La capture des petits poissons par des pêcheurs affecte l’équilibre écologique et menace la survie de certaines espèces de poissons dont regorge le fleuve Niger.

 

Le poisson, relativement moins cher que la viande, est très prisé. La surpêche, dont il est la cible dans le fleuve Niger, atteint de façon très conséquente les petits poissons autrefois reversés dans le fleuve aussitôt après leur capture par les pêcheurs traditionnels maitrisant les techniques de pêche. Celles-ci sont méconnues de la plupart des pêcheurs aujourd’hui.

En effet, ces pêcheurs, plus tournés vers l’appât du gain facile, utilisent de larges filets aux petits trous. Certains filets peuvent durer trois jours ou plus dans le fleuve, alors que les poissons se trouvant coincés dans ce piège se nourrissent les uns des autres comme dans une jungle. Aussi longtemps que les pêcheurs tardent à venir constater le nombre de poissons pris par leurs filets, ces derniers grignotent les petits à satiété.

Constat désolant

Lorsque ces pécheurs viennent enlever les poissons du filet, comme j’ai pu le constater plusieurs fois à Tombouctou, les rares petits se trouvent déjà morts et il devient impossible de les reverser dans le fleuve pour permettre leur croissance. Cette scène malheureuse se produit tous les jours à Bamako, à Koulikoro ou à Mopti sans que ces pêcheurs ne prennent conscience de leur responsabilité dans le déséquilibre écologique qu’ils provoquent.

Nombre de pêcheurs s’offusquent de cette pratique : « Ils n’ont pas l’amour de la pêche, c’est pourquoi ils ne respectent pas les codes interdisant de ne pas capturer les petits poissons, s’indigne Madou Famanta, pêcheur sexagénaire basé à Bamako. Mêmes s’ils sont pris par erreur, on doit les reverser dans le fleuve afin que nous ayons de quoi pêcher dans les jours à venir. »

Famanta ajoute qu’il a très mal lorsqu’il voit chaque matin, au bord du fleuve, des petits poissons en décomposition. Leur génération, dit-il, ne se permettait pas ce genre de pratique.

Une pêche interdite

Pendant que le fleuve se vide de ses poissons, des pêcheurs disent que ceux qui se plaignent sont  « juste jaloux ». « La grande majorité des filets vendus sur le marché ont de petits trous, car c’est ce type de filet qui est convoité, indique Sidi Mohamed, pêcheur et vendeur de poissons au marché de Médine. Ce modèle est plus performant que celui contenant des gros trous dans lequel les poissons entrent et ressortent. »

La législation malienne interdit la pêche des petits poissons pour la consommation. Ils ne peuvent être pêchés que pour des besoins de recherche scientifique ou pour être reversés dans une autre marre du fleuve manquant de poissons. Et ce rare procédé n’est possible que par une autorisation de la direction nationale de la pêche ou ses démembrements régionaux. « La pêche des petits poissons est interdite par la loi. Ils peuvent être pêchés uniquement pour satisfaire des besoins de laboratoire, ou pour les remettre dans un affluent du fleuve qui n’a pas assez de poissons. Ceux qui les pêchent pour la consommation risquent une amende ou un emprisonnement », explique Alhousseyni Saro, directeur national adjoint de la pêche.

Face à cette situation de surpêche quotidienne des poissons, les plus petits incarnant la régénération de ces espèces aquatiques meurent pendant chaque capture par filets.

Les autorités doivent prévenir ce phénomène affectant l’équilibre écologique et la survie même du fleuve Niger. Je pense que la brigade fluviale doit surveiller rigoureusement les pécheurs qui capturent les petits poissons chaque matin.

Source : Benbere