L’Etat malien, dans le cadre de l’initiative SWA (Sanitation and Water for All, autrement dit Eau et Assainissement pour Tous), a pris des engagements permettant de garantir l’accès universel à l’eau potable et l’assainissement d’ici 2030, conformément à l’Objectif de Développement Durable (ODD6). L’un de ces engagements concerne l’organisation d’une Table ronde des bailleurs de fonds pour la mobilisation de financements nécessaires pour la mise en œuvre des programmes nationaux de l’eau et l’assainissement et en intégrant les besoins de financement d’hygiène et de la Nutrition, d’ici 2023. A moins de quatre mois, qu’en est-il de la tenue dudit engagement ?

De manière générale, l’accès à une eau potable, à un assainissement adéquat et à une hygiène appropriée a des effets positifs importants sur la nutrition. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les personnes victimes d’insécurité alimentaire et nutritionnelle sont souvent celles-là mêmes qui ne disposent pas d’un accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène, ce qui les place dans des situations d’extrême vulnérabilité et réduit leurs chances de mener une vie saine et productive.

Pour rappel, au Mali, la prévalence de la malnutrition aiguë (MAG) est estimée à 7,2% avec 1,3% pour la forme sévère (MAS) et 23,9% pour la malnutrition chronique, selon l’enquête nationale SMART 2020. Quant à l’Eau, l’’Hygiène et l’Assainissement (WASH), la même enquête révèle que le taux d’accès à l’eau potable en 2019 était de 69,2% au niveau national ; 65,8% en milieu rural et 77,7% en milieu urbain et semi-urbain ; contre 39% en assainissement de base ; 29% en milieu rural et 53% en milieu urbain.

S’agissant du financement desdits secteurs, la nutrition ne bénéficie que de moins de 1% du budget public de la santé. Le secteur Eau, Hygiène et Assainissement est financé à hauteur de 2.62% de budget national en 2018 contre 1,23% en 2017 avec une priorisation du milieu urbain par rapport au milieu rural.

Un plan d’investissement de 2.400 milliards de francs CFA !

Pour permettre l’amélioration des ressources financières allouées chaque année à ces secteurs vitaux, le Mali participe à l’initiative SWA (Sanitation and Water for All, autrement dit Eau et Assainissement pour Tous) depuis 2014. Pour y parvenir, le gouvernement du Mali a pris des engagements en lien avec l’ODD6. Parmi ces engagements, il y a le dialogue sur le financement du secteur Eau, Assainissement et Hygiène (EAH) à travers l’organisation d’une table-ronde des bailleurs de fonds pour la mobilisation de financements nécessaires pour la mise en œuvre des programmes nationaux de l’eau et l’assainissement et en intégrant les besoins de financement d’hygiène et la nutrition, d’ici fin 2023.

Selon M. Djoro Bocoum, directeur national de l’hydraulique et point focal de SWA au niveau institutionnel, en 2018, le Mali a été désigné comme pays pionnier pour mettre en œuvre le mécanisme de rédevabilité de SWA. « C’est dans ce cadre que le Mali a pris des engagements dont l’élaboration d’un nouveau document politique nationale avec ses programmes de mise en œuvre qui sera adopté en Conseil de ministres d’ici fin 2022. Il s’agit aussi de tenir un dialogue pour aboutir à une mobilisation de financement pour le secteur. Ce dernier engagement a été pris en 2019 et réalisé en 2020 », a précisé M. Djoro Bocoum.

Parlant de la table-ronde des bailleurs de fonds pour la mobilisation de financements nécessaires pour la mise en œuvre des programmes nationaux de l’eau et l’assainissement et en intégrant les besoins de financement d’hygiène et la nutrition, d’ici 2023, le directeur national de l’hydraulique a rassuré, affirmant qu’elle aura lieu juste après l’adoption de la politique nationale. « Aujourd’hui, le Mali a un plan d’investissement de 2.400 milliards de francs CFA que nous avons validé. Mais, nous nous sommes dit que nous allons appeler les bailleurs de fonds et les partenaires techniques et financiers autour d’une table-ronde qui viendra compléter les actions que nous avons engagées dans le cadre de financement du secteur », a-t-il ajouté.

La confiance des partenaires techniques et financiers !

M. Djoro Bocoum a tenu à préciser que la tenue de la table-ronde est une question de temps, dans la mesure où, selon lui, le Mali bénéfice du soutien et de la confiance de ses partenaires. « Nous bénéficions de la confiance des partenaires techniques et financiers en ce sens que ce sont ces mêmes partenaires qui nous ont soutenus dans l’élaboration de nos politique et programmes nationaux. Le document de la politique nationale de l’eau et assainissement, c’est la banque mondiale ; le programme national de gestion intégrée des ressources en eau et le programme national d’aménagement hydraulique, ces sont les Pays-Bas ; le programme national d’accès à l’eau potable, c’est la Coopération allemande à travers le GIZ et l’UNICEF ; le programme national de gouvernance du secteur Eau et Assainissement, c’est la Banque Africaine de Développement (BAD). C’est pour vous dire que nous sommes prêts pour la tenue de cette table-ronde et que nous bénéficions du soutien des partenaires techniques et financiers », a-t-il souligné.

M. Boureïma Tabalaba, Coordinateur de la Coalition nationale de la Campagne internationale pour l’Eau potable et l’Assainissement, la CN-CIEPA/WASH et point focal du SWA au niveau de la société civile, a estimé que la démarche du gouvernement prend en compte les besoins de la société pour l’atteinte de l’ODD6. « Nous sommes fortement impliqués dans le processus d’organisation de la table-ronde. Nous sommes membres de tous les comités techniques et nous pensons que tel qu’annoncé par le gouvernement, la table-ronde des bailleurs de fonds pour la mobilisation de financements nécessaires pour la mise en œuvre des programmes nationaux de l’eau et l’assainissement et en intégrant les besoins de financement d’hygiène et la Nutrition pourra être tenue d’ici 2023 », a-t-il déclaré.

Il faut rappeler que le lien entre la nutrition et le WASH est désormais une évidence établie qui motive les différents acteurs à mener des activités concertées visant à lutter contre la malnutrition. Ainsi au-delà de la stratégie nationale WASH et Nutrition ainsi que d’un nouveau Plan d’action multisectorielle de la nutrition, le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas a financé le programme Right2Grow (R2G) sur une période de cinq ans (2021-2025) qui est mis en œuvre dans vingt-quatre communes du Mali par Action contre la Faim et World Vision au Mali, en partenariat avec des ONG nationales.

Avec ce programme, il est attendu principalement l’implication des communautés dans la prise de décision et intégration de la nutrition et du WASH dans la plupart des plans de développement économique, social et culturel des communes (PDESC) sur l’ensemble du territoire national, particulièrement dans les localités concernées par le programme.

Ousmane BALLO

Source: Ziré