L’accès aux établissements bancaires est conditionné au port obligatoire du masque et au lavage des mains au savon. Mais ce n’est pas tout à fait le cas au niveau de certaines agences

 

Jeudi dernier, 413 Maliens ont été testés positifs à la Covid-19, un record de contamination en un jour depuis le 1er cas en mars 2020. Pour rompre rapidement la chaîne de propagation du virus mortel, le gouvernement a pris des mesures exigeant, entre autres, le respect des mesures barrières dans les endroits publics et interdisant les rassemblements de plus de 50 personnes. Les centres de loisirs ont été purement et simplement fermés pour deux semaines.

Mais des sceptiques ne croient toujours pas à l’existence du virus ou font semblant de l’ignorer. Dans les marchés, les transports publics, les «grins», les mesures barrières sont foulées au pied.
La distanciation physique n’est pas respectée et la plupart des gens ne portent pas de masque. Cependant, dans certains endroits, on essaye de faire respecter les mesures barrières en exigeant le port de masque, le lavage des mains au savon, l’utilisation du gel hydro-alcoolique, voire la distanciation sociale.

C’est le cas de certaines institutions financières de la place. Mardi aux environs de 9h sur la rive droite du fleuve Niger à Bamako, les banques ont déjà ouvert leurs portes. Les opérations s’y déroulent en toute sérénité même si l’affluence est faible en cette matinée. À cause peut-être du fait que nos compatriotes ont débuté le jeûne ce jour-là.

À l’agence Bacodjicoroni Golfe de la Banque malienne de solidarité (BMS), cinq personnes sont assises côte à côte à la porte. L’espace est étroit pour permettre le respect de la distanciation sociale. Chacune d’elles possède un masque. Mais une seule personne a son masque sur le nez. Trois tiennent les leurs en main.

Une autre personne met son masque sur le menton, le nez et la bouche à l’air libre. Ibrahima Diarra, un des membres du groupe, soutient que la chaleur extrême de Bamako n’encourage pas le port du masque. Comme c’est exigé pour entrer dans la banque, il est donc obligé de se conformer à la règle.
À une trentaine de mètres de là, est implantée une agence de la Banque de développement du Mali (BDM S. A). Ici, un petit espace est réservé aux clients. Ils doivent attendre pour être autorisés à y rentrer. A côté, un kit de lavage des mains qui ne dispose ni de savons ni de gel hydroalcoolique.

Interrogé, un agent commercial, sous couvert de l’anonymat, explique : «On fait tout pour limiter le nombre de clients à l’intérieur de la banque. Ici, les gens rentrent par groupe de cinq personnes». À l’intérieur, la distanciation est bien respectée. Il y a au moins une chaise vide entre chaque client assis. Le sol est marqué pour signaler où s’arrêter. Au niveau de la caisse, seule une personne est acceptée. Le constat est le même dans au moins cinq autres agences de banque que nous avons visitées.

Nous avons également constaté qu’à l’entrée de certaines banques, l’espace aménagé pour accueillir les clients n’est pas adapté aux mesures barrières contre le coronavirus. C’est le cas à la Banque of Africa (BOA), où est installée une tente servant de salle d’attente pour les clients et autres visiteurs.

À la Banque nationale de développement agricole (BNDA), les clients qui faisaient la queue à l’entrée, étaient obligés de se rapprocher les uns des autres pour se mettre à l’abri du soleil. «On est massé à l’entrée. Une fois à l’intérieur de la banque, on nous parle de mesures barrières. C’est un peu contradictoire», déplore un client.

Cet autre client estime que c’est paradoxal d’exiger les mesures barrières dans les banques alors qu’elles sont complètement ignorées dans les superettes, les supermarchés, les boucheries, les marchés et même dans les services de l’administration.

Sur la rive gauche, des banques arrivent à faire respecter les mesures barrières malgré quelques difficultés. À Orabank, installée à l’ACI 2000, on exige le lavage des mains au savon, l’application du gel hydroalcoolique et le port obligatoire du masque. Point de rassemblement à l’entrée.

Plus loin, United Bank for Africa (UBA) applique tant bien que mal les dispositions nécessaires. Une dizaine de personnes se suivent. Débout, elles ne respectent aucune mesure barrière. Quelques minutes plus tard, quatre personnes sont invitées à rentrer.

L’agent de sécurité prend leur température. Il les laisse passer après cet exercice. Ici, la disposition des chaises destinées aux clients est également conforme à la distanciation physique. Les clients respectent-ils cette disposition ?

Dans la pratique, pas sûr. En notre présence, une cliente s’installe et invite son amie à venir s’assoir à côté d’elle. Marqués sur les chaises, une croix rouge et un message alerte portant : «Pour raison de Covid-19, respectons les mesures barrières».

Tout le monde observe la scène, s’indigne, en bourdonnant. Exaspéré, un agent les regarde sans rien dire. Interrogé, il justifie son comportement : «Très souvent, ils font des histoires quand on les interpelle. Certains refusent catégoriquement de coopérer. D’autres obtempèrent momentanément avant de fouler au pied les mesures barrières». D’autres personnes, une fois à l’intérieur de la banque, retirent leur masque. C’est dire qu’elles ne portent le masque que pour pouvoir avoir accès à la banque.

Oumar SANKARÉ

Source : L’ESSOR

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