Il a le doigté nécessaire pour donner à ces matériaux de multiples formes et éclats afin d’en faire des objets d’art. Le talent de ce natif de Kidal lui a ouvert de nombreuses portes

 

Malgré son joli bazin en trois pièces de couleur beige, avec un turban blanc sur la tête, l’artisan à la quarantaine révolue tient à faire la démonstration de la fabrication d’une pièce en cuir. C’était au siège de l’association dénommé Atelier bijoux nomade sise à Kalaban coura ACI. Sur un morceau de carton, il dessine un certain nombre de figures géométriques à l’aide d’un stylo et d’une règle en fer blanc. Puis, il l’achève avec un arc de cercle à la main, preuve de sa dextérité si besoin en était. Il le découpe au cutteur. Un morceau de cuir préparé à l’avance est collé minutieusement sur le carton en prenant soin de faire ressortir toutes les figures géométriques qu’il venait de découper.

Sur quatre des doigts de la main gauche, des traces ressemblant parfois aux figures qu’il venait de faire sur le carton. Quand on lui fait la remarque sur ces cicatrices, il dit que ce sont les risques du métier, l’outil de découpe choisi parfois le doigt au lieu de la matière, ironise-t-il. Mohamed Ag Hamza travaille ainsi les peaux de mouton, de chameau ou de chèvre, du bois et parfois du fer depuis près de trente ans. « J’ai hérité l’artisanat de mes aïeux », raconte celui qui pense même avoir cela dans son sang.

Ce natif de Kidal a bourlingué à travers le monde : du Burkina à la Chine en passant par Maputo au Mozambique, Yaoundé et Douala au Cameroun, la France, où il a exposé dans une dizaine de villes. Il a séjourné aussi à Rome et Milan en Italie, à Berlin, à Munich en Allemagne, à Bruxelles et Namur en Belgique, à Madrid et Barcelone en Espagne, à Prague en République Tchèque, à Philadelphie et New York aux états-Unis. C’est en 2005 qu’il a eu le déclic quand il remporta le Prix de la première dame au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) avec un tapis traditionnel fait entièrement en cuir.

Entrée à l’école en 1985 à Kidal, Mohamed et sa famille ont dû quitter cette ville en 1991 à cause de la rébellion qui venait d’éclater pour se réfugier au Niger. C’est pourquoi, dit-il, il a dû abandonner l’école. C’est au retour à Kidal qu’il commença véritablement l’apprentissage de la bijouterie auprès de son père. En effet, précise-t-il, chez les forgerons, les parents estiment que l’enfant doit d’abord aller à l’école pour apprendre à connaître le monde avant de se lancer dans ce métier.

FORMATION- Le jeune Mohamed apprend tous les rudiments de la forge. Tous les métiers de la forge sont l’apanage des hommes, précise-t-il. Quant à la cordonnerie, elle est réservée aux femmes. Plus tard, c’est avec sa mère qu’il apprend le métier des peaux et cuirs. Il ira ensuite se perfectionner chez son oncle Sidi Ahmed qui est un maître reconnu dans ce domaine à Kidal. Ce dernier lui apprend pendant un an de nombreuses techniques traditionnelles et la manière de faire certains motifs. La rigueur, la perfection et surtout l’amour du beau sont des exigences de ce métier.

C’est en 1998 qu’il commence à travailler à son propre compte. Les conditions de vie et de travail étaient devenues difficiles à Kidal. Comme d’autres jeunes artisans, il vient à Bamako chaque année pendant quelques mois pour gagner un peu d’argent puis retourne auprès des siens. En 2000, Mohamed fait une bifurcation vers Ouagadougou au Burkina Faso.

Cette année-là, il gagne mieux que les autres fois où il est venu à Bamako. L’année suivante, il décide de poursuivre le trajet jusqu’à Douala, puis à Yaoundé au Cameroun. Cela lui réussit, car il y rencontre des clients de plus en plus exigeants et au goût assez différent de ceux pour lesquels il avait l’habitude de travailler. C’est aussi cela la particularité du métier des peaux et cuirs : il n’y a pas de limite à la créativité et au type de travail ou d’œuvre à exécuter. Le cordonnier peut confectionner toutes les œuvres qu’on peut lui demander.

En 2002, il décide de participer au SIAO avec beaucoup d’objets qu’il avait fabriqués au préalable. C’est là où il obtient son prix de la Première Dame du Burkina Faso. Ce tapis en cuir de deux mètres de longueur sur 1,20 mètre de largeur de couleur rouge a été fabriqué avec la technique traditionnelle de décoration. Il s’agit de petits traités individuellement et qui sont par la suite rassemblés au fil en peaux. Un travail très contraignant qui requière à la fois de la concentration et du temps, car sa réalisation peut prendre un mois. « Cela m’a ouvert l’esprit et m’a permis de prendre conscience des possibilités que ce métier peut offrir à travers le monde », déclare-t-il.

Et en 2005, Mohamed s’installe définitivement à Bamako à la demande des membres de leur association d’artisans. Il gère ainsi le Souk des artisans de Kidal à la Maison des artisans de la capitale. Sur le plan technique, il commence à associer le cuir, le bois et le métal dans une même œuvre à partir de l’an 2000. Les sacs, les pendentifs, les boucles d’oreille, les étuis de téléphone, le plateau pour les verres à boire, les pieds de lampe de chevet, les boîtes de thé et de bijoux prennent d’autres formes et éclats. Puis, vient l’habillage des tables de bureaux, l’encadrement des portes et l’habillage des battants constituent des œuvres de grandes valeurs. Ces derniers peuvent coûter jusqu’à 250.000 Fcfa l’unité.

Il y a aussi des clients qui souhaitent avoir tous le cuir et le métal sur leurs encadrements de porte ce qui coûte souvent plus cher. Mais, précise-t-il, cette demande vient surtout de nos compatriotes. Il est difficile de les transporter dans d’autres pays notamment en Europe où certains apprécient beaucoup ces œuvres de décoration d’intérieur.

Mohamed affirme avoir réalisé beaucoup de ventes lors des Fêtes de l’artisanat et du tourisme que le ministère de l’Artisanat et du Tourisme organisait annuellement à Paris en France. C’est également pendant ces sorties qu’il a connu de nombreux clients. Parmi ces derniers, il y a en a qui continuent à faire des commandes ou même à l’inviter dans d’autres villes françaises ou même en Italie. C’est d’ailleurs par l’intermédiaire de clients français qu’il a été invité à Maputo au Mozambique en début 2020. Au bout de quinze jours dans ce pays africain, il réalisa l’un de ses derniers plus gros marchés avant les fermetures dû à la Covid-19.

L’avenir de Mohamed s’inscrit dans la formation. Il pense qu’il a un devoir de transmettre ce que ses parents lui ont appris. Cette expérience glanée au fil des ans à travers les marchés et les contacts lui ont fait comprendre que le Mali est aussi un pays unique : riche et divers.

Y. DOUMBIA

Artisanat touareg : Langage des signes

L’artisanat touareg regorge d’une multitude de signes qui lui confèrent un charme particulier. La richesse et la variété de ces signes ne facilitent pas leurs lectures. C’est ainsi que Mohamed Ag Hamzata nous éclaire sur certains aspects. Ainsi, on rencontre très souvent la Patte de chameau, une succession de centaines de demies cercles en forme de zig zag. Très souvent, il orne les bordures des tableaux, tapis ou œuvres de forme plate. Il y a ensuite la Clé du désert. C’est un morceau de métal ayant la forme d’un cadenas sur lequel sont imprimés de nombreux signes.

Les femmes attachent cette clé au bout de leur voile, un habit qui est simplement noué autour du corps, qu’elles jettent dans leur dos. Le poids de l’objet empêche le vent de soulever leur habit. La clé joue aussi une fonction d’orientation à travers les signes qui sont inscrits. D’abord, les étoiles qui permettent au voyageur touareg de se retrouver quand il est perdu dans le désert. Les dunes, un relief en forme d’icône peut servir dans un milieu hostile. Il y a aussi les oasis, les points d’eau, entre autres.

Dans ce cas, c’est le mode d’utilisation qui s’est transformé : si au départ la clé du désert était portée par les femmes touareg en clé de voile, en pendentif, en pendant d’oreille ou accrochée à la coiffure, elle est aujourd’hui réalisée principalement pour des non-touareg toujours comme pendentif, mais aussi sous forme de petites boucles d’oreilles, de porte-clés, de décapsuleurs, ou encore de broches, de barrettes à cheveux, de bagues ou de bracelets.

Ce pendentif formé d’un losange surmonté d’un cercle orné de deux petites « antennes », et dont les trois autres extrémités se terminent par un bouton conique est aujourd’hui le bijou touareg le plus connu au monde ; sa forme est passée dans le domaine de la culture populaire, puisqu’elle est reproduite dans différentes parties du globe par des Touareg et des non-Touareg .

En adaptant une bonne partie de leur production à la demande de leurs clients occidentaux, les forgerons touaregs ont été les principaux acteurs dans la reconnaissance de leur savoir-faire de par le monde. Par ce biais, ils ont largement participé à populariser cet objet ainsi que ses sœurs en leur conférant un statut privilégié d’émissaires visuels du monde touareg.
Rappelons que les Touareg occupent un territoire immense qui traverse le Sahara du nord au sud en s’appuyant sur des massifs montagneux (Tassili, Hoggar, Aïr et Adrar). Ils se désignent eux-mêmes comme Kel tamasheq, « ceux qui parlent la langue touareg », montrant que leur dénominateur commun est une même culture et avant tout une même langue.

Y. D.

Source : L’ESSOR

MaliwebCulture
Il a le doigté nécessaire pour donner à ces matériaux de multiples formes et éclats afin d’en faire des objets d’art. Le talent de ce natif de Kidal lui a ouvert de nombreuses portes   Malgré son joli bazin en trois pièces de couleur beige, avec un turban blanc sur la...