Désormais, à travers l’Association pour la résilience des communautés pour l’accès au développement et à la santé (Arcad-Sida), rebaptisée Arcad Santé Plus), le Mali bénéficie d’un nouvel outil précieux de prévention dans le mécanisme de lutte contre le VIH/sida. Ce sésame est baptisé PrEP (Pré exposition prophylaxie), qui signifie traitement préventif avant contact avec le VIH.

Loin d’un essai, ce médicament actif et cher, réduit les risques de contraction du VIH à plus de 85%, selon les essais de Proud et ANR-Ipergay.
En prélude au lancement officiel de ce projet PrEP Femmes au Mali, Arcad Santé Plus a organisé un atelier de formation de deux jours à l’intention d’une vingtaine de professionnels de la presse écrite et orale. Cette session avait pour objectif d’informer les journalistes et animateurs sur l’existence de la PrEP et son intégration dans le programme de prévention combinée de VIH. C’était à l’hôtel Laïco de l’Amitié, sous la direction de deux facilitateurs expérimentés. Il s’agit du Dr Alou Coulibaly, directeur de renforcement de capacité à Arcad Santé Plus et Dr Moussa Sidibé, coordinateur de la clinique santé sexuelle aux Halles de Bamako. L’ouverture des travaux a été présidée par Alpha Macky Tall, Directeur du Plaidoyer, de la communication et de la mobilisation des ressources à Arcad Santé Plus, en présence de la Cheffe du projet PrEP Femmes Mali, Dr Mariam Traoré.

De façons spécifiques, cet atelier visait à renforcer les connaissances des participants sur les généralités sur le VIH et les différents mécanismes de la prévention combinée.
De prime à bord, Dr Alou Coulibaly a entretenu les participants sur les généralités du VIH Sida. A ce titre, il a noté que selon une estimation épidémiologique de l’ONU Sida ; 37,6 millions de personnes vivaient avec le VIH en 2020 dans le monde. La même année, il a été enregistré 1,5 million de nouveaux cas de contamination. Cette enquête a révélé aussi environ 700000 personnes décédées à la suite de la maladie du VIH. Il ressort que l’Afrique subsaharienne est la zone la plus touchée du monde avec plus de 60% des cas. Dans cette même partie, 6 nouvelles infectées sur 7 chez les adolescents âgés de 15 à 19 ans concernent des filles. Les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont deux fois plus susceptibles de vivre avec le VIH que les hommes. Des efforts sont faits, mais la situation demeure préoccupante. Or, pour accélérer la prévention et mettre fin à l’épidémie du VIH, l’Onusida et l’organisation mondiale de la santé recommandent depuis 2015 la PrEP pour les populations les plus exposées aux risques d’acquisition du VIH et ce dans le cadre d’un package de prévention combinée comprenant un ensemble complet de services (préservatifs, conseil comportemental, dépistage réguliers du VIH).

Un médicament dédié aux personnes séronégatives

Au Mali, bien qu’on ait une prévalence faible du VIH dans la population générale (1,1% soit 11/1000), elle reste élevée dans des groupes spécifiques, notamment les travailleuses de sexe, les hommes qui entretiennent des relations intimes avec d’autres hommes (HSH), les personnes accros à la drogue (UDI). Ces personnes constituent les clés dans la dynamique épidémique de contamination et transmission du VIH. A cet égard, selon Dr Moussa Sidibé, la PrEP constitue une stratégie de prévention biomédicale et clinique qui implique l’utilisation de médicaments antirétroviraux (ARV) pour réduire le risque de l’infection par le VIH chez les personnes séronégatives. En termes clairs, ce mode de prévention ne concerne que les personnes séronégatives c’est-à-dire qui ne sont pas infectées par le VIH. Dans cette logique, en l’absence d’une utilisation systématique du préservatif, les TS dont le taux de prévalence est de 8,7%, ont besoin tout comme les HSH, de se protéger contre le VIH et éviter de transmettre à leur partenaires. C’est dans le cadre de la prévention combinée, la PrEP se présente comme « un choix supplémentaire de prévention pour les populations clés ». Dr Sidibé a précisé que ce nouvel outil ne prévient pas contre les IST (infections sexuellement transmissibles), ni contre les grossesses. Commercialement vendu sous le nom « Le Truvada », la PrEP est un traitement qui combine deux molécules anti-VIH à savoir l’Emtricitabine et le Ténofovir disoproxil fumarate. La PrEP est actuellement recommandée chez tous les adultes et adolescents dont l’âge est supérieur ou égal à 15 ans séronégatifs, exposés à un haut risque de contracter le VIH. Ce mode de traitement exige deux façons de prise. Il s’agit de la prise continue et la prise discontinue.
D’une durée de mise en œuvre de 36 mois, la PrEP est pilotée par 3 ONG, à savoir Arcad santé plus du Mali, Alcs du Maroc et Pils de l’Ile Maurice.
Jean Goïta

Source: La Lettre du Peuple