Diéma, 26 juil (AMAP) Dans le cercle de Diéma, la solidarité et l’entraide désintéressées du temps de nos grands-parents, où le bien matériel, tant convoité de nos jours, avait peu de place dans les relations sociales, ont vécu. Ainsi, de nombreuses femmes, des villes autant que des campagnes, apportent des soutiens (financiers comme matériels) lors des mariages et baptêmes, en espérant obtenir un remboursement de la bénéficiaire de leur appui. Comme l’illustre un proverbe bambara usité fréquemment en milieu féminin : « Gnogon badoun dé bé souya diya’’, que l’on peut traduire par : « Si tu manges ma mère, je mange la tienne. C’est ce qui nourrit la compagnie des sorciers ».

Dans cette localité, dans l’Ouest du Mali, la pratique jugée non orthodoxe, est surtout entretenue par des femmes de fonctionnaires. « Si j’offre un cadeau de mariage ou de baptême à quelqu’un, je dis à ma fille de noter dans un cahier afin que je n’oublie pas», déclare Sato Sidibé.

Une dame installée à même le sol,  prend part à la conversation : « Je gagne mon argent à la sueur de mon front. Celle qui m’aide lors de mes cérémonies, j’en ferai autant si elle en a. Si je ne le fais pas, je ne serais pas tranquille avec ma conscience».

Bekaye Traoré, notable à Dianguirdé, témoigne : « Chez nous,  les femmes n’ont pas adopté une telle pratique. Du moins, elle est rare. Si elles contribuent aux cérémonies sociales des sœurs, amies ou voisines, c’est sans arrière-pensées. Elles n’exigent jamais rien en retour ».

« Dans la plupart des cas, les contributions sont en nature (du mil, des ustensiles en plastique ou des pagnes. On donne rarement de l’argent. Une femme, qui reçoit des soutiens, n’ose jamais les mentionner dans un cahier », souligne Traoré.

Dans ce milieu bambara, ce n’est pas l’argent qui compte mais plutôt  la personne humaine. C’est pourquoi, même si une femme n’a rien, cela ne l’empêche pas de se rendre à une  cérémonie. Sa présence physique suffit. Elle vaut mieux que tout l’or ou l’argent du monde. Ici, c’est la solidarité et l’entraide qui prévalent entre les femmes. Nulle ne peut s’en extraire, par crainte de déshonorer sa famille voire toute sa lignée.

Jointe au téléphone, Aminata Magassa, qui dirige un centre d’alphabétisation, soutient, aussi, que cette pratique est surtout fréquente chez des femmes de fonctionnaires. « En milieu soninké, poursuit la dame, les choses ne se déroulent pas de la même manière. On n’écrit rien dans un cahier. Lors d’un mariage, les femmes, chacune selon ses possibilités, apportent quelques ‘moudes’  (mesure qui équivaut à 3 kg) de mil ou d’arachide, un peu de pagnes, de ustensiles en plastique, etc. pour aider la mère de la nouvelle mariée », explique-t-elle.

Mais avant, l’argent que cette dernière reçoit de son beau-fils comme ‘’Minankolonwari’’ (argent pour le trousseau) est partagé. La femme, qui reçoit sa part de cette somme, doit obligatoirement contribuer lors du mariage.

MARCHANDISATION – Conscients de l’ampleur du phénomène, Seydou Camara, secrétaire général du Conseil de cercle et Cheickné Konté, président du Conseil local de la jeunesse, voient, tous les deux, d’un mauvais œil cette pratique qui, selon eux, est une forme de tontine.

Ils l’ont fait savoir lors d’une émission sur les antennes de la Radio Jamana, conduite par l’animateur, Amadou Lah. Selon les deux responsables locaux, le mariage et le baptême, c’est du donnant-donnant aujourd’hui. « Il faut rompre avec ce système mercantile qui ternit l’image de notre société, pourtant si structurée par le passé », estiment-ils en chœur.

« On doit, ajoute M. Camara, montrer le bon chemin à nos enfants ». Les deux intervenants proposent la sensibilisation pour un changement radical  de comportements.

Assa Diallo, femme de fonctionnaire, ne mentionne rien, elle enregistre tout dans sa mémoire. Mais la dame affirme qu’elle n’impose rien à quelqu’un.

Depuis le jour où son « créancier » est venu l’humilier en présence de son mari et de ses enfants, cette femme, qui préfère l’anonymat, a juré de ne plus s’endetter pour soutenir qui que ce soit.

Compte tenu de son âge, la vieille Fanta Tounkara, ne contribue plus aux cérémonies de mariage ou de baptême. Tous ses enfants ont fondé leur propre foyer. Elle a remis le flambeau à ses brus.

Houley Doucouré ne se contente pas de faire des soutiens, elle participe personnellement,  quasiment, à toutes les cérémonies. L’idée de remboursement est inadmissible pour cette dame qui argue qu’ « un bienfait n’est jamais perdu… »

La gargotière Mariam Traoré apprécie la pratique. Cette fille donne sans compter, chaque fois qu’elle est sollicitée. Même pour le cas des épouses de fonctionnaires, qui partent, souvent, quand leur mari est muté, Mariam ne fait pas d’objections.

Chaque fois qu’on l’informe d’un mariage ou un baptême ou tout autre évènement, même si elle n’a pas d’argent, elle s’efforce de faire acte de présence. « Ce n’est pas une perte, dit-elle, Dieu saura récompenser au moment venu ».

Fière, Horié Koné, l’était le jour du mariage de sa fille. Une montagne de cadeaux (tasses, pagnes, couvertures, etc.) s’élevait lors de la cérémonie. Les contributions sont venues de partout. Parents, amies, proches et connaissances ont apporté leurs présents de nature était diverse. Les griottes dans l’euphorie verbale, n’arrêtaient pas de faire les louanges de Horié, qui selon elles, n’est jamais avare de contribution.

Chaque fois qu’on l’informe d’un mariage ou d’un baptême, Walé Sacko, puise dans le trousseau de mariage de sa fille qu’elle a mis des années à constituer.

Bambi Coulibaly, elle, regrette la perte du papier sur lequel elle avait écrit les noms de ses contributeurs. Elle se demande comment parvenir à  identifier toutes ces femmes qui lui ont fait des donations.

ANECDOTE – Ramata Kanté, membre de l’association ‘’Kotognogon Tala’’, raconte : « Dans notre association, si une femme a une cérémonie (mariage, baptême ou décès), nous cotisons, chacune, 2.500 F CFA pour l’aider. En marge de cette cotisation, chacune est libre d’offrir à l’intéressée un présent, en fonction de ses moyens ». En la matière, elle raconte une petite anecdote. Une femme a accouché. Son amie lui a donnée 10 mètres de basin riche, en guise de cadeau lors du baptême. Tout le monde en a été impressionné. Ce geste  de générosité était sur toutes les lèvres.

Avant la fin de la quarantaine, la pauvre dame est décédée. Lorsque son amie a appris la triste nouvelle, elle en été terriblement affectée. Elle a songé à son basin qui, selon elle,  ne sera jamais remboursé, avec cette  brusque disparition. Il lui arrivait de pleurer  à chaudes larmes pour contenir sa déception.

Une nuit donc, le mari de la défunte a rêvé que son épouse était venue lui  dire d’ouvrir sa malle, de prendre le basin et de le restituer à son amie en question. Ainsi, à son réveil le matin, le mari a fait ce que feue, son épouse, lui a dit en songe. Il a ouvert la mâle, pris le basin et partit le remettre, main à main, à  sa propriétaire qui accepta le tissu sans un mot.

OB/MD (AMAP)

MaliwebSociété malienne
Diéma, 26 juil (AMAP) Dans le cercle de Diéma, la solidarité et l’entraide désintéressées du temps de nos grands-parents, où le bien matériel, tant convoité de nos jours, avait peu de place dans les relations sociales, ont vécu. Ainsi, de nombreuses femmes, des villes autant que des campagnes, apportent des...