Au Mali et surtout à Bamako, la circulation routière est devenue le reflet parfait du degré d’éducation civique des usagers. Incivisme, impatience, disputes, accrochages, la circulation de la ville de Bamako est devenue tout simplement un désordre où les plus forts offensent ou vilipendent les plus faibles à longueur de la journée. Parfois sans aucun respect du code de la route, ni courtoisie, ces indisciplinés ont toujours laissé derrière eux des victimes et les usagers les plus exposés sont bien les personnes vivant avec handicap. Reportage ! 

Nous sommes le 13 mai 2022 aux environs de 10 heures sur l’Avenue Cheik Zayed, au quartier Hamdallaye en Commune IV du District de Bamako. Un jeune, sur une moto Jakarta décapotée, fait sa parade en pleine circulation avec la roue avant à l’air. Agé d’environ trente ans, le jeune force la circulation et disparaît, sans courtoisie. Au même moment, d’autres usagers, n’ayant pas eu d’autre choix que de lui céder le passage, ne cachent pas leurs mécontentements. « Et pourtant, on nous a toujours dit que cette pratique était interdite dans la circulation au Mali », lance un usager un peu remonté. Un autre moins âgé réplique : « Je les vois tous les jours dans la circulation. Le pire est que certains provoquent même des accidents et refusent de s’arrêter. »

Face à ces comportements, les usagers les plus exposés aux accidents de la circulation, restent les personnes vulnérables, dont celles vivant avec handicap physique, mais qui ont la capacité de conduire les tricycles. Salariés ou autres travailleurs, ces personnes vulnérables qui se battent au quotidien pour gagner dignement leurs pains, en évitant d’être une charge et dont la plupart ont d’ailleurs des familles à nourrir, circulent la peur au ventre. « En vérité, les autres usagers de la route ne nous considèrent pas dans la circulation. Nous avons l’impression que les voies publiques ne sont faites pas pour nous les vulnérables circulant à bord de tricycles. Dans les embouteillages, les tricycles n’ont pas de voies. Sur la piste réservée aux motocyclistes, aucune chance ne nous est donnée pour y circuler, parce que nous sommes moins rapides et il ne faut pas oser aller sur la voie réservée aux véhicules. Finalement, nous ne savons même plus où circuler et pourtant nous avons les mêmes droits que les autres usagers », nous confie Zeïnab Koné, une femme vivant avec handicap.

Selon elle, certains usagers bien portants n’ont aucune forme de courtoisie envers les personnes vulnérables. « Parfois, à cause de notre lenteur, certains usagers forcent même le passage sachant bien qu’ils n’ont pas du tout la priorité.  D’autres, très nerveux, nous profèrent parfois des injures », ajoute-t-elle.

Des mesures de protection en cours

Considérés comme étant également des usagers de la route, les non-voyants ont aussi leurs réalités. Ousmane Sidibé, un non-voyant, déplore surtout l’impatience et l’insouciance de certains usagers. « Il y a des gens qui pensent que chacun doit pouvoir s’occuper de lui-même dans la circulation. Pourtant, personne n’a choisi d’être handicapé. Les gens doivent donc être un peu plus patients, plus tolérants, plus solidaires et surtout courtois avec nous. Certes, nous ne devons pas être là sur la route comme ça, mais parfois des situations nous obligent à sortir sans un guide. En général, les non-voyants utilisent la canne blanche, mais combien de Maliens connaissent cela ?  Il n’y a pas très longtemps, j’ai failli me faire renverser. La circulation, selon ce que j’entendais, n’était pas très dense, alors, j’ai décidé de me débrouiller seul parce que mon guide était indisponible. A ma grande surprise, je me suis retrouvé face à une Jakarta qui m’a un peu percuté », explique-t-il.

Pour Zoumana Mounkoro, point focal de la Fédération malienne des associations de Personnes handicapées (FEMAPH), à l’Agence nationale de la sécurité routière (ANASER), des efforts sont en cours pour protéger les personnes vivant avec handicap contre les accidents de circulation. Il insiste surtout sur l’application stricte des textes relatifs à la protection des personnes vivant avec handicap. « Aujourd’hui, nous pouvons dire que ça va un peu, parce que des efforts sont en cours pour la protection des personnes vivant avec handicap. Lors de la 11ème édition de la Journée mondiale de la courtoisie organisée ici à la Fédération malienne des associations de Personnes handicapées, il y a eu beaucoup de sensibilisation et que ce soit avec la ministre Mme Dembélé Madina Sissoko ou encore avec la directrice de l’ANASER, Mme Doumbia Diadji Sacko, nous avons beaucoup mis l’accent sur la courtoisie, mais aussi sur la loi conformément  au Code de la Route, qui, en son article 85 alinéa 2, prévoit la protection des personnes handicapées », nous explique-t-il.

En attendant de voir ces mesures effectives, Zoumana Mounkoro a invité les usagers de la route à accorder une attention particulière aux personnes en situation de handicap qui ont des difficultés motrices.

Aujourd’hui, ce qui est donc évident, c’est que le respect et la protection des personnes vivant avec handicap doivent être un devoir pour tous dans la circulation routière. La route étant un bien commun, la courtoisie doit être alors la devise de tous ceux qui l’utilisent.

Amadou Kodio

Source : Ziré

MaliwebSociété
Au Mali et surtout à Bamako, la circulation routière est devenue le reflet parfait du degré d’éducation civique des usagers. Incivisme, impatience, disputes, accrochages, la circulation de la ville de Bamako est devenue tout simplement un désordre où les plus forts offensent ou vilipendent les plus faibles à longueur...