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Un an après avoir remporté la Coupe d’Afrique des nations 2013, Stephen Keshi est de retour en Afrique du Sud pour disputer le Championnat d’Afrique des nations (CHAN 2014) avec l’équipe du Nigeria. Trois jours avant d’affronter le Maroc en quarts de finale, le sélectionneur nigérian est revenu sur la CAN 2013, ce CHAN 2014 et son envie d’entraîner ailleurs après la Coupe du monde 2014 au Brésil.

  Stephen Keshi, quel bilan tirez-vous de ce premier tour pour le Nigeria en Championnat d’Afrique des nations (CHAN 2014) ?

Stephen Keshi : Je crois que le bilan est bon. C’est vrai qu’on n’a pas bien commencé le tournoi. On a perdu notre premier match contre le Mali (2-1). Ensuite, on a battu le Mozambique (4-2) et l’Afrique du Sud (3-1). Non seulement on a gagné, mais les enfants ont commencé à comprendre un peu le système de jeu choisi. Ça fait seulement quatre semaines qu’on est ensemble. Je n’ai pas reçu une équipe toute faite. Je rassemble des joueurs qu’on est en train de former. Et je suis content, parce que ça commence à venir.

Le manque de temps explique-t-il les débuts laborieux du Nigeria dans ce CHAN 2014 ?
Oui, parce qu’avant d’arriver, on n’a joué que quelques matches amicaux contre des clubs nigérians. Des clubs qui n’ont même pas de championnat à disputer parce que ça fait cinq mois que le championnat national est arrêté. Dans ces conditions, c’est difficile de trouver ce qu’il faut corriger dans le jeu de l’équipe. Heureusement, au bout de trois matches, chacun commence à savoir ce qu’il doit faire.

La victoire de vos joueurs face à l’Afrique du Sud, soutenue par 60.000 supporters au Cap, a-t-elle été un déclic pour ces jeunes « Super Eagles » ?
Oui, les enfants s’en sont bien sortis. Il faut avoir du caractère lors d’un match comme celui-là. Surtout pour des joueurs qui n’avaient jamais quitté le Nigeria, qui n’ont pas l’habitude de jouer dans un grand stade, avec de l’éclairage… Et puis il y avait tout ce public, toutes ces vuvuzelas(trompettes sud-africaines, Ndlr)… Mais ils ont su gérer.

Que pensez-vous du Maroc que vous affronterez le 25 janvier au Cap, en quarts de finale du CHAN 2014 ?
(Il hésite) C’est une équipe comme les autres. C’est donc une très bonne équipe. On respecte toutes les équipes qui sont là. Si les Marocains se sont qualifiés, c’est qu’ils l’ont mérité. […] C’est une équipe qui se bat. On a vu leur match avant-hier (victoire 3-1 face à l’Ouganda, Ndlr). Comme toutes les équipes du Nord, les Marocains sont bons aux niveaux technique et tactique. Ce ne sera pas facile mais ce sera jouable face au Maroc.

Quelle est la priorité du Nigeria durant ce CHAN 2014 : gagner le tournoi ou préparer de jeunes joueurs pour la Coupe du monde 2014 et la Coupe d’Afrique des nations 2015 ?
Pour les enfants, ce CHAN est l’occasion d’exprimer leurs qualités, de gagner un peu d’expérience à ce niveau. La plupart d’entre eux jouent pour la première fois en sélection. C’est une grande chose pour eux. Je suis donc très content d’être ici. Et si je peux avoir deux ou trois de ces joueurs locaux en équipe A, durant la Coupe du monde, ce serait bien.

Est-ce que ces joueurs locaux nigérians sont bien mis en valeur ?
Maintenant, oui, peut-être. Avant mon arrivée, les joueurs locaux ne pouvaient pas montrer leur valeur. On ne leur donnait pas l’opportunité de s’exprimer. C’est difficile pour eux. Surtout lorsque l’équipe A joue. Parce que la plupart des internationaux évoluent en Europe. […] On a commencé un travail avec les joueurs locaux. On a participé à la CAN 2013, ici en Afrique du Sud, avec six joueurs locaux. Deux ou trois d’entre eux étaient d’ailleurs titulaires. C’est le signe que les choses avancent. Et, maintenant, avec le CHAN, la vision des joueurs locaux change.

Le milieu offensif Sunday Mba, buteur décisif en finale de la CAN 2013, aurait pu disputer ce CHAN 2014. Mais il a préféré quitter son club nigérian (Enugu Rangers) pour signer début janvier au CA Bastia, qui est dernier du championnat de France de deuxième division. Ce choix en a surpris plus. Que pensez-vous du choix de Sunday Mba ?
Moi aussi, j’ai été un peu surpris (1)… Je lui ai dit que ce n’était pas un club pour lui. Je ne sais pas ce qui s’est passé et pourquoi il a décidé d’aller là-bas. Il avait d’autres options. Mais il a choisi celle-là. On verra ce que ça donnera…

Avec le recul, la victoire à la CAN 2013 a-t-elle changé votre vie ?
(Il hésite) Oui, maintenant, peut-être… Au début, pfff… Je me disais que j’avais fait mon boulot et que le plus important était la satisfaction des Nigérians. Après, à force d’entendre les gens te remercier partout, tout le temps, tu te dis que tu as réussi quelque chose de bien pour la vie des Nigérians. Et ça, je commence à m’en rendre compte.

Avez-vous eu des propositions pour entraîner ailleurs qu’au Nigeria ?
Oui, même avant la finale de la CAN, j’avais déjà reçu quatre ou cinq propositions. Même maintenant, j’en reçois encore. Mais, comme je n’ai pas fini mon boulot avec le Nigeria, je reste sous contrat. Après la Coupe du monde, s’il y a l’occasion de discuter avec une équipe, on verra.

Ça veut dire que Stephen Keshi ne défendra pas son titre de champion d’Afrique, dans un an, au Maroc ?
(Il rit) Ah, je n’ai pas dit ça ! Je laisse la porte ouverte. Je serai peut-être encore avec l’équipe du Nigeria. On ne sait jamais… Pourquoi ne pas y rester ? C’est mon pays et j’y ai commencé quelque chose. Après, s’il y a quelque chose de mieux que le Nigeria, on verra.

(1) Une partie de la presse nigériane a affirmé que Stephen Keshi avait réclamé un pourcentage sur le transfert de Sunday Mba au CA Bastia. Des accusations que l’entraîneur nigérian a démenties.