Mohamed Ali Bathily ministre justice garde sceaux biographie cv

C’est en ces termes imagés que les bamakois se sont passés le mot hier, suite à l’arrestation de l’huissier Me Alou Kéïta, huissier exécutant dans l’affaire de démolition de 309 concessions sur le site de relogement des anciens pensionnaires de l’Institut Marchoux à Kalabambougou. Des termes si imagés que l’on croyait voir le Ministre Mohamed Ali Bathily faire un crochet à l’huissier pour le faire tomber à terre et lui passer les menottes.

Hier mardi 5 août 2014, ça a chauffé à Kalabambougou. Un des nombreux quartiers dans la périphérie de Bamako. Ici, on se rappelle, un litige foncier oppose deux (2) habitants de Kalabambougou, les sieurs Lassine Camara et Chakaba Kéïta, à l’Union Malienne Raoul Follereau (Umrf) et au syndicat des travailleurs du Centre National d’Appui à la Maladie (Cnam). A la suite donc d’une procédure, l’expulsion des sieurs Lassine Camara et Chakaba Kéïta a été décidée par les tribunaux, ainsi que la démolition de leurs concessions.

 

Pour gérer cette mission, un huissier a été commis en la personne de Me Alou Kéïta. Le mois dernier, Me Alou Kéïta s’est rendu sur le site de Kalabambougou avec tout le bataclan (policiers et grues) pour expulser, non seulement les sieurs Lassine Camara et Chakaba Kéïta, mais aussi 309 autres familles de leurs concessions et a procédé à leur démolition. Il a ainsi rasé 24 hectares. Sans sourciller.

 

Depuis, l’affaire fait grand bruit et mobilise tous les activistes sociaux de Bamako.

Devant cette situation explosive et déplorable pour l’image du Président IBK, surtout que Kalabambougou et Sébénikoro, le fief du Président élu, sont presque côte à côte, le pouvoir a décidé d’agir. Pour donner l’exemple de “qui casse paie”.

 

Ainsi le Ministre de la Justice a décidé de prendre le taureau par les cornes. Il organisa une visite de terrain pour hier, en prenant le soin de convoquer le Procureur général près le tribunal de première instance de la Commune IV, l’huissier exécutant Me Alou Kéïta, ainsi que d’autres protagonistes.

 

Après s’être réchauffé à travers une marche sur l’espace démoli, le Ministre Mohamed Bathily a exigé aussitôt des explications sur le champ.

 

Le Procureur général près le tribunal de première instance de la Commune IV, M. Bandiougou Diawara, qui a récemment pris fonction et qui a été directement convoqué par le Ministre Bathily, sans qu’il soit passé par le Procureur général près la Cour d’Appel de Bamako, ne se fait pas prier pour dire qu’il n’a pas été informé de la démolition. Or il aurait dû l’être, au moins pour veiller à l’ordre public.

 

Le Ministre se tourne alors vers l’huissier exécutant, Me Alou Kéïta, qui bégaye dans ses propos. Pour montrer qu’il ne plaisante pas, le Ministre Mohamed cria à l’attention des policiers présents sur les lieux: “Hé tiè aw ka ni minè dè !” (Hé vous gars, attrapez celui-ci !). Ainsi dit, ainsi fait.

 

Selon certaines informations, le Ministre Mohamed Bathily aurait lui-même accompagné l’“huissier délinquant” au Commissariat du 9ème Arrondissement.

 

Répondant aux questions des journalistes sur le sens de son action, le Ministre Mohamed Ali Bathily s’est fait très clairement entendre: “On les a jeté sous la pluie pendant le mois de carême. Des enfants sont morts suite à cela, parce qu’un syndicat, c’est-à-dire le syndicat de l’Institut Marchoux, a carrément dépassé l’objet même de sa création ou sa vocation de syndicat pour se livrer à la spéculation foncière sur le domaine de l’institut Marchoux. Ici à Kalabambougou, c’est des malades qui ont été délogés de leurs jardins autour de l’Institut Marchoux, et qu’on avait recasé sur ce site en leur disant de travailler et d’apprendre à se prendre en charge, à ne plus mendier et de vivre ici avec dignité comme tous les autres citoyens. Ils ont cru en l’Etat. Ils sont venus s’installer, ils ont construit leurs maisons. Et ce syndicat de l’Institut Marchoux a fini par les rattraper à Kalabambougou où ils sont venus tout casser.

 

Le jugement sur lequel ils s’appuient parle de l’expulsion et de la démolition de deux concessions. Mais on a cassé tout un village au nom de celles-ci. Et l’huissier instrumentaire l’a cassé au nom de l’union syndicale qui a été déclarée irrecevable dans le jugement pour défaut de qualité. C’est-à-dire, le tribunal a dit que ce syndicat ne peut pas prétendre avoir des droits sur les terres dont il s’agit. Ce syndicat n’a aucune qualité. Mais c’est ce syndicat qui a fini par aller voir un huissier et donner le jugement à celui-ci, comme s’il n’était pas du tout quelqu’un du métier. Et l’huissier est venu casser les maisons des gens. C’est pourquoi je suis venu, parce qu’il fallait venir voir et constater… Ils ont cassé les lieux sans même demander au Procureur, qui veille sur l’ordre public. Pendant des saisons délicates comme l’hivernage au Mali, on expluse pas quelqu’un. Vous avez entendu, on vous a dit qu’une petite fille est morte suite au fait qu’on l’a jetée dehors avec sa mère sous la pluie et qu’elle n’a pas survécu à la maladie qu’elle a attrapée.

 

La loi réserve un sort à l’huissier qui a donné l’ordre. Je tiens à ce que la loi s’applique. On a l’habitude de dire que la loi est dure, mais c’est la loi et on va l’appliquer dans toute sa rigueur et rien que sa rigueur. Personne n’échappera. Tout le monde répondra de son comportement”

 

Moussa TOURÉ

SOURCE: Soir de Bamako

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C’est en ces termes imagés que les bamakois se sont passés le mot hier, suite à l’arrestation de l’huissier Me Alou Kéïta, huissier exécutant dans l’affaire de démolition de 309 concessions sur le site de relogement des anciens pensionnaires de l’Institut Marchoux à Kalabambougou. Des termes si imagés que...