Au Mali, le taux d’accouchement par césarienne est de plus en plus élevé. Selon des enquêtes réalisées entre 2013 et 2017, le taux national est de 7 à 8%. Ce recours à la césarienne évite certes la douleur de l’accouchement, mais peut entraîner des complications pour la mère et pour le bébé. Les spécialistes nous en disent plus.

Au Mali, selon l’Enquête Démographique de Sante du Mali (EDSM IV), une femme en accouchement meurt toutes les 3 heures dans notre pays, soit presque 8 femmes par jour. Et en moyenne, 3 nouveau-nés meurent chaque heure soit 75 nouveau-nés par jour. Par définition, la césarienne est la réalisation de l’accouchement artificiel après ouverture chirurgicale de l’utérus. Beaucoup de femmes préfèrent cette méthode aujourd’hui à l’accouchement naturelle par peur des contractions.

“J’ai accouché deux fois par voie basse, mais tellement que j’ai souffert du travail d’accouchement, à ma troisième grossesse, j’ai demandé à mon gynécologue de procéder à une césarienne. Mais je le regrette sincèrement aujourd’hui parce que j’ai fait trois mois sans pouvoir rien faire comme travaux ménagers, alors qu’à mes accouchements normaux, je lave mes linges sales et ceux du bébé seulement le lendemain de mon accouchement”, a déclaré une mère, avant de déconseiller la césarienne à toutes les femmes si ce n’est sur indication du médecin.

Selon Souma Kodio, gynécologue-obstétricien au centre de santé de référence de la commune III du district de Bamako et chef de service adjoint de la maternité, les dystocies mécaniques et les dystocies dynamiques peuvent conduire à réaliser une césarienne ou une pathologie qui se trouve au niveau de la mère ou au niveau du fœtus.

“En termes de dystocies mécaniques, nous avons les bassins rétrécis, les bassins limites, les kystes et les myomes. Nous avons aussi des indications liées au fœtus et à ses annexes tels que les placentas, soit parce qu’il est très hémorragique au cours du travail et l’hématome est très placentaire si le fœtus est mort ou vivant et que l’état de la mère est instable”, décrit le spécialiste avant de poursuivre : “Nous avons également la procidence du cordon qui est d’urgence obstétricale extrême sauf si le fœtus est mort, aussi la voix basse est éminente. Il y a aussi les présentations particulières. Il s’agit de la présentation de l’épaule, du front, face postérieure, mal fléchi et la présentation de siège. On procède aussi à une césarienne s’il y a une cicatrice, une macrosomie ou une souffrance fœtale chronique avec un retard de croissance utérin. Il y a également le facteur de multiples grossesses en plus des indications liées à l’état général telles qu’une anomalie et des légions de la voie basse comme le cancer du col de l’utérus, les diaphragmes transversaux du vagin, la fistule resto vaginale ou urinaire traités chirurgicalement. Nous avons aussi les pathologies tenant à une pathologie associée à la grossesse comme c’est le cas de l’hypertension artérielle qui peut donner une éclampsie”, explique Dr Souma Kodio, gynécologue-obstétricien.

Le chef de service adjoint de la maternité du Centre de santé de référence (Csréf) de la commune III du district de Bamako rassure qu’il y a plus d’accouchement par voie basse que par césarienne dans leur CSréf. “En 2018, sur 3 200 accouchements, il y a eu 651 par césarienne. En 2019, il y a eu 795 césariennes sur 3 409 accouchements et en 2020, 800 césariennes sur 3 599 accouchements”, notifie-t-il.

A la question de savoir pourquoi il y a beaucoup plus de césariennes aujourd’hui, le gynéco-obstétricien répond : “Avant, il n’y avait pas beaucoup de compétences en termes de spécialistes. Dans le temps, les femmes passaient deux semaines dans les hôpitaux après la césarienne, mais maintenant en 48h elles peuvent rentrer parce que la technologie a évolué”, martèle-t-il.

Au Mali, la gratuité de la césarienne a vu le jour en 2005 pour réduire le taux de mortalité maternelle et infantile. Elle permet non seulement de sauver la vie de la parturiente, mais aussi celle de son bébé lorsqu’elle est réalisée à temps.

La politique du gouvernement malien sur la gratuité de la césarienne consiste à prendre en charge l’acte chirurgical, le kit opératoire et le traitement post opératoire même en cas de complication et dans tous les établissements publics.

A en croire Dr Kodio, le kit envoyé par l’Etat est incomplet, raison pour laquelle les gens déboursent de l’argent pour payer le complément, les ordonnances, les frais d’hospitalisation et d’autres médicaments en cas de complication.

Malgré la mise en œuvre de la subvention de l’Etat, le taux de mortalité maternelle et et celui néonatal demeurent toujours élevés, selon les résultats de l’Enquête Démographique de Santé du Mali (EDSM IV).

Le gynéco-obstétricien ne partage cet avis. “C’est une pathologie sous-jacente qui fait qu’on va à la césarienne, par exemple avec l’hypertension artérielle sévère de la femme enceinte, il peut y avoir des complications lors de la césarienne qui cause la mort. Dans ce cas, ce n’est pas la césarienne qui a causé la mort, mais plutôt l’hypertension et les gens ignorent ce côté sinon le taux de mortalité maternelle et infantile de la césarienne n’est pas du tout élevé“, signale Dr Souma Kodio, gynéco-obstétricien.

Aux dires de Dr Kodio, la césarienne n’est pas sans risques. Les risques peuvent être anesthésiques ou pendant l’extraction du fœtus. Il peut aussi y avoir une déchirure qui peut conduire à une hémorragie ou une infection de la plaie opératoire.

Un anesthésiste ajoute que l’Etat, dans son kit, n’envoie que l’anesthésie générale, ce qui n’est pas nécessaire pour toutes les opérations et c’est dangereux aussi pour les bébés parce qu’il faut procéder à une réanimation pour les réveiller.

Les spécialistes invitent les femmes à ne plus avoir peur de la césarienne parce qu’il y a plus de personnel soignant qualifié pour réaliser la césarienne dans les règles de l’art. “Les médecins n’opèrent pas pour opérer, mais on le fait parce qu’il y a des indications dans ce sens.

Les médecins maliens sont compétents et ils font ce qu’ils peuvent pour pouvoir sauver la vie de la mère et de l’enfant”, conclut Souma Kodio, gynécologue-obstétricien au Centre de santé de référence de la commune III du district de Bamako et chef de service adjoint de la maternité.

Il faut retenir que la femme qui est à son premier accouchement, le travail d’accouchement varie entre 8 à 12 heures, alors que la femme qui a accouché 2 à 3 fois, la durée du travail est de 6 à 8h de temps. Au-delà des 12 heures, cela veut dire qu’il y a une anomalie dans l’évolution du travail d’accouchement que les médecins doivent déterminer afin de savoir s’il faut résoudre le problème avec les médicaments ou avoir recours à la césarienne.                 

 Marie  DEMBELE

Source: Aujourd’hui-Mali

 

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