Dans une interview qu’il a bien voulu nous accorder, Daby Sissoko, un Malien établi en Espagne, revient sur ses démêlées avec le Centre de santé communautaire de Kalaban Coura où il a été éconduit avec son épouse pour avoir réclamé un reçu contre l’achat d’un carnet de santé. Ce n’est pas tout, il soutient qu’un Tribunal de Bamako a refusé également de lui délivrer une plainte pour la simple raison qu’il a exigé également un reçu contre le paiement de 5.250 FCFA, représentant les frais de la plainte.

Aujourd’hui-Mali : Pouvez-vous nous expliquer votre différend avec le Centre de santé communautaire de Kalaban Coura ?

Daby Sissoko : Différend, c’est trop dire, mais il y’a des choses qui se passent au Mali que je trouve incompréhensibles pour un pays qui veut lutter contre la corruption. A titre d’exemple, mon épouse est en état de grossesse très avancé, je l’ai conduite récemment au centre de Santé de Kalaban Coura pour les consultations de routine.

Arrivée sur place, les agents de santé nous ont vendu le carnet de santé à 3000 F CFA. Après payement, j’ai demandé toute fois si je pouvais avoir un reçu. Ils ont refusé  avec pour argument  qu’ils n’ont jamais délivré un reçu contre un carnet de 3000 FCFA. Lorsque j’ai exigé,  ils m’ont retiré le document en mes restituant les 3000 FCFA. Ce n’est pas tout, ils m’ont éconduit du centre avec mon épouse. Très surpris par l’attitude  de ces agents de santé, j’ai cherché à voir le médecin chef, qui curieusement était du même avis que ces agents. Très remonté par leur attitude, j’ai foncé droit au commissariat de police du 4è Arrondissement. Là-bas, les policiers m’ont dit de prendre plutôt attache avec le Tribunal de la Commune V.

Vous avez laissé tomber l’affaire ou bien  vous êtes partis au Tribunal ?

Pourquoi laisser tomber, je suis parti dans un tribunal que je ne vais pas citer, mais ma déception a été  plus grande encore. Parce que, au niveau de l’accueil,  les gardes m’ont proposé d’aller soigner ma femme dans un autre centre de santé au lieu de persister sur cette affaire. J’ai refusé leur proposition, car je veux que justice soit faite pour la simple raison que dans un pays soucieux du bien-être de sa population, est-ce qu’on doit refuser de soigner un malade parce qu’il a réclamé un reçu qui pour moi est un droit. Face à mon insistance, les agents du Tribunal de la Commune V m’ont conduit chez une dame, qui m’a été présentée comme étant le  Procureur.

Cette  dernière  ma suggéré aussi de fermer les yeux sur l’attitude des agents de santé. Les propos du Procureur m’ont choqué,   je lui ai  répondu qu’avec de telle attitude  on ne pourra pas lutter contre la corruption et la délinquance financière au Mali. Sentant à son tour mon insistance, elle  m’a demandé d’aller prendre la plainte avec un de ses collaborateurs. C’est en ce moment que j’ai su que je n’étais pas encore au bout de ma peine pour la simple raison que ce monsieur a demandé aussi de payer 5 250 F CFA comme frais de la plainte. Et là-bas également, pas de reçu après payement. Celui qui établit les plaintes sachant après que je vais demander  pertinemment un reçu,  a refusé à son tour de me donner la plainte.

Que comptez-vous faire maintenant?

En tout cas le combat que je suis en train de mener dans cette affaire doit être celui de mes compatriotes et des autorités si réellement nous voulons lutter contre la corruption et la délinquance financière. Car, quand on débourse de l’argent pour une prestation dans  un service public ou privé, le minimum c’est d’avoir un reçu. Si les dépenses de ma famille doivent être remboursées à mon retour en Espagne comment je pourrai les justifier. Et aussi, comment l’Etat pourra faire la traçabilité de tous ces fonds qui sont perçus à longueur de journée dans l’administration sans reçus.

C’est pourquoi, j’invite les autorités de la transition de ne pas se limiter seulement aux slogans dans la lutte contre la corruption, mais de passer réellement aux actes. Et passer aux actes, c’est combattre ces genres de pratiques. Il est évident que tant que je serai confronté à des situations pareilles, je vais continuer à les dénoncer car, dans cette affaire ni la justice, ni la police n’ont voulu me mettre dans mes droits.

Propos recueillis par Kassoum THERA

Source: Aujourd’hui-Mali