utilisés au quotidien nécessitent une maintenance préventive, un entretien régulier. Souvent, vous trouverez certains équipements biomédicaux dont les pièces d’échanges ne se trouvent pas sur le marché malien parce que ce sont des équipements qui ont été donnés à travers la coopération bilatérale. Dans ce sens, je reviens encore là-dessus. Il appartient à chaque communauté et chaque collectivité de fournir des efforts pour accompagner ce que l’Etat met à sa disposition parce que ces structures travaillent pour la communauté, sous la gestion communautaire ou de la collectivité. L’Etat joue un rôle d’appui conseil, d’appui technique d’accompagnement et veille à ce que les populations maliennes puissent bénéficier des services de santé de qualité. Voilà les conditions, elles peuvent être mitigées mais doivent être améliorées. Beaucoup d’efforts ont été faits, mais il reste encore beaucoup à faire.

Que dites-vous de l’absence de l’AMO dans certaines structures comme au Cscom de Faladiè Socoro ?

Effectivement, il y a certains petits problèmes liés à la prestation de l’AMO dans les structures, mais je pense qu’avant-hier seulement, au niveau de la télé, il y avait une émission où un DTC, un médecin était sur le plateau avec les agents de la CANAM pour discuter de ces questions. Il est de la responsabilité de la CANAM d’accompagner ces structures pour que l’effectivité de l’AMO puisse être offerte à ceux qui viennent pour bénéficier des services. Cette question pourra être mieux débattue avec les gens de la CANAM parce qu’il doit y avoir beaucoup de petits problèmes. Ils sont là-dessus pour résoudre le problème. Ledit problème survenu n’a été évoqué que quand les gens sont venus pour les services. Il est bien de se rassurer si la personne a un droit ouvert à jour. Ceci est vérifié par des équipements en place pour la cause. Quand la prescription est faite, il faut être rassuré que le remboursement va revenir, mais on ne sait pas si le médicament est autorisé ou s’il ne l’est pas, si la personne a un droit ou pas. Donc il y a plusieurs niveaux de problèmes, mais les institutions sont vraiment en pourparlers pour essayer d’étendre l’AMO à ces services-là pour servir le peuple malien. L’engagement de Mme la ministre de la Santé, c’est d’aller à une couverture sanitaire universelle. Donc il faut l’assurance pour tout le monde parce que les dépenses de santé pèsent sur les ménages.

Et les problèmes du plateau technique de Gabriel Touré ?

En tant que praticien, ce que j’ai dit pour les CSRef est valable pour les hôpitaux de deuxième référence.  Dans le conseil d’administration, il y a les utilisateurs de services et le conseil est l’organe de décision. Pas plus tard qu’une semaine, la ministre de la Santé a signé un contrat de performance avec les directeurs des hôpitaux. Aujourd’hui, le conseil d’administration doit s’assumer.  Au niveau du centre de santé de référence, il y a aussi un conseil d’administration. Au niveau du district, ce sont les maires auxquels les infrastructures sont transférées. Dans la communauté, ce sont les Asaco qui sont des organes de gestion qui ont aussi un comité de gestion. Le Mali a un système de santé aubaine. Dans un premier temps c’est-à-dire, après l’indépendance et avant 1990, c’est l’Etat qui assurait les services de santé, mais après, le niveau d’évolution a permis aux gens de comprendre depuis 1978, après Alma ata. Pour que les centres de santé primaires puissent avoir la force, il faut que ceux sur qui les entités reposent soient des parties prenantes. Donc, s’il y a par exemple le scanner, en principe le conseil d’administration est l’organe qui décide. Le directeur ne peut pas toujours engager l’hôpital si le conseil d’administration ne lui donne pas le droit. Nous avons des problèmes de maintenance, mais il y a des techniciens biomédicaux qui sont ici, certainement pas en quantité, c’est insuffisant car les gens aiment surtout travailler dans le libéral. Cela ne dédouane pas la responsabilité des uns et des autres, mais il faut que les gens s’assument pour être plus responsables pour qu’il n’y ait pas de rupture de ces services que les gens utilisent au niveau de nos établissements de santé et hospitaliers.

Qu’en est-il de la suspension de certaines écoles de santé ?

Des écoles de formation sanitaires ont été décrochées de la santé. Même si les agents de santé dispensent des cours là-bas, ils ont tous été transférés à l’enseignement supérieur. Ces écoles de formation de santé ne dépendent pas du ministère de la Santé, mais la santé utilise les produits. Il aurait été important que le ministère en charge de la Santé soit la cheville ouvrière de la formation des cadres qui seront utilisés par le département lui-même. Il se trouve que les gens ont autres intérêts à appartenir à telles ou telles entités mais un jour, les gens prendront certainement leur responsabilité afin de corriger ces insuffisances.

Quel est l’état des lieux de la lutte contre la maladie à coronavirus ?

Même pour les résultats du 15 septembre dernier, on avait 55 cas, mais il faut reconnaitre que depuis le début de septembre, on a une moyenne de cas, il va de 75 à 80 cas par jour tandis qu’un peu plus tôt, on avait un à deux cas par jour et nous avons pensé que cela a baissé. Aujourd’hui, cette augmentation est en phase avec ce qu’on observe dans le monde. Dans les autres pays, c’est le même constat qui est une tendance à augmentation. Maintenant par exemple, il ne fait pas très chaud, on sait que s’il fait frais, il y a des maladies respiratoires dont la Covid-19. Mais il faut dire qu’à un bon moment, le département de la Santé a participé à l’allègement des mesures de prévention telles que le port des masques, les conditions d’entrée dans le pays. De ce fait, on continuait à sensibiliser les gens, ce qui a abouti à une bonne adhésion à la vaccination car il était important qu’on aille à une couverture assez bonne pour maitriser l’humilité collective et maitriser la propagation de la maladie tout en évitant que les gens ne soient malades. Malheureusement, sur une cible de 9 477 250, nous avons environ 18% vaccinés, or nous avons des antigènes et des vaccins de 12 ans ou plus qui sont de véritables cibles. Les mesures ont été allégées et la maladie est encore là, donc sa transmission est facile. Mais si on est vacciné, on ne fera pas la forme grave synonyme de la réduction du cycle de la maladie donc celle de la transmission. Maintenant, il faut renforcer la vaccination. On ne peut pas la rendre obligatoire sinon certains qui en veulent aux acteurs de la santé pourront se cacher derrière des raisons pour rendre la tâche difficile. Il faut que les gens y adhèrent de manière volontaire pour lutter efficacement de manière préventive contre la maladie qui a vocation épidémique. On peut par contre obliger le malade à respecter son traitement en cas de refus de ce dernier. Nous souhaitons vivement que les gens nous comprennent dans ce que nous leur donnons comme message et que la presse continue à nous renforcer dans ces communications pour que les gens puissent avoir la bonne information et décider de leur propre chef de se faire vacciner.

Et le bourdonnement sur le plan syndical ?

Sur le plan syndical, il peut y avoir des bourdonnements, mais aussi vous n’êtes pas sans savoir que les syndicats ont souvent beaucoup de colorations. On peut faire du bruit sans dire exactement ce qu’on cherche. Notre mission première est de chercher à apaiser le climat social sans quoi, personne ne peut travailler. Et nous avons reçu des instructions de la ministre de la Santé de tenir des réunions pour écouter et comprendre quel peut être le sens des bourdonnements afin de chercher la solution aux problèmes. Nous avons reçu des instructions pour tenir de façon périodique avec et les syndicats et le personnel pour discuter de ces questions car nous sommes obligés d’aller au dialogue. On ne peut avoir des résultats si le climat social n’est pas apaisé, mais cela ne va certainement pas empêcher certains de faire du bruit. Je profite de cette question pour remercier du fond du cœur les équipes d’intervention rapides qui nous aident dans la gestion au quotidien des cas de Covid-19 depuis 2020. Ces équipes d’intervention de manière tournante travaillent avec nous pour la gestion des cas. En décembre 2020, nous avons commencé avec la prise en charge à domicile. Parce que, dans les constats, nous avons vu qu’il y a moins de cas graves. Aujourd’hui, nous avons environ 456 ou 509 cas sous traitement. Mais vous allez voir qu’il y a seulement moins d’une dizaine en surveillance au niveau du centre spécialisé. Et vous en trouverez peut-être moins de 5 qui sont sous assistance spécialisée. Donc ces équipes ont eu, à un moment donné, des soucis dans la prise en charge. Ils nous ont avisés, ils ont voulu arrêter le travail. Mais avec la communication, nous nous sommes entendus et compris. Nous avons tenu les réunions et ils nous ont envoyé les courriers pour nous dire qu’ils sont prêts à travailler même sans argent.  Quand les gens se déplacent, il faut assurer les moyens.

Qu’en est-il de la formation dans les coins reculés ?

Je pense que la formation est ouverte. Le problème qui se pose en nous, ce sont les textes. C’est vrai, il y a toujours des gens qui contournent toujours le système, sinon, nous-mêmes avons bénéficié de cela et nous avons été formés. Pour les formations de courte durée, on ne donne pas la disponibilité puisque vous en n’avez pas besoin.

Pour les formations courantes, c’est vraiment la routine. C’est pourquoi, les gens qui sont dans la fonction publique sont beaucoup en avance parce qu’ils bénéficient avec l’Etat et les partenaires de chaque approche innovante. Mais il y a des procédures à suivre si on veut une formation de longue durée. Pour ça également, certains tentent de forcer alors que nous devons gérer le capital humain puisqu’on ne peut pas laisser tout le monde aller en formation en même temps. Et quand les gens négocient la formation et qu’ils ne la trouvent pas, ils cherchent à faire des concours. Dès qu’ils passent, ils s’en vont et ne retournent plus dans les services qu’ils ont quittés. Alors que ce refus ne fait pas partie des conditions des partenaires qui ont financé ladite formation.  Cela pose un déséquilibre. C’est pourquoi quand vous voyez la répartition des ressources humaines, nous avons un taux de ressources humaines faible et mal réparti. Les gens se retrouvent dans les endroits pour des questions de rapprochement de conjoints et d’autres. Donc nous avons tous intérêts à ce que nous travaillions selon des principes et que ces principes soient respectés de tout le monde. Cela permettra d’arranger la fonction publique. L’Etat et la population ont besoin des services de santé au quotidien.

Votre dernier message

Nous sommes en train d’organiser sur instruction de Madame la ministre de la Santé et du Développement social le mois de la santé et de la protection sociale. Nous souhaitons vivement qu’au cours de ce mois que nous puissions faire des journées portes ouvertes pour que les populations qui bénéficient des services de santé comprennent leurs rôles et responsabilités. Ceux qui gèrent ces structures de santé les gèrent en leurs noms. Ce sont des représentants de la communauté. Que ce soit au niveau des centres de santé communautaires ou au niveau des centres de santé de référence et des hôpitaux, c’est le même mécanisme. Il n’y a pas mieux que de donner à un individu la possibilité et le choix de gérer lui-même ses questions de santé. Donc je voudrais inviter les uns et les autres à nous accompagner dans cette démarche pour que nous puissions faire fléchir un peu les mortalités auxquelles nos populations sont confrontées. Certains problèmes ne doivent pas dépasser le niveau aire de santé jusqu’au niveau district sanitaire. Il en est de même pour certains problèmes de l’hôpital qui se déplacent jusqu’au cabinet du Ministre. Donc nous allons profiter de ce mois pour organiser des conférences, des communications à grande échelle afin que chacun puisse savoir ce qu’il doit faire pour que la chose puisse marcher. Le Mali est pour tous. Le ministère de la Santé a des engagements et donc il est en mission pour le peuple malien. Le rôle des uns et des autres doit être de l’accompagner.  « Si tous les fils du pays de part leurs mains venaient à fermer les trous de la jarre percée, l’eau ne va pas sortir et on aura de quoi boire. C’est pour dire que chacun a un rôle à jouer pour renforcer notre système de santé », disait Guézo le roi d’Abomey.

Réalisée par Nouhoum DICKO

Source : L’Alerte