Le J le A le M le E le S, est loin d’être un récital ou le début d’un morceau de rap. C’est plutôt la décomposition du sobriquet d’un grand animateur, qui a fait bouger Bamako et ses environs. L’homme s’appelle Tidiane Traoré dit James Brown. Ce seul nom suffit pour déduire qu’il était un grand danseur dans son adolescence. Ce surnom lui a d’ailleurs été donné dans ce sens. Des appareils électrophones, en passant par les disques, les chaînes, James s’est adapté à toutes ces évolutions pour créer l’ambiance, chauffer le coin et égayer la jeunesse par son style. Lequel ? L’animation à outrance. Les aînés se rappelleront d’un disc-jockey qui a animé les grandes soirées au paradis du Grand hôtel et autres lieux publics. L’animateur doit-il avoir des qualités exceptionnelles ? Quelle différence entre sa génération et celle d’aujourd’hui en matière d’animation ? L’enfant de Lassa revient sur le début, son parcours dans l’animation. Il nous a reçus à son domicile au Badialan III, Kodabougou dans le cadre de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”

u milieu de sa femme et de ses petits-enfants (Prince, Rokia, Hamala), James nous reçoit ce samedi 16 janvier 2021 à son domicile à Kodabougou, un quartier de la Commune III du district de Bamako. Après les salamalecs d’usage, il nous conduit dans son salon où trônent un téléviseur scotché, un portrait de son épouse dans sa jeunesse… Un cadre sobre, mais imposant. Avant d’entrer dans le vif du sujet avec cet ancien de radio “Liberté” qui lisait des mots doux destinés aux dames à l’antenne, nous profitions du sourire et de la jovialité de sa femme, Maria Traoré, pour savoir comment elle a géré la célébrité de James quand on sait que les femmes ont un dénominateur commun : la jalousie.

“Mon mari est un homme public. Je comprends tout ce qui se fait autour de lui pour éviter l’animosité entre nous. Puisque j’écoutais ses émissions sur la radio Liberté, j’ai plusieurs fois entendu des femmes l’appeler pour demander son numéro hors antenne ou pour fixer un rendez-vous au motif qu’elles ont un mariage qu’elles veulent qu’il anime. Mais je sais que les femmes ne manquent pas d’astuce pour approcher un homme, surtout un homme célèbre. J’ai toujours conclu que mon mari finira par retourner à la maison, cela me permettait de rester en dehors de sa célébrité.

Aujourd’hui, ce qui me réconforte est l’importance accordée à mon mari en ville. Pratiquement, il ne fait pas de rang, que ce soit à l’hôpital, dans l’administration, il est accueilli avec tous les honneurs. Ce constat me soulage beaucoup. Il y a aussi une anecdote que James pourra vous expliquer”.

Tidiane Traoré dit James a un défaut dans la vie, il aime beaucoup les enfants de sa famille, à telle enseigne qu’il ne peut pas tuer une mouche sur leur corps. Heureusement, que les femmes de la maison et son frère aîné Cheick Hamala sont là pour les recadrer. Il est indéniable que James fut l’animateur, sinon ce disc-jockey le plus populaire de Bamako durant des années. L’avoir pour sa soirée de fin d’année ou les mariages était un défi pour les familles et les différents comités UNJM, et AEEM plus tard.

Pourtant James ne forçait pas l’ambiance. Seulement il avait un matériel sophistiqué, savait aligner ou adopter les musiques à la mode. Il trouvait les mots justes pour tenir l’assistance en haleine. Sa célébrité a même dépassé les frontières de la capitale. L’intérieur s’en mêlait. Dans le Mandé, James compte au moins quatre homonymes, avec une promesse d’un grand chasseur, qui lui a donné un secret qui lui servira jusqu’à sa mort. Lequel ? Motus et bouche cousue.

Demander à James, comment il est devenu ce grand animateur ne débouchera pas sur une réponse précise. Ce qui est sûr, il a été un grand danseur de jerk (danse populaire vers la fin des années 1960-début 1970), devenu par la suite le “Pop Dance”. C’était le temps des James Brown, Otis Reding, Wilson Picket, Steve Wonder, Ray Charles. Entre 1967 et 1969, des grands frères de quartier, pendant les soirées du samedi, lui confiaient la partie technique. Aucun morceau n’était imposé, James jouait du non-stop et s’efforçait d’animer en fond sonore avec des mots courts qui collaient aux morceaux de musique.

Il n’était pas exclu que James ait un programme personnel pour ne pas assurer la partie technique de ses aînés. Ceux-ci, pour éviter toute surprise désagréable, le mettaient en garde sur tout faux bond. Surtout que tous les groupes de jeunes n’avaient pas d’appareil électrophone, ceux qui en possédaient, profitaient des pas de danse de James et de son animation. C’est en ces temps qu’il fut surnommé James Brown par une petite sœur de quartier, Dédé Dagnoko.

Bamako-Bamako via Abidjan

La popularité et la célébrité de James s’intensifiaient avec l’évolution du hit-parade. Il était d’abord adulé par des groupes de femmes à la faveur des soirées Apollo animés par les jumeaux de Lafiabougou. Ensuite vinrent les chaînes musicales qui prirent le relais entre 1974-1975, avec des groupes zaïrois comme Lipua-Lipua, Rochereau, Empire Bakuba, les Kamalés.

Jusque-là dépanné par son ami Mohamed Sow (il le remercie aujourd’hui infiniment) avec ses économies, James s’est acheté une mini-chaîne pour assurer son indépendance lors des soirées du Pnud, Air-Afrique,  en plus des mariages au Flamboyant et au Carrefour des jeunes, à l’hôtel “Les Colibris”.

Devenu très populaire, James va s’aventurer en Côte d’ivoire en 1981 pour mieux se former. Avait-il un repère dans ce pays ? Non, répond-il. Il était cependant convaincu que l’animation était plus à la mode qu’au Mali. Surtout qu’il écoutait la radio ivoirienne, dont les émissions musicales ont contribué à balancer son cœur vers ce pays. A Abidjan, il rencontre des jeunes animateurs du Hit-Parade, et prend service auprès d’eux dans les boites de nuit de Treichville, et à l’hôtel Tanoh d’Abobo.

Au bout d’un an James retourne au Mali, après avoir appris les nouvelles techniques d’animation. Une fois à Bamako, il révolutionne les pas de danse “funky”, devient l’animateur attitré de presque  toutes les soirées de la capitale au Carrefour des jeunes, Buffet hôtel de la gare, au Grand hôtel et l’hôtel de l’Amitié. Sa popularité monte d’un cran avec son passage à la radio Liberté en 1994, où il animait les émissions : éducation/sensibilisation familiale, Cloh Damou (les merveilles des oreilles).

Son départ de cette station quelques années après n’a en rien altéré ses relations avec le promoteur Almamy Samory Touré qu’il salue et remercie du fond du cœur. Avant d’aborder les autres aspects de sa carrière, nous insistions afin que James nous dise réellement ce que sa femme n’a pas voulu révéler. Qu’est-ce qui s’est passé comme action pour magnifier le statut d’animateur de James ? Est-ce que le micro lui a rendu service au-delà des commentaires de son épouse Maria Traoré.

Perches tendues

“En 2009, je me suis rendu à l’état-major de la garde nationale pour déposer le dossier de mes deux enfants (ma première fille et le garçon de mon grand frère). Pendant que je suivais le rang sous le soleil, un soldat est venu m’appeler sur ordre d’un de ses chefs hiérarchiques. Avant que le jeune officier ne m’installe, j’étais angoissé, cherchant dans mes derniers souvenirs ce qui pouvait me trainer dans des difficultés. La réalité est que j’avais animé le mariage du jeune. Lequel a été un événement inoubliable. En me voyant sous le soleil, la logique lui a dicté une certaine reconnaissance. Après les formules, il me demanda les raisons de ma présence en ces lieux. Finies mes explications, voilà ce que l’officier a dit, le grand J, je ne saurai vous payer dans la vie. Aujourd’hui, le bon Dieu me donne l’opportunité de vous rendre au moins la monnaie.

Après les phases éliminatoires du recrutement, si les deux enfants sont retenus, je vous cède une place sur mes deux quotas. Il vous appartiendra de faire le choix entre les deux. Sur ce, nous nous sommes  quittés, et l’officier a même fait enregistrer les dossiers de mes enfants. Quelques semaines après, je suis revenu l’informer de l’admission des deux enfants pour la dernière étape. Puisqu’il a promis de prendre en compte un seul cas, je lui ai donné le nom de mon neveu avec des explications.

Très ému par cette décision, il m’a appelé deux jours après qu’il prendra mes deux enfants. Même s’il faut les mettre sur la liste d’attente. Donc je ne saurai dire que le micro ne m’a pas rendu service”.

Autre détail important, sa belle-sœur (dont le premier garçon venait d’intégrer l’armée grâce à James) hospitalisée à l’hôpital du Point G n’attendait sûrement que  cette information pour rendre l’âme. Informée par téléphone de la bonne nouvelle par James, Rokia Sissoko au bout des bénédictions pour son beau-frère, lui demandera de venir la voir. Dommage, cette entrevue n’aura pas lieu parce que la dame décède avant que James ne monte à Koulouba. C’est des moments d’émotion que notre héros a raconté avec beaucoup de peine. Ainsi va la vie, conclut-il.

Dans la vie, il aime le respect, le bonheur pour tout le monde, la franchise, et déteste l’égoïsme, la suspicion. Que peut-on retenir des qualités d’un bon animateur ? Un bon comportement, l’habillement correct, savoir parler et avoir la bonne manière pour l’auditoire. Y a-t-il une différence entre les temps ? James admet que le fossé est très grand, mais se garde de citer les failles de la nouvelle génération. Parce qu’il a le devoir de les corriger, au lieu de les critiquer.

Tidiane Traoré dit James Brown est marié et père de plusieurs enfants. Combien ? Il n’a pas dévoilé. Mais comprenez par là qu’il veut éviter de faire la différence entre ses enfants et ses neveux. Cela est l’un principes fondamentaux de la société traditionnelle.

O. Roger

Tél (00223) 63 88 24 23

 

Source: Aujourd’hui-Mali

MaliwebSports
Le J le A le M le E le S, est loin d’être un récital ou le début d’un morceau de rap. C’est plutôt la décomposition du sobriquet d’un grand animateur, qui a fait bouger Bamako et ses environs. L’homme s’appelle Tidiane Traoré dit James Brown. Ce seul nom...