Au cours des dernières années, le phénomène de la migration clandestine s’est répandu. Le Mali est devenu l’un des pays qui accueillent les candidats à l’immigration. En effet, Tombouctou est depuis quelques années le nouveau carrefour des migrants en partance pour l’Europe. Cela, depuis que la route de la Libye semble être assez dangereuse.

Ils sont nombreux les jeunes qui empruntent le chemin de la mort au jour le jour. Auparavant, c’était la Méditerranée ; désormais, beaucoup préfèrent le désert. Ils sont des jeunes hommes et femmes de tous les âges à quitter leurs familles pour aller à la recherche de l’eldorado. Et le Mali est le pays qui accueille en grande partie les candidats à l’immigration irrégulière. Un phénomène qui devient répandu. En effet, la ville de Tombouctou reçoit en moyen entre 500 et 600 candidats pour le départ en Europe par jour en provenance des pays de la sous-région. La cité des 333 saints est ainsi devenue le réceptacle d’un flux humain en provenance  de l’Afrique sub-saharienne. Ces migrants qui viennent particulièrement du Ghana, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, de la Gambie et du Burkina Faso, y compris des Maliens, empruntent un nouvel itinéraire. Ils se regroupent tout d’abord à Sévaré, dans la région de Mopti, en attendant d’entrer en contact avec un passeur pour la poursuite de leur périple. Une fois le contact établi, le passeur les emmène à leur point de convergence, Tombouctou, dans le nord, où ils restent quelques jours avant de continuer leur chemin pour Inafarek. Et surtout les passeurs ne manqueront pas de leur extorquer de l’argent.

Ces migrants qui sont fréquemment maltraités par les passeurs sont entassés dans des habitations abandonnées pour des raisons de sécurité. Malgré les campagnes de sensibilisation sur les inconvénients de la migration clandestine, ce phénomène demeure l’un des refuges les plus prisés pour ceux qui fuient la pauvreté et la misère et qui idéalisent le créneau migratoire vers l’Europe. Les dures conditions de la traversée du désert ne sont visiblement pas de nature à décourager ces jeunes à la recherche de l’eldorado.

Ces jeunes hommes et filles sont partout dans les rues de Tombouctou, et n’attendent qu’une chose : prendre le chemin du long et périlleux voyage vers l’Hexagone. Ce phénomène est entretenu et facilité par un vaste réseau qui part de Bamako en passant par Sévaré, ensuite Tombouctou pour faire jonction sur Inafarek, dans l’espoir de se frayerun chemin à Albourche, à la frontière algérienne. La ville de Tombouctou compte une quinzaine de réseaux mafieux qui accueillent en moyenne 500 à 600 migrants par jour.

Ces réseaux mafieux entrent et sortent librement de la ville, sans inquiétudes au niveau des différents postes de contrôle, car il suffit juste qu’ils glissent quelques billets de banque, souvent 3000 à 4000 FCFA pour passer. En outre, toutes ces pratiques se font sous les yeux coupables des autorités locales et régionales de Tombouctou qui tardent à réagir face à ce phénomène qui prend une tournure très dangereuse.

Début d’un nouveau cauchemar

Après avoir payé une fortune pour arriver à Tombouctou, certains n’ont plus rien pour continuer le trajet. Alors téléphones, habits, chaussures, montres sont bradés par les hommes, tandis que les jeunes filles et femmes figurant parmi eux s’adonnent le plus souvent à la débauche corporelle pour se procurer de la bourse nécessaire qui leur permet d’atteindre l’objectif recherché qui est d’affranchir la Méditerranée.

Après avoir rassemblé les biens nécessaires, les migrants s’embarquent dans des véhicules pick-up, direction Inafarek. C’est le début d’un autre calvaire sanctionné par la faim, la soif…  Ils sont pour la plupart abandonnés par les passeurs en plein désert et beaucoup y perdent la vie. Les rares rescapés sont recueillis par les organisations humanitaires comme l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) ou encore le Conseil danois des réfugiés (DRC). Pour ce qui est de leur prise en charge, elle est assurée par l’Association nationale des enfants et jeunes travailleurs «JEKAWULU» de Tombouctou, une structure subventionnée par les organisations citées afin qu’elle puisse s’occuper de leur retour dans leurs pays d’origine.

Ibrahim Djitteye

Source: LE PAYS