Entre les villages de Kamini et Tiékala, dans la Région de Koulikoro, près d’une vingtaine de caïlcédrats centenaires ont été abattus à des fins commerciales

 

Celui qui a planté un arbre avant de mourir, n’a pas vécu inutile, dit l’adage. Comment juge-t-on celui qui coupe les arbres plantés par ses ancêtres ? Un cas condamnable, tout court. Ce comportement assimilable à une transgression des normes sociales, est reproché au maire de la Commune rurale de Dinandougou, Oumar Haïdara par la chefferie traditionnelle et des habitants de certains villages de sa commune, notamment Kamini et Tiékala. Le chef de village de Kamini, Mamary Diarra, dirige la fronde contre l’abattage des pieds de caïlcédrats. Il avait été informé par ses proches qu’un désastre écologique était en train de se produire dans sa commune.

L’autorité traditionnelle dit avoir, aussitôt, dépêché des émissaires auprès de l’édile pour savoir les raisons de la coupe de ces arbres centenaires, hérité de la colonisation. À sa grande surprise, condamne Mamary Diarra, le chef de la municipalité refuse catégoriquement d’expliquer pourquoi il a ordonné d’abattre ces arbres. Les villageois se tournent vers les responsables administratifs (sous-préfet et préfet). Sur injonction de ces derniers, il a été ordonné la suspension de la coupe et l’inventaire des pieds de caïlcédrats existant dans la commune. Cette opération a permis de dénombrer 365 pieds dont 17 avaient été déjà abattus, rapporte le chef de village de Kamini.

Koké Doucouré, un des conseiller du chef coutumier, accuse le maire d’avoir ordonné ces coupes abusives contre de l’argent. Il argue que les fonds seront versés à chaque village, à raison de 200.000 Fcfa par village. Sur les 11 villages qui composent la commune, certains avaient déjà perçu cette somme, contre acceptation de la coupe des arbres, confie Koké Doucouré. Il s’agit des villages de Tiérikala et Sassila, selon lui.

« Mais nous, village de Kamini, avons refusé cette offre, car nous savions que ce n’était pas légal », confie le conseiller du chef coutumier. Il ajoute que 50% de ces pieds de caïlcédrats se trouvent entre son village et celui de Tiérikala. Donc, ajoute-il, il est de leur responsabilité de protéger ces grands arbres centenaires.

À ces allégations, le premier magistrat de la ville répond que la loi l’autorise à exploiter les ressources ligneuses se trouvant dans sa commune, à condition d’en planter également. En effet, la coupe a été autorisée sur la base d’un permis délivré par l’agent des Eaux et Forêts en poste dans la commune, sur demande d’un fabriquant de pirogue, explique Oumar Haïdara. En retour, le bénéficiaire du permis a financé le reboisement de plus de 500 pieds de caïlcédrats et d’autres espèces endogènes sur un espace bien protégé, se défend-il.

Ses affirmations ont été confirmées par le nouveau directeur régional des Eaux et Forêts de Koulikoro. Boubacar Coulibaly dit avoir constaté de visu cette réalisation. Mais n’en dit pas davantage sur les conditions d’abattage des 17 pieds, car il n’était pas en poste au moment des faits. Il est utile de préciser que les textes sur la décentralisation permettent une participation active des communautés locales dans la gestion des ressources naturelles au Mali.

La protection de l’environnement fait partie des domaines de compétence des collectivités territoriales. À cet effet, celles-ci disposent de l’entière responsabilité de la gestion, de l’aménagement, de la conservation et de la sauvegarde de l’équilibre de leur domaine (article 11 du Code des collectivités territoriales).

Aujourd’hui, les contestataires peuvent se réjouir de l’aboutissement de leur action. Après de multiples démarches, l’opération a été arrêtée sur ordre des autorités administratives régionales. Les caïlcédrats sont de grands arbres pouvant atteindre 30 à 35 mètres de haut, avec un fût court et trapu qui peut avoir jusqu’à 2 mètres de diamètre. Le bois est utilisé à diverses fins. L’arbre est utilisé en menuiserie pour faire des pirogues, des instruments ménagers, de musique comme le djembé et du bois de chauffe.

L’écorce au goût amer est utilisée comme plante médicinale. Il est administré contre la fièvre causée par le paludisme, les maux d’estomac et les maux de tête. Il est appliqué en usage externe pour soigner les éruptions cutanées et les plaies. Il a été exporté d’Afrique occidentale (Gambie) vers l’Europe depuis la première moitié du XIXè siècle et a été lourdement exploité pour son bois d’œuvre. Il est maintenant utilisé plus localement et est planté de manière ornementale comme arbre au bord de la route. À cause de son exploitation abusive, le caïlcédrat est aujourd’hui une espèce protégée dans notre pays.

Cheick Amadou DIA

Source : L’ESSOR

MaliwebEnvironnement
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