C’est une levée de boucliers spontanée pour dire NON qui a accueilli le projet découpage territorial soumis unilatéralement, sans les communautés, par le gouvernement, qui faisait hier objet de restitution partout sur l’ensemble du territoire national. Faut-il craindre un projet mort-né du fait d’une précipitation qui s’explique par la pression de la communauté internationale ?

 

Sur le terrain, les populations qui ont été superbement ignorées n’entendent pas avaler la couleuvre et le font savoir.
Le ‘’Collectif Tombouctou’’ réclame ses droits à organiser ce vendredi matin un sit-in pour dire non au projet de redécoupage avant d’être chargés et repoussés par les forces de défense utilisées illégalement pour le maintien d’ordre.
Le Collectif portait le message des populations qui disent « honte» aux représentants qui ont préféré les miettes à la vérité. Le peuple de Tombouctou rejette le document de découpage, un torchon qui veut mettre le feu entre les populations.
De leur côté, dans deux communiqués publiés le jeudi 29 avril au soir, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plateforme des Mouvements du 14 juin 2014 d’Alger disent avoir appris via les réseaux sociaux la circulation d’un document portant sur la réorganisation administrative et territoriale produit unilatéralement et en catimini par les services du ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation (MATD).
Les Mouvements signataires, tout en prenant à témoin l’opinion nationale et la communauté internationale de l’unilatéralisme de l’opération, tiennent à affirmer que cette mascarade, faite en catimini et à la va-vite par les soins du département de l’Administration territoriale ne peut aucunement prospérer, mieux, elle ne saurait les engager, encore moins s’imposer aux populations de l’Azawad. Les deux principaux signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger qui contrôlent toute la partie nord du pays rejettent irrévocablement ce document comme nul et non avenue en l’état actuel.
La CMA et la Plateforme demandent au Gouvernement de surseoir à cette opération en attendant de larges concertations afin de recueillir l’avis de toutes les populations concernées.
Pour la paix sociale les deux mouvements lancent un appel aux autorités de la transition, en charge des questions de la réorganisation administrative et territoriale à privilégier la voie de la concertation inclusive et du consensus à la place du fait accompli, seule issue pour éviter de remettre en cause des acquis de plusieurs années, au prix d’énormes sacrifices.
Sur le terrain, les manifestations de protestation deviennent virales. Léré, Rharous et bientôt plusieurs autres localités prendront le train de la contestation de ce découpage administratif ou territorial qui, visiblement, ne satisfait pas les populations.
Comment en est-on arrivé là ? Le ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales (MATCL) rendait les ‘’résultats des travaux du groupe d’experts chargé du découpage administratif (réf décision n°00183/MATCL DU 06/12/2005’’. Ce qui revient à dire qu’il s’agit d’un processus qui est en cours depuis 2005.
Puis, il y a eu la réforme qui a été engagée par la loi no 2012-017 du 2 mars 2012, adoptée sous Amadou Toumani TOURE, qui prévoyait d’ores et déjà le passage de 8 régions à 19 et planifiait une réorganisation progressive sur cinq ans.
En octobre 2018, un document présenté comme un avant-projet de loi sur la décentralisation « fuite » sur les réseaux sociaux. Il prévoit le passage de 10 à 19 régions composées de cercles, qui deviennent des « collectivités territoriales de cercle » et dont le nombre passe de 60 à 104. Le district de Bamako conserve son statut particulier et sera, lui, divisé en 10 communes urbaines – au lieu de 6 actuellement.
Tollé général. Car si la majorité des Maliens considère que ces réformes sont indispensables, nombreux sont ceux qui demandent à ce qu’un dialogue inclusif leur soit consacré. Les uns dénoncent un redécoupage favorisant les régions du Nord, peu peuplées, dont certaines compteraient plus de cercles que celles du Sud.
Les autres estiment que la multiplication du nombre de régions et de cercles sera budgétivore et proposent, au contraire, la suppression d’un échelon territorial. Beaucoup s’inquiètent des incidences du redécoupage sur les modes de scrutin et sur le code électoral, en particulier concernant les législatives, pour lesquelles les circonscriptions sont « constituées par les cercles et les communes de district ».
Face à la polémique, le gouvernement, sous la houlette du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (MATD), a organisé des conférences régionales du 13 au 17 novembre 2018.
« Nous aimerions combiner l’effectif de la population à la superficie du territoire, faire en sorte que la région soit la circonscription électorale et passer à la proportionnelle afin de permettre une meilleure représentativité. Un cercle ne serait donc plus systématiquement égal à un député », avait expliqué Babahamane MAIGA, le Secrétaire général du MATD.
Actuellement, les Gouverneurs des 19 régions sont nommés, même si l’opérationnalisation desdites régions demeure toujours la croix et la bannière.
Dans ce conteste de récrimination face à une invasion militaire du champ administratif, le découpage mal inspiré s’imposait comme une urgence aux autorités de la Transition sous la pression de la Communauté internationale qui a exigé un chronogramme électoral clair, ainsi qu’un redécoupage administratif, question de se conformer aux engagements pris dans l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : INFO-MATIN

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C’est une levée de boucliers spontanée pour dire NON qui a accueilli le projet découpage territorial soumis unilatéralement, sans les communautés, par le gouvernement, qui faisait hier objet de restitution partout sur l’ensemble du territoire national. Faut-il craindre un projet mort-né du fait d’une précipitation qui s’explique par la...