Les deux mots sont en principe antagoniques. Le premier signifiant littéralement une rupture dans la mise en œuvre d’un processus quelconque, quand le second fait référence à la persévérance dans le chemin emprunté. Pourtant, au département du Développement rural, les nouveaux maîtres des céans entendent les faire bien rimer.

 

Comment, serait-on tenté de demander? La réponse à la question est censée se trouver dans la «Vision du changement du Département en charge du Développement rural» présentée comme étant désormais le cadre de réflexion et d’action en vue de concrétiser les engagements du Président de la République pour le secteur. Et ce, conformément à la Loi d’Orientation Agricole (LOA), adoptée depuis 2006 et définissant les contours de la Politique de Développement Agricole (PDA) du Mali, avec pour instrument de mise en œuvre le Programme National d’Investissement du Secteur Agricole (PNISA).

Dès lors, tout laisse apparaître une continuité, dans les grandes lignes en tous cas, dans la poursuite des objectifs globaux visant la réalisation des ambitions agricoles du Mali. D’ailleurs, le premier responsable du département, à savoir le Ministre Bocary Tréta, l’a bien souligné lors de la «table ronde» des acteurs spécialement consacrée à cette «nouvelle vision», fin septembre dernier. En effet, comme la LOA, celle-ci aussi entend s’appuyer sur les exploitations agricoles familiales et les entreprises agricoles.

De même, pour la promotion et des premières et des secondes, elle envisage de mettre en œuvre des actions similaires à celles préconisées dans la LOA. Elle va juste un peu plus loin, d’abord en précisant la sphère d’émergence des entreprises agricoles: les agropoles de développement rural et périurbain (ADRU), localisées dans les différentes régions agro écologiques du pays; puis en proposant la mise en place d’une agence nationale pour la promotion de ces ADRU.
Ce qui somme toute, ne constitue qu’une approche concrète dans la mise en œuvre d’une vue d’ensemble. Où peut donc être la rupture, telle qu’annoncée par le mot changement? Certainement dans la mise au ban des comportements délictueux et bas, au nombre desquels deux retiennent particulièrement l’attention, pour avoir été le talon d’Achille des princes déchus et être l’un des défis majeurs de ceux du jour: la corruption et la médiocrité. Deux fléaux qui, du fait d’une relation de cause à effet, font bon ménage.

Or, s’il y a un secteur où le premier a pignon sur rue, c’est bien celui du développement rural. Comment faire en sorte que les projets de développement agricoles initiés au nom et pour les paysans, en vue d’accroître la production agricole, ne serait-ce que pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, atteignent effectivement leur cible et aboutissent, sans triche, aux résultats escomptés? Comment faire en sorte que les structures de l’Etat, particulièrement celles abritant des services du développement rural, ne soient transformées en harems, engendrant inutilement des charges de fonctionnement au détriment des laborieuses populations?

Comment éviter les éternels recommencements dans la réalisation des infrastructures de production agricole et l’équipement des producteurs, parce que, tout simplement, des fonctionnaires et autres agents véreux ont détourné les ressources, et de l’Etat et des partenaires, à des fins personnelles, faisant porter aux pauvres paysans et aux aléas climatiques, le chapeau des déficits?

Pour répondre à ces questions, la «Vision du changement du Département en charge du Développement rural» s’engage à l’observance et au respect strict de principes d’action tels que l’équité de l’accès aux ressources et aux services, la culture de l’excellence (exigence de résultats), la créativité et l’innovation à tous les niveaux et la lutte contre la corruption (tolérance zéro). Elle est attendue sur le terrain qui, seul, dira si cet engagement n’est point une simple rengaine, que d’autres ont déjà beaucoup serinée.

Mahamane G. Touré

SOURCE: 22 Septembre