À l’instar des autres pays membres des Nations Unies, notre pays, le Mali, a célébré le 08 mars de cette année 2022 dans un contexte particulier de crise politique et d’isolement par ses voisins et nombre de ses partenaires.

Le thème mondial de cette année « l’égalité aujourd’hui pour un avenir durable » plus que jamais rentre en droite ligne avec les préoccupations des braves femmes du Mali qui souffrent le martyr au quotidien et doivent aussi subir les conséquences directes de choix politiques de leadership, qui souvent, ne prennent pas assez en compte leurs attentes, leurs besoins !

L’année dernière, à la même période, j’insistais sur le rôle de premier plan que les femmes doivent jouer pour défendre leur cause et plus largement dans la vie publique.

L’égalité ne s’obtient que par un engagement indéfectible des femmes pour les femmes. Cet engagement sera la locomotive pour les autres acteurs qui, même souvent conscients de la nécessité d’un monde de visée égalitaire et d’équité, omettent d’agir comme tel.  L’essor de notre société s’est toujours fondé sur le rôle central que joue la femme. Nous nous devons de les accompagner et de les accepter.

Cela n’est point une chose facile, car nous devons bousculer certains de nos codes sociaux et culturels qui sont souvent des goulots d’étranglement aux droits de la femme, in fine, au respect de certains droits humains.

Respecter nos engagements légaux

Dans un contexte aussi complexe que le nôtre, comment parvenir à l’équité et l’égalité qui constituent, sans nul doute, un facteur majeur pour un avenir radieux et durable ?

Nous pouvons déjà commencer par respecter nos engagements légaux. Dans ce sens, la loi sur la prise en compte du genre doit être respectée. De sa promulgation à ce jour, les autorités successives peinent à mettre en œuvre la loi 052. Une loi qui, dans une logique de quota, permet d’accorder plus de places aux femmes dans l’administration publique et pour les postes électifs en leur allouant un quota de 30% des sièges. Cette loi a fait ses preuves en permettant d’avoir 42 femmes élues députées sur 147, soit 28,57%, lors des élections législatives de 2020.

Malheureusement, faute de son application générale, le gouvernement ne comptait que 22,22% de femmes ministres. Il faut noter que, dans la deuxième phase de transition au Mali, le taux de représentativité des femmes dans le Conseil National de la Transition est de 29,75% respectant pratiquement la loi sur le genre alors que celui du gouvernement de 25 membres est de 24,00% en déphasage avec la loi.

Une analyse générale de l’administration publique dans son ensemble est difficile faute de données fiables et actualisées. Une telle analyse nous aurait permis de montrer la part des femmes dans les postes de prise de décisions dans les services publics centraux et décentralisés.

Valoriser davantage le rôle des femmes

Le secteur privé devrait valoriser davantage le rôle des femmes au lieu de les réduire à un rôle publicitaire, les “chosifiant” par la même occasion ! Le défi de données fiables et actualisées se pose également dans le secteur privé formel et informel ! Dans ce dernier cas, nous pouvons présumer que l’économie informelle est fortement dominée par les femmes, mobilisées dans le petit commerce, les travaux domestiques, l’agriculture familiale et de plus en plus l’orpaillage.

La loi sur le genre devrait être revue afin de l’étendre au secteur privé et veiller à ce qu’elle prenne également en compte ce défi de données. Évidemment, il faut reconnaître les efforts déjà entrepris pour les statistiques sur les femmes et l’enfant, notamment à travers le Centre National de Documentation et d’Information sur la Femme et l’Enfant – CNDIFE – qui tente de produire régulièrement un annuaire statistique fortement dépendante des financements extérieurs et publié avec beaucoup de retard. À mon sens, le CNDIFE devrait être organisé et mieux doté en termes techniques et financiers pour qu’il conduise sa mission. Il faut une meilleure articulation avec les Cellules de Planification et de Statistiques des différents départements ministériels, l’Institut National de Statistique et le secteur privé. Le CNDIFE sera alors un pôle d’intelligence stratégique du genre pour le développement.

Revoir le narratif religieux

Il est grand temps pour nous d’abandonner nos préjugés et valoriser les narratifs culturels et religieux en faveur de la Femme. À cet effet, une meilleure implication de nos gardiens de la culture, de l’histoire et les guides religieux devrait être assurée pour rappeler le rôle central des femmes au Mali et dans le combat panafricain contre l’injustice.

À ce niveau, me vient à l’esprit une femme d’exception parmi tant d’autres. La sage-femme Aoua Keita, brillante militante politique, 1ère député femme au Mali et syndicaliste au temps des décolonisations ayant joué un rôle central pour le Mali d’aujourd’hui. Elle a combattu l’injustice coloniale et défendu vigoureusement les femmes à une époque où peu d’hommes osaient défendre leurs droits. Elle a créé un syndicat des femmes ouvrières à Bamako en 1956, incarnant le leadership des femmes. Elle participe à la création de l’Union des Femmes du Soudan (UFS), dont le but est de défendre les droits des femmes. L’UFS sert alors de fondement à la création en juillet 1959 à Bamako de l’Union des Femmes d’Afrique de l’Ouest (UFOA), une organisation panafricaine.

De même, le Mali contemporain regorge de figures féminines extraordinaires. La Professeure Assa Sidibé TRAORE est une pionnière du diabète au Mali, première endocrinologue et première femme agrégée de médecine malienne, elle forme des centaine de jeunes médecins hommes et femmes, et sauve des milliers de vies durant sa carrière.

Sa consœur, la Professeure Rokia SANOGO, Docteur en Pharmacie, PhD Pharmacognosie ?, première femme Maître de conférences agrégée et Professeure titulaire du CAMES en Pharmacie au Mali, valorise la pharmacopée et fait ainsi le trait d’union entre la médecine conventionnelle et la médecine traditionnelle, valorisant ainsi dans une démarche scientifique des savoirs ancestraux en matière de santé.

Ma très chère et adorable épouse, Feu TOGOLA Hawa SEMEGA, Journaliste, spécialiste en sciences de l’éducation et défenseure des droits des femmes, est une véritable pionnière dans le domaine de la presse en ligne au Mali et le développement de contenus innovants adaptés à la jeunesse.

On pourrait en citer à ne pas finir ! Hier et aujourd’hui, ces figures féminines montrent que nous devons changer de narratif, et prêter l’oreille aux femmes, les accepter comme leaders pour avancer.

Le narratif religieux devrait aussi être revu. En effet, la femme est souvent présentée comme être inférieur à l’homme, pire, comme celle qui est à la base du pécher originel ! Or bien d’histoires montrent à la fois le caractère sacré de la femme et toute sa place dans la construction de l’Homme et de la société.

Selon une tradition authentique rapportée par Al-Bukhârî el Muslim, un homme demanda au Prophète Muhammad PSL par quatre fois “Qui, parmi les gens a, en priorité, le droit que je sois un bon compagnon pour lui?   Ta mère, le Prophète répondit trois fois, et une seule fois, Ton père”.

A ce sujet, Al-Qurtubî affirme qu’un enfant doit avoir trois fois plus d’amour et de compassion pour sa mère que pour son père. La grossesse est une période douloureuse et les mères risquent leur vie à chaque instant. Cette douleur bienveillante persiste chez la femme sous plusieurs formes tout au long de l’enfance et de la vie de ce bel enfant devenu adulte.

L’Église catholique reconnaît une égale dignité de l’homme et de la femme. L’apôtre Paul de Tarse dans l’Épître aux Galates rappelle l’égalité fondamentale de tous les baptisés en ces termes : « Il n’y a ni Juif, ni Grec ; il n’y a ni esclave ni homme libre ; il n’y a ni masculin ni féminin ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. ».

Dans notre société, le fondement et la nature profonde de la personnalité d’un enfant sont donnés par la mère. En fait, les mères ont plus d’influence sur les enfants que les pères jusqu’à l’adolescence. Je conviens que la société physique et celle connectée, et l’école pourraient interférer sur ce processus d’une manière ou d’une autre.

Ce rôle central de la femme dans la vie de l’Homme et de sa société doit nous mener à mettre un point d’honneur sur l’éducation des filles. L’énergie transformatrice de la femme instruite et convenablement éduquée profite directement à la société. L’éducation des filles et leur maintien à l’école doivent être obligatoires. L’État devrait jouer un rôle de premier plan et être intransigeant à cet effet. Il serait fort utile de mettre en place une politique conduisant les filles à adopter les filières scientifiques et techniques répondant aux besoins du marché de l’emploi.

Accompagner et faciliter l’émergence de leaders politiques féminins

La politique de discrimination positive envers les femmes a intrinsèquement un désavantage pour elles. En effet, elle donne le sentiment qu’elles (les femmes) peuvent avoir un avantage sans le mériter. Voilà pourquoi, il est préférable d’éviter de telle politique et de définir une approche basée sur le mérite et une préférence pour la femme dans un quota minimum représentative et satisfaisant les qualifications de la position (poste électif ou nominatif).

Notre pays gagnerait à accompagner et faciliter l’émergence de leaders politiques féminins.

En général, les femmes sont plus susceptibles de prendre en compte leurs familles et leurs communautés dans un processus de prise de décision, ce qui est essentiel pour développer des politiques et solutions d’intérêt général.

Par expérience, la gestion des collectivités par les maires femmes pose moins de problèmes au cours des audits administratifs et financiers que celle des hommes qui, souvent, finissent aux Arrêts. Est-ce qu’une femme aurait une meilleure éthique dans la gestion qu’un homme ? On pourrait être tenté de répondre que nous avons eu un nombre de femmes maires presque négligeable par rapport aux hommes. Cet argument, en plus d’être gênant, car mettant en exergue cette injustice sociale par son caractère exclusif des femmes, ne se justifie pas. Il y a eu un cas assez illustratif en terre malienne où un maire fut poursuivi pour détournement et remplacé par une femme. Cette dernière pendant le temps qu’elle passa à la tête de la mairie a fait accroître les revenus de la commune et restaurer la confiance des partenaires dans sa mairie.

Il pourrait être intéressant de réveiller ce leadership politique chez les femmes dès le bas âge au niveau de l’enseignement fondamental, puis mettre en place un dispositif d’éducation civique et politique pour les enfants. Dans cette approche, les filles doivent être mises en confiance et doivent diriger par alternance avec les garçons. Ce qui en plus d’ancrer une culture démocratique, fera adopter une culture politique décomplexée et sensible au genre par les enfants.

Les partis politiques doivent s’investir davantage pour faire émerger les femmes dans les positions de décisions au sein des bureaux nationaux et présenter si possible un nombre égal de candidatures féminines et masculines. Cette approche égalitaire ne doit se faire que sur la base du mérite. En effet, il n’est pas acceptable de sacrifier le mérite pour le nombre. C’est pourquoi, il est nécessaire d’assurer une formation en leadership politique et de confier des responsabilités publiques formatrices aux femmes.

Depuis bientôt 17 mois, nous sommes dans une transition politique pour le moins tumultueuse. Cette phase de la vie de la nation malienne est placée sous le signe de la refondation. Donc l’occasion pour repartir sur de bonnes bases. Dans ce sens, les femmes doivent être impliquées dans la prise de décision de manière sincère. Dans tous les cas, elles se doivent de prendre la parole par elles-mêmes et faire en sorte que leurs préoccupations soient prises en considération.

Nous sommes au bon moment pour faire passer, et à juste titre, la loi sur les violations basées sur le genre. En effet, les femmes sont quotidiennement victimes de violences physiques et morales à la maison, au travail et dans la rue. Elles n’ont point de répit ! En plus d’être martyrisées au quotidien, quand les défenseurs des droits des femmes se tiennent à côté d’elles pour réclamer une telle loi, des acteurs religieux et coutumiers leur obstruent l’accès à ce droit élémentaire. Combien de femmes devront-elles perdre la vie, la dignité et l’honneur pour leur permettre de comprendre le bien-fondé d’une telle loi ? Quand est-ce que l’État va-t-il enfin s’assumer ? En tout état de cause, les femmes n’obtiendront leurs droits qu’en se tenant debout et lutter sans gêne ni faux fuyant. Le premier pilier d’une société est fondé sur les femmes, leur refuser un droit aussi élémentaire revient à fonder un château sur une dune de sable mouvant tout en espérant qu’il ne s’effondrera pas.

« L’autonomisation économique des femmes est indispensable »

L’autonomisation économique des femmes est indispensable si nous voulons arriver à l’égalité. En effet, la dépendance pourrait créer des rapports de domination et accroître les violences sexistes.

Nous devons donc faire confiance et investir dans les entreprises féminines de toutes tailles. Dans le contexte malien, un accent doit déjà être mis sur l’accompagnement des petits et moyens exploitants intervenant dans la chaîne de valeur agroalimentaire (production, transformation, commercialisation).

Nous devons accroître la participation des femmes à la gestion des ressources naturelles. Cela conduira à une gouvernance plus juste et plus inclusive des ressources.

Selon un rapport de OHCHR, 55% des progrès réalisés en matière de sécurité alimentaire dans les pays en développement au cours des dernières décennies peuvent être attribués à des programmes qui favorisent l’autonomisation des femmes. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les agricultrices pourraient augmenter leurs rendements agricoles de 20 à 30 % si elles avaient un accès égal aux ressources productives. Cela fournirait suffisamment de nourriture pour empêcher 100 à 150 millions de personnes de souffrir de la faim et réduire la faim dans le monde de 12 à 17 %.

Il faut également accompagner les femmes dans leur processus de transition vers le digital. En effet, ce processus est incontournable pour toute entreprise. Il passe par le renforcement de compétences et la dotation en ressources digitales – équipement, logiciel etc.

La réussite dans les affaires relève d’un savoir-faire technique métier chevronné, de la confiance des investisseurs, d’une motivation et d’un moral à toute épreuve. Voilà pourquoi, il faut mettre en place un cadre d’assistance technique et financière pour l’entreprenariat féminin qui va définir et mettre en œuvre une stratégie pour accompagner techniquement et financièrement des femmes à exprimer leur potentiel entrepreneurial dans tous les secteurs économique – primaire, secondaire et tertiaire.

Dans une perspective de développement durable, Il faut passer d’un modèle économique basé sur l’épuisement à un modèle régénératif et circulaire. Les femmes peuvent jouer un rôle moteur dans cette transition.

Santé reproductive et sexuelle

La santé reproductive et sexuelle, et la santé de la mère et de l’enfant doivent être au cœur de nos préoccupations.

Chaque femme devrait avoir une bonne santé sexuelle et reproductive. Elle devrait pouvoir planifier ses grossesses, vivre ce moment en toute sécurité et donner vie en toute quiétude. Pour ce faire, il est nécessaire de mettre à la disposition des femmes dans un langage qui leur est accessible en fonction de leurs milieux, des informations précises sur les maladies sexuellement transmissibles, les méthodes de contraception, la reproduction. Elles doivent pouvoir choisir des méthodes contraceptives adaptées, sûres, efficaces, abordables.

Il est crucial que les femmes aient accès à des services qui peuvent les aider à avoir une grossesse optimale, un accouchement sécurisé et un bébé en bonne santé.

C’est affreux de constater que des femmes perdent la vie au cours de la grossesse ou encore en couche au Mali.

L’État devrait mettre en place un système d’audit des cas de décès maternel et infantile pour garantir que le médecin et le système dans lequel il opère ne commettent pas l’irréparable. En effet, la vie est sacrée, aucune erreur médicale ne devrait être acceptable et doit être sanctionnée à la hauteur de la faute selon la loi en vigueur.

Il va sans dire, que l’État doit réunir toutes les conditions pour garantir que les établissements de santé soient correctement dotés en ressources humaines et matérielles, assurant un plateau technique de haute qualité. Les praticiens médicaux doivent suivre régulièrement des formations continues. Un système de certification annuelle des établissements de santé devrait être mis en place pour autoriser la pratique de soins obstétriques par un établissement de santé.

Nous avons assez rêvé le monde égalitaire et d’équité, hommes et femmes, nous devons nous réveiller pour le réaliser de manière collégiale.

Tidiani Togola, CEO Tuwindi 

 Source: Sahel Tribune.

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